L'article

14
mai
2016

Bien sûr que c’est possible de faire grève en Chine : Le nombre de mouvements de grève a même explosé en 2015

La colère ne cesse de grimper chez les travailleurs chinois, malgré les hausses de salaires. Un problème de plus à gérer pour les autorités, dans un contexte économique inquiétant.

La fièvre sociale monte dans le monde du travail en Chine. C’est en tout cas les conclusions des données fournies par le China Labour Bulletin, une ONG en faveur de la défense des travailleurs chinois et basée à Hong Kong, Selon cet organisme, de janvier à novembre 2015, 2354 grèves et mouvements sociaux ont été recensés en Chine. C’est pratiquement 1000 de plus qu’en 2014 (1379), signe d’une flambée contestataire dans le pays au cours d’une année particulièrement difficile sur le plan économique.

Grève en hausse, économie en berne

Les entreprises chinoises avaient connu une première vague de mouvements sociaux dans les années 2010 et 2011. Minés par des conditions de travail particulièrement rudes, et face à une vague de suicides d’employés, les salariés de Foxconn Technology, société taïwanaise parmi les principaux sous-traitants d’Apple pour la fabrication de l’iPhone, s’étaient notamment soulevés. Ils étaient parvenus à obtenir de substantielles augmentations, qui ont fait école en Chine. Le nombre de mouvements de grèves recensé à l’époque n’avait alors été que de… 185.

S’il est en pleine explosion, le mouvement social chinois est également très divers selon les régions et les secteurs d’activité. Ainsi, toujours selon les données de l’ONG, la région du Guangdong (sud-est du pays), l’un des cœurs industriels du pays, cumule deux fois plus de grèves et de vagues de contestations sociales que les autres provinces. De fait, c’est le secteur secondaire qui continue d’alimenter très largement la contestation, et plus particulièrement les secteurs du bâtiment, des produits manufacturés et des mines. Soit, logiquement, trois des secteurs qui souffrent du brutal ralentissement de l’activité chinoise, de la baisse des exportations (-3,7% sur le seul mois de novembre), et de la chute de la demande en matières premières, les autorités ayant officiellement annoncé la fermeture en 2015 de 1254 mines de charbon.

Principale revendication : les arriérés de salaires

Pour les observateurs des mouvements sociaux, la hausse du nombre de grèves est principalement motivée par un même facteur : le non paiement de salaires. « Les grandes banques chinoises prêtent surtout aux grandes entreprises. Les petites entreprises, elles, doivent recourir au « shadow banking », c’est à dire emprunter auprès d’acteurs non bancaires. Or, cette source de crédit étant évidemment instable, elle peut disparaître et l’entreprise se retrouve incapable de payer les salaires », explique au Figaro Jean-François Di Meglio, président de l’institut de recherche Asia Centre. Il rappelle aussi que le contexte chinois n’aide pas à apurer de la situation : « En Chine, à la fois pour des raisons culturelles et juridiques, il est rare qu’une entreprise puisse légalement faire faillite. Les entreprises qui ne paient pas continuent donc à exister. Nous regardons avec attention si le pouvoir chinois va se lancer dans un processus de normalisation de cette situation, qui entraînerait pourtant à court terme la fermeture de nombreuses entreprises ».

« Pas de nature à remettre en cause le régime de Pékin » Jean-François Di Meglio, président de l’Asia Centre

D’autant que les autorités chinoises, malgré la croissance exponentielle du chiffre des grèves, parviennent à s’accommoder - pour l’instant - de la situation. « Malgré certaines mises en garde, je ne pense pas que la croissance du nombre de mouvements sociaux soit de nature à remettre en cause le régime de Pékin. Car finalement, les actions sont très diluées, il n’y a pas de grandes manifestations de masse. C’est d’ailleurs une des clés de la stabilité chinoise : même avec l’extension d’internet et le développement des prises de conscience, les différents mouvements ne parviennent pas à se mettre en réseau ».

Source : Le Figaro



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