L'article

23
sept
2015

Amérique Latine : le club des ex de retour dans l’arène

Ce sont sept anciens présidents qui pourraient se présenter à nouveau aux élections de leurs pays respectifs entre 2016 et 2018. Caramba !

Certains le voient de mauvais augure. Mais le fait peut prêter à sourire. Nicolas Sarkozy n’est donc pas le seul à ressentir l’envie irrépressible de s’asseoir, juste une fois encore, sur le duveteux siège de chef d’Etat. Il pourrait même partager quelques recettes en se rendant en Amérique du Sud.

Si Lula Da Silva, Sebastian Pinera, Alan Garcia, Fernando Lugo, Manuel Zelaya, Lionel Fernandez, et Jose Maria Figueres ont en commun d’avoir chacun été président d’un pays d’Amérique latine. Ils partagent aussi la volonté de l’être à nouveau, selon le journal espagnol ABC. Et si pour certains, l’allégation semble fébrile, d’autres ont de sérieuses chances d’y parvenir.

Une volonté plus ou moins explicite

On trouve sur les réseaux sociaux nombre de pages dédiées aux possibles retours des ex-chefs d’Etat, telles "Pinera 2018", ou "Garcia 2016". Bien qu’il soit toujours difficile de différencier l’officielle de l’hypothétique, certains ont d’ores et déjà explicitement affirmé le souhait de revenir au pouvoir.

C’est le cas d’Alan Garcia, président du Pérou de 1985 à 1990, puis de 2006 à 2011. Sa carrière, propulsée tout d’abord par l’engouement révolutionnaire de l’époque, avait été progressivement minée par une gestion malavisée de l’économie. L’échec de sa politique monétaire, couplée à l’incapacité de combattre les groupes terroristes locaux sans bavures et des scandales de corruption, avaient sonné le glas de sa réputation. Mais son camp, le Parti Apriste péruvien, demeure le plus ancien du pays, et dispose toujours d’une certaine aura auprès du peuple. Aussi tentera-t-il en 2016 de remporter les élections contre Keiko Fujimori, fille d’Alberto Fujimori, qui avait succédé puis contraint à l’exil Garcia en 1990. La bataille s’annonce ardue, l’opinion publique plus favorable à Fujimori qu’à l’ancien président toujours aux prises avec la justice.

Au Chili, c’est Sebastian Pinera, autre vétéran politique et ancien homme d’affaires, qui tentera en 2018 de briguer un deuxième mandat après sa défaite en 2014 face à Michelle Bachelet. On assiste à ce que ABC.es nomme un "ping-pong" politique : cette dernière lui avait déjà succédé de 2006 à 2010. Si, pour l’instant, les seuls signes concrets de son projet de reconquête du pouvoir s’en tiennent à des pages Facebook, il ne fait aucun doute pour les journalistes espagnols que Pinera sera bien de la partie en 2018. Des sources proches de l’ex-président de droite auraient affirmé que la candidature officielle sera exprimée en 2016. Sebastian Pinera s’est illustré, au cours de son mandat, par une gestion très humaniste et une implication personnelle dans plusieurs drames, dont l’effondrement d’une mine de cuivre à San José en 2010, ou l’incendie d’un pénitencier de la capitale Santiago la même année. Mais son implication dans plusieurs affaires financières, qui remontent à l’époque où il était homme d’affaires se lançant en politique, viennent entâcher son image d’homme intègre.

Des "traversées du désert"

Chez d’autres, c’est une véritable revanche qui s’organise. Fernando Lugo, chef de l’Etat Paraguayen de 2008 à 2012, avait été destitué la même année à la suite d’une sanguinaire altercation entre paysans et forces de l’ordre. Face à la disparition suspecte de preuves, le gouvernement avait été reconnu coupable, et Lugo évincé dans des conditions qu’il juge "indignes". Toujours actif politiquement, il a créé il y a quelques mois les "Po’icho", des groupes de citoyens dotés d’un poids politique, dans le but de regagner sa légitimité en vue des élections de 2018. Son but est sans équivoque : "récupérer la dignité Paraguayenne". Sa quête chevaleresque devrait s’avérer plus difficile que pour les autres aspirants au pouvoir. En effet, la situation économique du Paraguay actuellement dirigé par Horace Cartes est relativement bonne. Lugo ne pourra donc s’ériger en médiateur d’une crise, comme le font la plupart des autres membres du "club des ex-présidents".

Manuel Zelaya a lui aussi été destitué de son poste de dirigeant du Honduras, qu’il a occupé de 2006 à 2009. Mais cette fois par un coup d’Etat conduit par l’armée, alors qu’il projetait d’amender la constitution lui interdisant de se représenter pour un second mandat. Bien qu’il ait agi dans la stricte légalité - il prévoyait de convoquer une assemblée constituante - les militaires l’ont contraint à l’exil au Costa Rica en 2009. Revenu en 2011 à la suite d’un accord avec l’ illégitime président Roberto Micheletti, et soutenu par les autres états du continent, Zelaya appelle à manifester pour que lui soit accordé en 2018 le droit de se représenter. Droit qui lui apparait comme légitime. Manuel Zelaya est connu pour sa lutte contre le crime et l’insécurité dans un pays réputé pour être l’un des plus dangereux du monde.

Cas extrême

Le cas le plus atypique est bien celui de la République Dominicaine, où Leonel Fernandez compte sur 2016 pour être l’année de son quatrième mandat. Et bien que le pays ait été sujet à quantité d’affaires de corruption, le chef de l’Etat jouit paradoxalement d’une énorme popularité auprès de la population, déclarent les journalistes de ABC. La relative stabilité économique et la bonne image que Fernandez donne de son pays à l’étranger le placent en bonne voie pour emporter une quatrième fois l’adhésion du peuple en 2016.

Un retour espéré

L’incapacité des élites dirigeantes à se renouveler est criante, indique le quotidien madrilène. Dans le cas du Brésil cependant, ce saut dans le temps n’apparait pas comme un problème. Il est même souhaité par nombre de personnes. ABC indique qu’avec la popularité en sérieuse baisse de Dilma Rousseff, réélue en 2014, le slogan "Lula revient" se fait de plus en plus entendre au sein de son propre camp, le Parti des travailleurs. Scandales de corruption, mesures d’austérité à rebours de son prédécesseur, le second mandat de l’actuelle présidente ne se déroule pas sans encombres. Le retour de Lula Da Silva est donc bien envisageable. Il reste le dirigeant le plus soutenu de l’histoire du Brésil : lors de la passation de pouvoir, en 2011, il était encore soutenu par 87 pour cent de la population.

Au Costa Rica, l’ex-chef d’Etat Jose Maria Figueres, à la tête de l’île de 1994 à 1998, envisage lui aussi, après plus de sept années loin de la scène politique, de se représenter en 2018. Si son parcours politique, certes parsemé des sempiternels scandales de corruption, est néanmoins l’un des moins décriés, il est accusé d’utiliser la Parti de Libération nationale à des fins personnelles par un autre ex-président et prix Nobel de la paix, Oscar Arias.

Y-aurait-il un microclimat favorable au retour des ex en Amérique latine ? Une absence de renouvellement des classes politiques généralisée à la planète ? Il est évident que toutes ces candidatures ne s’inscrivent pas dans le même contexte et que la coïncidence reste l’explication la plus sérieuse. Reste que cette simultanéité a toutefois de quoi surprendre.

Quentin Sedillo

Source : Le Nouvel Obs



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 112 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration