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2
mars
2015

CIV : La Convention du PDCI de Bédié pour endosser la candidature de Ouattara dans un unanimisme brejnévien

Mise à part la couleur verte, on pourrait se croire à la meilleure époque de l’Union soviétique. Environ deux mille personnes se sont réunies samedi 28 février à Abidjan afin de valider « l’appel de Daoukro », ce discours prononcé par Henri Konan Bédié sur sa terre natale, en septembre 2014, dans le but de soutenir Alassane Ouattara dès le premier tour de la prochaine élection présidentielle.

Le sigle du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), l’ancien parti unique, et le « Oui à l’appel de Daoukro » sont inscrits partout : sur les bannières, bien sûr, mais aussi sur les tee-shirts, les pagnes transformés en chemises pour les hommes, en robes pour les femmes, les casquettes, ou encore les badges. Un slogan qui n’est jamais imprimé loin de la photo d’un Henri Konan Bédié au meilleur de sa forme prise… il y a vingt ans, quand il dirigeait la Côte d’Ivoire.

L’impensable pour un parti politique

Le souvenir est loin, et n’est pas près de se reproduire, car ce samedi Henri Konan Bédié a réussi à faire entériner par les dirigeants du PDCI l’impensable pour un parti politique : ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle prévue en octobre 2015. Une décision prise à l’issue d’un vote organisé le samedi précédent dans tout le pays ; 98,84 % des militants du PDCI avaient alors approuvé cette mesure, un score brejnévien brandi sans complexe lors de ce congrès.

Seulement six militants ont osé aller à contre-courant. Ils n’avaient peut-être rien à perdre, car les voix discordantes ne sont pas les bienvenues. On comprend mieux comment a pu se réaliser ce « plébiscite incontestable », comme le désigne Henri Konan Bédié, quand on sait que c’est à main levée que les militants ont dû s’exprimer. Seulement six militants ont osé aller à contre-courant. Eux n’avaient peut-être rien à perdre, car, un membre du bureau politique l’assure, les voix discordantes ne sont pas les bienvenues.

« J’avais critiqué “l’appel de Daoukro” lors d’une précédente réunion, le lendemain mon chef m’a dit que je risquais d’être mis au placard si je ne mettais pas de l’eau dans mon vin », soupire ce fonctionnaire qui préfère garder l’anonymat. Quelques dizaines de manifestants ont bien tenté de se réunir près du palais des sports où se tenait le congrès, au nom des quatre cadres du PDCI qui ont défié l’autorité du parti, mais le cœur n’y était pas : leurs leaders étaient absents, refusant de participer à ce qu’ils qualifient de « mascarade ».

Des militants du Parti démocratique de la Côte d’Ivoire, lors du congrès de leur parti, le 28 février à Abidjan. Crédits : Maureen Grisot En l’absence de ces « frondeurs irréductibles », comme les appelle Henri Konan Bédié, c’est dans un unanimisme presque angoissant que « l’appel de Daoukro » a été « adopté brillamment », « salué et magnifié » par les congressistes.

Culte de la personnalité

Cette « décision d’une grande sagesse, un acte fort de probité intellectuelle » a été possible grâce au président Bédié, dont la « constance », le « prestige », le « charisme », la « clairvoyance » sont loués à l’occasion de la lecture d’une motion de soutien. Un discours dont le lyrisme ne pouvait être ponctué que par une prière pour que « le Seigneur continue à éclairer Henri Konan Bédié et lui donne la santé et la longévité nécessaires pour continuer à conduire le PDCI ». Au PDCI, on n’a pas peur des mots, ni du culte de la personnalité.

Si on peut être tenté d’y croire, l’insistance des orateurs sur l’atmosphère « empreinte de vérité, de franchise et de convivialité » laisse entrevoir le doute qui habite certains membres du parti. Ainsi, dans tous les discours, chacun rappelle l’engagement pris par Alassane Ouattara pour être soutenu dès le premier tour en 2015 : l’alternance en 2020 en mettant en avant cette fois un militant du PDCI.

Une promesse qui sonne comme un vœu pieu, raillée par les « frondeurs » plus tôt cette semaine, soulignant que plusieurs hommes politiques ambitieux se présentent déjà comme les dauphins d’Alassane Ouattara et « ne resteront pas les bras croisés » lors du scrutin présidentiel de 2020.

Par Maureen Grisot (Abidjan, correspondance)

Source : Le Monde



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