L'article

1er
août
2012

Affaire du Tribalisme à l’Universite Catholique d’Afrique Centrale : Le Point de vue de Shanda TONME

Je ne sais pas s’il faut parler de drame, de catastrophe, de cataclysme, d’erreur, ou de Tsunami. Les déclarations de monseigneur l’Archevêque m’ont d’autant plus troublé et profondément bouleversé, qu’il ne s’agit pas de n’importe qui.

AFFAIRE TONYE BAKOT CONTRE PERE LADO UNIVERSITE CATHOLIQUE D’AFRIQUE CENTRALE

REPONSES AUX QUESTION DU JOURNAL EMERGENCE

1 - Quelles réflexions les propos de Monseigneur TONYE BAKOT vous ont-elles suggéré ?

Je ne sais pas s’il faut parler de drame, de catastrophe, de cataclysme, d’erreur, ou de Tsunami. Les déclarations de monseigneur l’Archevêque m’ont d’autant plus troublé et profondément bouleversé, qu’il ne s’agit pas de n’importe qui. Tonye Bakot est un homme d’une intelligence hors du commun, un homme d’influence de façon naturelle par son caractère trempé, avant même de l’être par son statut de Berger de l’Eglise catholique romaine. Je dois vous avouer que toux ceux qui l’ont rencontré, qui le connaissent, qui ont eu à s’entretenir avec lui, vous diront la même chose s’ils sont honnêtes. L’homme inspire un mélange de crainte, de respect, de distance et de mysticisme. Hélas, voici arrivé ce que je continue d’être incapable de qualifier. J’ai cru qu’avec le recul de quelques jours, j’aurai un autre regard, une autre analyse, mais hélas non. Il faut bien que je me résolve à vous dire, que cet homme pour qui j’ai une réelle admiration depuis notre première rencontre m’a déçu. Si c’est le diable qui a voulu le détruire, ou c’est le régime en place, dont on sait qu’il est proche et l’un des défenseurs qui l’amis en mission, il faudrait convenir sans détour ni réserve que les deux ont réussi.

Par ailleurs, je vous invite, en plus, à prendre en considération, l’histoire et le rôle de l’Eglise catholique dans notre pays et au-delà, à travers le monde. Je vous invite particulièrement, à vous souvenir des accusations versées à la charge de cette église, s’agissant de la colonisation, de l’esclavage, des constructions et des stabilisations des régimes de dictature. J’aurai infiniment aimé que cette affaire n’existât pas, que l’Archevêque n’ait pas dit ces choses, bref que la réputation de l’église catholique maintenant mise à mal, soit sauve, préservée, intacte. Si je vous le dis, c’est parce que ma désolation est totale. Je suis inconsolable. Peut-être que me faut-il vous rappeler, qu’en dépit de tout, l’église catholique remplit une fonction sociale de premier ordre : plus de cinq cent structures éducatives dans le pays, de la maternelle à l’enseignement supérieur ; plus de trois cent formations sanitaires allant du simple dispensaire aux hôpitaux ; des dizaines de foyers jeunes et de personnes en détresse ; plus de mille communautés religieuses.

Non, pas cela, c’est très grave. L’Archevêque n’aurait jamais du, même dans le songe, même sous influence, même dans le coma, écrire ces choses. Je divague encore à y penser. Le jour où j’ai lu la lettre, je parlais seul en marchant, et j’ai passé une des nuits les plus tristes et les plus agitées de ma vie, pire que lors de certains jours de violence des villes mortes, et surtout après l’élection présidentielle d’octobre 1992 quand les Bamilékés étaient pourchassés et massacrés à Ebolowa et Sangmélima. Je mesure combien les gens s’amusent avec le feu, et j’ai peur que l’Archevêque ait allumé un feu terrible, qu’il ait retourné des plaies pas encore refermées. Tout ce que les uns et les autres pourront dire ou tentent de faire avaler à l’opinion pour atténuer ses propos n’y feront rien. Le mal est fait.

2 – Les faits relevés par l’Archevêque ne cachent-ils pas le fait qu’à long terme, une domination des Bamilékés dans tous les secteurs de la vie nationale peut être une menace ?

Vous parlez des faits relevés par l’Archevêque, mais je suis encore, en tant qu’universitaire et chercheur, très étonné et surpris à la fois. Pour ceux qui ne la savent pas, je vous informe que Monseigneur est un universitaire, spécialiste de la communication de formation, chercheur de rang doctoral, meneur d’hommes et penseur reconnu et respecté. Avec ces qualités, il est bien placé pour comprendre que la fonction scientifique ne se marchande point, à moins de sacrifier le principe de la formation et d’une éducation effective de performance, pour tomber, je dirai pour s’installer dans une médiocrité de partage du néant. Il me semble que l’université dont il s’agit, est privée, que l’on y entre à la suite d’un concours sérieux et serré, que l’on paye très cher pour la pension, que l’on ne s’y maintien pas aisément car le travail est très dur. Alors, imaginez donc l’inverse, la traduction de l’éducation par une générosité de distribution des diplômes hors de toute exigence de compétence. Vous parlez de domination des bamilékés, et j’ai envie de vous demander quelle est la tribu qui domine la Chine, celle qui domine les Etats unis, celle qui a inventé le téléphone mobile, celle qui a envoyé un homme dans la lune ? Il n’ya ni Bamiléké ni Blanc ni Noir ni Peulh dans la science, ni dans le travail pour le développement d’un pays, d’une société et du monde, il n’y a que des acteurs, des intelligences, des programmes, des projets, du travail et des résultats.

Je suis très amusé en gêné à la fois quand j’entends évoquer la peur du Bamiléké. Cela peut paraître comme une astuce, et c’est d’ailleurs une savante astuce pour créer les conditions d’une haine et d’une jalousie inutiles. Avez-vous donc déjà procédé au décompte de ceux qui font et défont les lois et les décisions politiques et judiciaires au Cameroun ? Combien y’a –t-il de Bamilékés ? Si vous voulez jouer au jeu des statistiques, ce sera terrible. Je mets quiconque au défi d’accepter un recensement impartial et internationalement contrôlé de la population camerounaise, car à l’allure où se développent des polémiques et des mensonges, nous risquons bien d’y être très bientôt obligés.

Bien, voulez-vous donc des Chinois à la place ? Il y a quelques années, on parlait des nouveaux hommes d’affaires, après l’arrivée de Paul Biya à Etoudi. Au nom de cette véritable hérésie, on a livré les banques et les caisses de l’Etat à une poignée de voyous, de bandits, de prédateurs, d’aventuriers et d’apprentis sorciers qui ont tout dilapidé, gaspillé. Ils ont ruiné toutes les réserves de change du Cameroun en moins de cinq ans, nous obligeant à passer honteusement sous ajustement structurel brutal du FMI, et plus tard au statut de pays pauvre très endetté (PPTE). Personne n’en parle plus, et les langues sont collées. On avait même favorisé à l’époque, après, en désespoir de cause, l’implantation massive des indo pakistanais dans notre économie, mais ceux-ci ont été très vite défaits par les capitaines d’industrie locaux et nos savants débrouillards. Malheureusement ce n’est pas fini, puisque certains implorent encore aujourd’hui l’implantation cette fois des libanais pour faire contrepoids aux Bamilékés. J’ai d’ailleurs lu dans une presse, la déclaration d’Anicet EKANE selon laquelle, le problème du Cameroun provient de la bourgeoisie Bamiléké. Voilà ce qu’un homme politique qui aspire à gouverner peut dire publiquement, sans aucune réaction. Bolloré ne l’inquiète pas, ni les Chinois, ni les nigérians. Vous vous imaginez ce qu’il peut décider contre les Bamilékés s’il a en charge le destin de ce pays ? Nous ne laisserons pas ou plus jamais faire de tels gens. Ils nous trouveront sur leur chemin avec des réponses adéquates. Je vous annonce que même les Chinois et autres, on va les battre et les contraindre à aller voir ailleurs pour une recolonisation. Aucun étranger ne dominera l’économie camerounaise tant qu’il y aura des Bamilékés. Houphouët Boigny avait dit à Ahidjo : « donnez moi vos Bamilékés et je transforme la Côte d’Ivoire en paradis ».

La bourgeoisie Bamiléké est bien au contraire une chance unique et une exception très positives pour le Cameroun. Pour ceux qui ont voyagé et qui savent observer, nous sommes le seul pays, de l’Algérie à l’Afrique du sud plus bas, où des nationaux excellent dans le commerce, l’entreprenariat et la petite industrie authentiquement nationales. Nous sommes propriétaire à plus de quatre vingt pour cent de notre parc hôtelier. Pourquoi des camerounais en sont mécontents ? Pourquoi une population nombreuse, ne le serait-elle pas dans les écoles, les universités, les marchés, et autres. C’est plus une question de nombre que de prééminence académique et intellectuelle. Je viens de lire dans la presse, qu’un vrai génie, un médecin neurochirurgien de renommée mondiale vient d’ouvrir une clinique de rêve ultra spécialisée à Douala. Il s’appelle BOUM et non pas Kamga ou Kamdem. Je me suis empressé de lui envoyer des félicitations et je conseille aux autres de la faire, aux hommes politiques, aux leaders d’opinion, aux Evêques. Voilà un compatriote qui revient mettre son expertise au service du pays, un pays dans lequel où au lieu de célébrer l’excellence, on compte les ethnies. Je crois finalement que des personnes qui voient le mérite et la compétence d’un mauvais œil, devraient répondre des faits de tentative de génocide, d’intention criminelle, de haute trahison. Je crois savoir que c’est une des raisons pour lesquelles aussi, certains tardent à promouvoir l’actionnariat populaire. Pourquoi par exemple n’ouvrirait-on pas le capital des nouvelles sociétés de téléphonie mobile aux camerounais, de façon à permettre d’étendre l’emprise nationale, et à diversifier la propriété privée ?

Nous devrions être fiers de tous nos compatriotes, qu’ils soient du nord, du sud, de l’Ouest ou de l’Est, tant qu’ils travaillent pour le développement du pays, tant qu’ils produisent des richesses. Même ceux qui ont pillé les caisses de l’Etat, dès lors qu’ils investissent dans le pays, créent des richesses, offrent des emplois et sont nationalistes, il y a lieu de les adopter et sans doute de les regarder avec indulgence, comme des voleurs tolérables. Prenez donc mon propre cas. Lorsque je suis rentré dans ce pays, que n’a-t-on pas fait pour me fermer toutes les portes, pour me contraindre de retourner à l’étranger, pour m’exiler comme on vient de le faire pour le père Lado. C’était très dur, et à tel point que tous les totems, tous les crânes, tous les sages et tous les sorciers du village m’ont dit de repartir pour préserver ma vie. J’ai résisté, j’ai dis non, j’ai dis que je ne peux pas avoir brisé toutes les chaînes dehors, traversé les mers, conquis les monts et mille obstacles, pour maintenant fuir mon pays. Pas question. Je peux vous dire que certains de ces gens là, rasent aujourd’hui les murs quand ils me croisent. Mon problème provenait du fait que j’étais Bamiléké, et les mêmes gens, confondus plus tard par mes prouesses académiques ailleurs, se sont mis à répandre que j’avais des faux diplômes, exactement comme l’Archevêque tente de faire avaler à l’opinion, que le père Lado aurait délivré une fausse attestation de diplôme. Vous voyez bien que le procédé n’a nullement changé. Où est donc la différence entre un Archevêque et les autres menteurs, saboteurs et destructeurs de compétence. Sur cette épisode de ma vie, j’ai le devoir, l’obligation morale même, d’exprimer ma reconnaissance au président de ce pays, c’est Paul Biya en personne qui m’a envoyé dans la diplomatie, au Ministère des Affaires étrangères, après que tous ces intriguant aient sans honte ni gêne, fermé les portes une à une. ( Jacques Fame Ndongo qui était à l’époque chargé de mission au cabinet civil, avait piloté ce dossier et l’exécution des instructions du chef de l’Etat. Il peut vous le confirmer et notre amitié date de ce moment). Pour tout vous dire, de gros malins avaient déclaré au cours d’un conseil d’administration de l’université de Yaoundé, que j’étais trop spécialisé pour être cantonné à la seule faculté de droit. Arrivé au ministère des affaires étrangères, lorsque j’ai commencé à dérouler la compétence dans tous les sens et une fougue sans pareil au travail, gagnant l’estime et le respect de tous mes supérieurs, les mêmes destructeurs ont prétendu que mes dossiers étaient traités au quartier par des lobbies Bamilékés selon un plan pour conquérir la diplomatie camerounaise à travers moi. Le coup du conseil d’administration de l’université n’était ainsi qu’une jolie pirouette pour enterrer le dossier. De nombreux autres jeunes Bamilékés ont des histoires similaires à raconter, voire pire. Beaucoup se sont exilés avec des frustrations tenaces et des espoirs de vengeances quasiment guerrières. J’ai sous la main présentement le cas d’un jeune et brillant professeur de chimie formé en Allemagne qui vit un drame d’une égale discrimination à l’école normale, où il a été péniblement recruté, puis licencié sans motif valable, seulement parce qu’il est Bamiléké. Je promets de le rétablir dans ses droits et j’ai saisi le Chef de l’Etat pour cette affaire.

Il y a des lois de la vie qui sont incontournables, imbattables, irrésistibles. Lorsque quelqu’un est plus fort que vous, essayez de l’imiter, d’être son ami, de chercher comment il fait, et non de comploter pour le tuer, le médire, le jalouser. C’est vous qui voyez les Bamilékés partout, moi je ne vois pas les choses ainsi. Les camerounais brillants et dominants sont partout, aux quatre coins du pays. Mais si les Bamilékés sont plus nombreux, que voulez-vous faire, les chasser du pays, les jeter à la mer, leur dire de changer de nationalité ? Voyez-vous, il y a des vérités qu’il ne faut pas pousser les gens à dire. Vous prenez quelqu’un comme moi, qui se retrouve devant un jeune avocat qui lui pose la question : « mais tonton, pourquoi n’y a –t-il aucun responsable Bamiléké sur la vingtaine de hauts magistrats du ministère de la justice à Yaoundé, sur la vingtaine à Douala ? Pourquoi autour du chef de l’Etat, ils sont absents, absents dans les vingt premières personnalités de l’Etat et de la république. Pourquoi aime ne trouve-ton qu’à les nommer DG adjoint partout ? Un jour, je me suis rendu au MINAT après les nominations des préfets et sous préfets pour protester, et voici ce que m’a dit humblement, fermement et très librement un ministre dont je tais le nom : « mais monsieur Shanda, d’abord, ils ne sont plus si nombreux sur la liste des administrateurs civils dont nous disposons, et par ailleurs, c’est la présidence de la république qui arrête les noms définitifs et les postes. En fait, il voulait me dire, qu’il faut aller voir du côté de l’ENAM, pour essayer de savoir pourquoi il n’en sort plus assez de cet établissement. Et lorsque j’ai tenté d’écrire à Ndong Soumhet qui était directeur général de l’ENAM, il a plutôt, après quelques lettres d’invective, saisi la DGSN pour, vous comprenez bien, me nuire, demander indirectement que je sois arrêté. Malheureusement pour lui, Mebe Ngo’o, alors DGSN, s’est voulu élégant et a balayé sa requête d’un revers de la main.

Malgré tout, je voudrais revenir à la substance de votre question, pour vous dire que dès lors qu’un citoyen considère qu’un autre citoyen pourtant paisible, qui ne fait que son travail, qui ne fait que vivre et évoluer, constitue une menace pour lui, c’est qu’il y a un problème crucial de coexistence, de gouvernance, et de conception politique. L’interrogation doit être perçue comme relevant plus de la défaillance de gouvernance, que de la haine réelle entre les diversités culturelles du pays. Et puis, c’est quoi, tous les secteurs ? Qui empêche un autre de travailler, d’évoluer, de se rendre utile ? Vous voulez passer votre temps à boire, à fêter, à faire des folies, à dépenser sans faire des économies, et vous tenez à ce que je sois au même niveau que vous, que je meurs le même jour que vous, que je sois traité comme vous, que je tienne mon épouse et mes enfants comme vous, que je traite mes amis comme vous, c’est cela ? C’est ridicule. Il y a des gens qui dès qui commencent leur vie par l’achat d’un véhicule, et il y a d’autres qui commencent par l’achat d’un terrain. Le monde est irrémédiablement concurrentiel, et même à l’intérieur des familles, la compétition est rude. Objectivement, moi personnellement je me réjouis d’être une menace pour les fainéants. Nous devons construire le Cameroun et nous ne le ferons pas avec des paresseux. Vous vous imaginez, nous sommes déjà presque envahis par des citoyens du grand pays voisin qui tiennent maintenant des pans entiers, et au lieu de nous efforcer de travailler pour remédier à cet état de chose, on cherche entre nous-mêmes des travailleurs ou des groupes à abattre, à proscrire. Si c’est ainsi le sens de la menace, alors tant pis pour les canards boiteux qui volontairement ou malicieusement, se croisent les bras et attendent le ciel. On a tout fait pour décourager les nationaux dans plusieurs initiatives, mais je crois que Paul Biya s’est réveillé sur cette question maintenant. J’ai des preuves de plusieurs manières et sur plusieurs dossiers qui se sont subitement débloqués.

Dieu organise notre destin individuel et collectif, mais c’est à chacun qu’il revient de construire les axes de sa réussite ou de son échec pour profiter ou non de l’assistance e de la grâce divine. Je ne vois pas l’Archevêque entrain d’aller demander de mettre fin à la prédominance des Bamilékés dans unes universités du pays, que ce soit à Yaoundé, Ngaoundéré, Yaoundé ou Dschang, ou que ce soit à Polytechnique. Il faut cesser de chercher à arrêter l’air pur avec les mains ou avec un panier transparent, on devient ridicule ou on se casse la figure. Nous devons convenir que nous sommes tous d’un même pays et c’est tout. Et puis, reparlant de cette déclaration de l’Archevêque, on se demande réellement ce qu’il visait, dans la mesure où être diplômé de l’UCAC n’est pas synonyme de poste de travail ni de promotion sociale automatique. Dans ce cas, il est même tentant de conclure que ce qui l’énerve, de même que Ekanè, c’est tout simplement l’existence du Bamiléké au Cameroun. Franchement, s’ils ne peuvent pas s’en accommoder, ils devront se résoudre à changer de pays. Si quelqu’un doit être obligé de quitter ce pays, le Bamiléké sera le dernier, et dans tous les cas, ce ne sera jamais lui. Nous y sommes et nous y restons, pour l’éternité et confortablement.

3 – Si on fait le constat de l’existence d’un problème Bamiléké au Cameroun, quelles solutions politiques pourraient-être envisageables selon vous ?

Pour parlez du constat de l’existence éventuel d’un problème Bamiléké. Mais que oui, pour ceux qui ont du mal à s’accommoder du fait national diversifié, du triomphe de la compétition et de la prééminence fonctionnelle et opérationnelle. Il n’y a jamais un problème réel ou effectif que dans l’esprit de ceux qui sont en permanence porteurs des germes de haine, d’obscurantisme, d’intrigues, de jalousie, de subjectivisme et de paresse. Je peux vous retourner la question en demandant s’il y a un problème américain dans le monde, parce que ce pays avec 5% de la population mondiale, représente toujours 20% de la production industrielle, et plus du tiers de la capacité d’innovation et de création technologique. Il y a quelques trois décennies en arrière, la Chine dénonçait encore l’impérialisme américain, maintenant c’est la Chine qui fait grincer les dents. Je ne peux pas me pencher sur ce que vous appelez un problème, si je dois répondre pour vous dire ce que je fais des moins lotis. Honnêtement, il faudrait commencer par répondre à la question sur, quel système politique voulons-nous ? Comment entendons-nous nous gouverner, avec qui, comment et avec quelles institutions démocratiques. Ce sont les systèmes autoritaires et anti démocratiques qui cultivent les haines gratuites et dangereuses, l’avidité et la jalousie. Il faut cesser de faire croire à certains de nos compatriotes que le gouvernement prendra aux Bamilékés pour leur donner, ou encore qu’ils auront tout ce qu’ils veulent en étant fonctionnaires, en entrant à l’ENAM, en signant des motions de soutien creuses.

Que ceux qui rêvent d’un pays condamné dans des combines d’équilibres ethniques obscurantistes, déchantent très vite. Nous allons changer le pays et les obliger à jouer le jeu de la démocratie, de la modernité, de la compétition et de la mondialisation totale. Les malins qui jouent à faire la chasse aux Bamilékés en auront bientôt pour leur compte, contraints et forcés par les événements. Voyez le grand nord du pays, une vraie honte, impossible de trouver cent pharmaciens, et des ressources humaines indispensables. Et pourtant, c’est la partie de notre pays la plus riche et la plus prometteuse naturellement. Lorsque vous avez un cadre du grand nord bien formé, il est généralement compétent et brillant, loyal. Hélas, le nord est actuellement un vrai scandale. Si j’avais le pouvoir, je ferai de cette partie du pays une région plus riche que l’Etat de Californie aux Etats unis. Comment accepter que depuis l’indépendance cette partie du pays soit dans cette situation, avec une poignée d’élites et de politicards qui viennent se pavoiser à Yaoundé pour chanter des conneries d’alliance nord-sud, alliance d’obscurantisme et de marché de dupes. Voyez l’Est, allez donc à Mouloundou ou à Doumé, et revenez me dire si vous êtes content. Avec ce que cette région a donné au pays en termes de devises, elle ne mérite pas cette situation. Je milite pour une université à Bertoua et très vite, car comme à Maroua, ce sera un facteur développant. Le pays leur doit cette attention, c’est une dette à payer, hors de toute considération politique.

Il n’y a pas d’autre solution miracle face à la haine et au tribalisme, au-delà des institutions politiques propres, démocratiques et définitivement solides. Ceux qui vous disent de chasser le Bamiléké ou que le Bamiléké est un problème, se créent un problème pour eux-mêmes, mais ne résolvent rien, ne changent rien, ne vont nul part, ne rendent service ni à leurs enfants ni à notre pays. Ils rêvent debout. Il y a quelques années, un recteur de l’université de Yaoundé I, Messi Messi, avait refusé l’inscription de plus quatre cent jeunes bacheliers Bamilékés, en leur disant d’aller s’inscrire chez eux à Dschang. Je ne sais pas s’il n’a pas encore fait le deuil de cette imposture politique et académique. Il a certainement été emporté et enseveli débout par la dure réalité d’une évolution dynamique et irrésistible. J’ai peur que l’Archevêque, même téléguidé, même intelligent comme je le connais, subisse un des jugements les plus cruels et douloureux de l’histoire, le jugement qui porte au panthéon des tribunaux populaires, les noms des principaux accusés de faits impardonnables. Je ne pense d’ailleurs pas qu’avec cette sortie, TONYE BAKOT puisse encore un jour dormir d’un bon sommeil ni regarder les camerounais en face. Ceux qui font semblant de l’approuver aujourd’hui, sont les mêmes qui le conduiront à la déchéance demain, en se désolidarisant promptement et radicalement de ses propos.

Ne voyez surtout pas de solution à vos interrogations si celles-ci n’ont pas de sens, ou encore si elles procèdent de pures affabulations d’agitateurs attardés. J’ai par exemple entendu quelqu’un dire que Shanda Tonme agite la guerre tribale. En voilà qui renverse cyniquement les rôles, faisant de la victime l’auteur de la merde. Un autre a cru, depuis son exil doré quelque part en Europe, jouer avec des expressions creuses de donneurs de leçons intempestives, en disant qu’il faut opposer une réponse républicaine et non tribale. Ces apôtres de la mauvaise foi et de la malhonnêteté intellectuelle ne sont donc cultivés que pour travestir la vérité, pour jouer les juges corrompus ou les policiers aveugles. Je leur laisse la liberté du délire ignoble et de la masturbation intellectuelle et morale auto destructrice. Le Cameroun se construira avec le travail et la compétence, et le pays ne s’intégrera positivement au monde qu’avec des résultats à la hauteur des enjeux.

Pour finir, je dois vous dire, que je garde tout mon respect pour l’Archevêque TONYE BAKOT, un immense respect d’ailleurs, un respect de chrétien. Je ne lui jetterai jamais la pierre pour cette sortie. Feu Monseigneur Jean ZOA chaque fois qu’il était en face d’un acte grave posé par un chrétien, prodiguait ce conseil : « pardonnez-le lui, mon frère, il a manqué de jugement ». Je fais mienne cette sagesse, et je m’en tiens à sa pertinence de tous les sens et de tous les instants. Mais que personne ne s’y méprenne, le Bamiléké du siècle dernier n’existe plus. Les temps ont changé, et il serait bon de réaffirmer, que chaque citoyen ou groupe de citoyens, a u un égal devoir de servir son pays, mais aussi et surtout, un égal droit d’aspirer à la gestion du pouvoir politique. Le Bamiléké de maintenant est plus que prêt pour cette tâche et rien ni personne ni aucune force ne l’en empêchera./.

SHANDA TONME 29 juillet 2012

Correspondance de SANDA TONME



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