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8
juil
2015

Cameroun : Pour le Pr Claude Abe, « Paul Biya ne peut pas dire qu’il est là parce que le peuple camerounais est nécessairement avec lui »

A une question de Gérard Griesbeck, journaliste de France 2 qui l’interrogeait sur sa longévité au pouvoir (33 ans en novembre), lors de la visite au Cameroun du président français François Hollande, le vendredi 03 juillet 2015, la réponse du président camerounais Paul Biya a laissé tout le monde pantois. « Je commencerai par dire que ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut », a-t-il déclaré d’entrée avant de se justifier : « je ferai une deuxième observation, c’est que je ne suis pas à la tête de l’Etat par la force. Je n’ai pas acquis le pouvoir de manière dictatoriale, j’ai toujours été élu par mon peuple et en ce moment, je suis en train de terminer un mandat qui m’a été donné par le peuple et d’ailleurs, il y avait d’autres candidats à cette élection et je les ai gagnés… » A-t-il ajouté.

En faisant de telles déclarations, Paul Biya a fait preuve « d’arrogance », selon le Professeur Claude Abe, sociologue et enseignant à l’Université Catholique d’Afrique Centrale, pour qui, la légitimité dont veut se targuer le président camerounais est loin d’être objective. « Elecam, la structure chargée d’organiser les élections est une instance dont les ¾ des membres sont du RDPC, parti au pouvoir. Je ne pense pas qu’il peut, sans aucun pincement convoquer cet élément là pour dire qu’il a toujours gagné les élections avec beaucoup de valeur. » A-t-il indiqué au cours de l’émission « Dimanche avec vous » sur Equinoxe Télévision dont il était l’invité ce 5 juillet 2015. Autre argument avancé, le système de répression des manifestations publiques, mis en place par le régime. « Très souvent, on a vu un certain nombre de populations au Cameroun se soulever : Février 2008 reste encore vivace à l’esprit. On a vu, pour des populations qui manifestaient les mains nues contre la famine et la vie chère, le pouvoir de Yaoundé mettre les forces de troisième catégorie (le BIR) dans les rues de Douala et de Yaoundé.  » A-t-il ajouté.

Pour ce chercheur, Paul Biya « ne peut pas dire qu’il est là parce que le peuple camerounais est nécessairement avec lui mais parce qu’il a les armes du pouvoir avec lesquelles il peut verrouiller le dispositif légal qui mène au pouvoir et verrouiller le dispositif qui peut faire en sorte qu’au moment où les populations ont une mobilisation collective, il peut mettre en route l’armée contre les populations et empêcher que les gens y arrivent », déclare-t-il. Il dénonce par ailleurs le manque de professionnalisme des acteurs de l’opposition camerounaise et l’inertie de la société civile qui « se déclare apolitique alors que par essence, la société civile se veut un contre pouvoir », regrette l’enseignant. Pour véritablement tester la légitimité du président de la République, Claude Abe propose une méthodologie simple : « Neutraliser un peu l’armée et permettez aux gens d’être dans une logique où ils n’auront pas peur que l’armée tirera sur eux pour voir si Monsieur Biya restera au pouvoir », conclue-t-il.

source cameroun info net



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