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15
sept
2015

Bill Gates : « La santé mondiale, un retour sur investissement stupéfiant »

À la veille de la troisième conférence internationale sur le financement du développement d’Addis Abeba, le patron de la Fondation caritative Bill et Melinda Gates explique pourquoi la santé doit être une priorité des dépenses de développement.

À quelques jours du début de la Conférence pour le financement du développement (FfD) qui se tient à Addis Abeba du 13 au 15 juillet et précède l’Assemblée Générale des Nations unies où seront entérinés les Objectifs de développement durable pour les 15 ans à venir, Bill Gates, à la tête de la plus puissante fondation caritative du monde, a confié en exclusivité au Figaro une tribune où il défend l’importance de la santé publique dans les objectifs de développement.

« Pour la fondation que nous avons créée Melinda et moi, les objectifs liés à la santé doivent figurer en tête des priorités de financement du développement mondial. Pourquoi ? Parce que, lorsqu’il s’agit de sauver des vies et d’améliorer le sort de son prochain en agissant dans le secteur de la santé, le retour sur investissement est tout simplement stupéfiant, le meilleur qu’il m’ait été donné d’observer. Prenons les réalisations que le monde a accomplies à ce jour. Depuis 1990, nous avons réduit de moitié la mortalité infantile avant l’âge de 5 ans (en la ramenant de près de 10 % à 5 %). Et j’ai bon espoir que d’ici à 2030 nous réussissions à diviser encore ce chiffre par deux. La vie de 61 millions d’enfants serait ainsi épargnée.

Les membres d’un groupe dirigé par l’ancien secrétaire du Trésor américain, Lawrence Summers (et fondé conjointement avec la fondation Gates) ont analysé l’impact potentiel d’une telle action. Dans une étude publiée dans la revue médicale The Lancet, ils ont abouti à la conclusion que des investissements ciblés dès à présent permettraient dans une large mesure de combler l’écart en termes de mortalité infantile entre pays riches et pays pauvres. Lorsque je rêve d’égalité en matière de santé dans le monde, c’est à cela que je pense. Sauver des enfants est l’un des enjeux liés à l’investissement dans la santé. En améliorant la santé maternelle, on peut aussi sauver 3 millions de mères d’ici à 2030. Les programmes de lutte contre la tuberculose permettront d’épargner encore 10 millions de vies et ceux destinés à combattre le SIDA, 21 millions de vies.

Une répartition différente dans 10 ans : Que faudra-t-il pour aboutir à de tels résultats ?

Tout d’abord, il nous faut définir de bons objectifs. Les Nations unies y ont largement contribué en 2000 avec les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), un programme ambitieux aux objectifs chiffrés qui a permis de faire le point sur les pays qui étaient à la traîne et ceux qui faisaient la course en tête de sorte qu’il a été beaucoup plus facile à partir de là de cerner les meilleures pratiques et de les diffuser. Les nouveaux objectifs adoptés cette année en septembre devront s’inspirer de cette approche si nous voulons terminer le travail commencé par les OMD.

L’autre élément important dont il faut tenir compte est l’évolution de la dynamique de l’aide étrangère. Les pays riches, ceux à revenu intermédiaire et les pays pauvres partagent tous la responsabilité de sauver des vies, mais cette répartition des tâches sera bien différente dans une dizaine d’années. La croissance économique aidant, de nombreux pays en développement seront moins dépendants de l’aide et assumeront une part plus importante des coûts liés à la fourniture de soins à la population.

Une part plus importante, certes, mais dans quelle proportion ? L’étude parue dans The Lancet donne une estimation du montant que cela représenterait pour atteindre les résultats dont je viens de parler. Les auteurs ont ainsi calculé que d’ici à 2030, les pays très pauvres et modérément pauvres devront consacrer environ 3 % de leur PIB aux dépenses de santé, contre moins de 2 % aujourd’hui. Une augmentation des dépenses de cette ampleur ne se fera pas, bien sûr, du jour au lendemain. Il faudra dans tous ces pays une volonté politique forte pour relever ce sérieux, mais je pense que c’est possible.

Toujours d’après cette même étude, les 34 pays les plus riches devront à court terme accroître leurs efforts, en particulier dans le financement de la recherche sur de nouveaux vaccins et autres moyens permettant de sauver des vies. Dans l’idéal, ils devraient multiplier par deux leur aide au secteur de la santé. Mais il faut être réaliste et on sait bien qu’en période de restriction budgétaire un tel objectif sera difficile à atteindre. Cependant, la hausse conjuguée du montant total de l’aide et de la part allant à des programmes de santé à large impact pourrait permettre de faire la différence.

Viser les pauvres davantage que les pays

Pour encourager les efforts en faveur du secteur de la santé, il faut montrer aux dirigeants politiques dans quelle mesure l’aide sauve non seulement des vies mais permet aussi aux populations de s’orienter vers l’autosuffisance. Avec l’expansion de la classe moyenne au niveau mondial - une transition rendue possible en partie par des travailleurs en meilleure santé et donc plus productifs - les pays seront de moins en moins nombreux à avoir besoin d’un financement extérieur. L’étude du Lancet conclut même qu’avec le temps, les pays en développement seront en mesure de couvrir environ 75 % de l’accroissement total des dépenses de santé.

L’un des défis de cette transition est que certains pays seront bientôt trop riches pour pourvoir pouvoir prétendre aux formes d’aide les plus favorables, alors qu’ils compteront toujours nombre d’habitants en état d’extrême pauvreté— et risquent de ne pas avoir des ressources suffisantes pour couvrir les besoins par eux-mêmes. Par exemple, l’Inde, le Pakistan, le Nigeria et le Vietnam pourraient tous être confrontés à ce problème. Nous devrons donc moins concentrer nos efforts sur l’aide aux pays pauvres et davantage sur l’aide aux pauvres, où qu’ils vivent. Entre l’augmentation des dépenses nationales et l’accroissement de l’aide, nous parlons, cela va sans dire, de sommes très importantes en faveur de la santé. Mais les bénéfices qui en résulteront seront de loin supérieurs aux coûts - d’un facteur de 9 dans les pays très pauvres, selon l’étude du Lancet, et d’un facteur de 20 dans les pays modérément pauvres.

Si quelqu’un venait me dire qu’il a une meilleure idée pour améliorer le sort du monde, je lui poserais la question suivante : « Pouvez-vous faire mieux qu’un retour sur investissement de facteur 9, en sauvant plus de 61 millions d’enfants et 3 millions de mères, et en évitant 21 millions de décès du sida et 10 millions de la tuberculose ? Franchement, j’en doute. Mais si vous en êtes capable, alors je serais ravi de voir votre plan ». La santé mondiale est un investissement formidable qui doit figurer en tête des priorités de l’agenda de la planète. Pour trouver comment atteindre les nouveaux objectifs de développement durable, nombre de décisions difficiles devront être prises, mais celle-ci n’en est pas une. »

Source : Le Figaro Santé



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