L'article

18
déce
2014

Cameroun : des choses qu’on n’a pas assez dites

Source : par Hippolyte Nwal

« Personne n’a eu un enrichissement illicite. Ils ont essayé de rendre à l’Etat ce qu’ils ont appris à l’école, de rendre à l’Etat la force de leur jeunesse » Henriette Ekwe*

Une phrase simple, une phrase importante, une phrase qui vaut son pesant d’or..., sans doute aussi, une chose que les temoins de l’epoque ne disent pas assez. L’essentiel des valeurs y est : La reussite par l’Ecole, reussite par le travail, reussite par l’effort...tout le contraire de ce que nous vivons aujourd’hui ! Les consequences de ce mutisme sont doublement catastrophiques, Car en effet, c’est une chose que les temoins de l’epoque, jeunes et moins jeunes ne disent pas assez, qui contribue a entretenir le doute dans l’esprit de celles et ceux qui n’ont pas connu cette epoque, car pas encore nes, ou alors trop jeunes pour s’en souvenir.

Ce flou, cette ignorance entretenue a dessein par d’autres, epouse a certains egards la forme d’une conspiration visant a brouiller dans l’amalgame ce legs d’un passe pas si lointain, et a legitimer legitimer toutes derives individualistes decoulant d’une logique de mangeoire eu egard a la gestion de la fortune publique ; au point de tenir lieu d’esprit du systeme.

N’en deplaise, Fonctionnaire et Milliardaire (multi), est une image, absente du paysage Camerounais jusqu’a une epoque. Le phenomene est ne avec le Renouveau, au point d’apparaitre comme cosubstantialite. Ce n’est point qu’il n’y avait pas de Camerounais multi milliardaires, ou bien qu’il etait interdit de l’etre. Il se trouve, non seulement que les multi milliardaires a l’epoque etaient des hommes d’affaires, mais aussi que la Fonction Publique etait regie par le sacro saint principe du sacerdoce, ainsi que par un ensemble de valeurs dont certaines sont rappelees plus haut, dans le propos de Mme Ekwe. Dans un de ses discours restes celebres, il me souvient avoir entendu le President Ahidjo, invitant les Camerounais a "s’enrichir". Les Fonctionnaires n’etaient pas exclus de cette invitation. Pour ce qui les concerne, l’invitation avait valeur d’incitation a plus d’imagination pour accroitre et developper chacun son patrimoine personnel, a plus d’ambition et d’initiative, dans le strict respect des lois et reglements en vigueur. Le fait est que nul ne pouvait se permettre une quelconque legerete avec l’argent public, car les sanctions etaient immediates, dissuasives, et irreversibles. D’un autre cote, le cadre normatif qu’etait la planification, participait de ce controle autant que de la volonte de limiter les deperditions, dans la mesure ou contrairement a une pratique aujourd’hui consacree, les budgets d’investissement etaient decoupes par tranches annuelles sur une duree de 5 ans !

Dans un pays ou l’Administration occupe une place aussi importante, les Fonctionnaires du fait de la securite de l’emploi, representent une clientele de choix pour les Banques et autres Institutions financiaires. Ils sont un bon risque, eu egard aux operations de credit, pour reprendre les termes du jargon ; la tranche superieure encore plus ! Cette tranche superieure etait courtisee par les Banques a l’epoque : qui pour financer la construction/achat d’un immeuble, qui pour l’achat d’un vehicule, ou pour la creation/rachat d’un fonds de commerce, etc... C’est ainsi que les Banques reinjectaient une bonne partie de leurs excedents de liquidites dans l’economie, permettant au passage l’emergence d’une classe moyenne laborieuse et de qualite. Je peux en parler, car mes parents ont ete de cette classe moyenne en cours d’erection. Certains emprunteurs se sont dailleurs mepris sur la nature de cet argent mis aussi genereusement a leur disposition, avec l’illusion d’etre dispenses de remboursement. La suite, on la connait !

Le principe etait qu’un Fonctionnaire ne pouvait poser le moindre parpaing par terre, acquerir le moindre vehicule ou debuter la moindre affaire, sans qu’au moyen d’un "examen de situation" l’on ne sache la provenance exacte des fonds y permettant : L’omnipresente DIRDOC, dirigee par l’inevitable JEAN FOCHIVE etait la pour veiller au grain !

Comme par une extraordinaire mutation, les moeurs ont change, depuis trois decennies : le segment de marche utile et strategique pour les Banques, que constituait cette haute et moyenne Administration a disparu aujourd’hui. Ceux-ci, plutot que d’aller s’endetter et devoir rembourser par la suite, ont pris l’habitude de puiser directement et impunement dans les caisses publiques, et c’est ainsi que pour la plupart, ils arrivent a se batir de veritables empires en tres peu de temps, sans un seul centime de credit. Cette situation n’est pas sans consequences sur l’economie generale, faussant completement les mecanismes traditionnels, via le developpement de toute une economie parallele. En guise de consequence, il est possible d’observer un double phenomene, qui se manifeste d’une part par une surliquidite de l’economie, sur fond de taux de croissance eleves ; mais juste propres qu’a generer une poussee inflationniste, plutot qu’a provoquer une dynamique d’entrain par une creation perenne d’emplois. Nul besoin ici de souligner que l’utilisation de masses d’argent qui ne correspondent pas a la remuneration d’un travail effectif, ou qui devront etre remboursees, est toujours moins rationnelle et a pour corollaire inevitable un dereglement plus ou moins important de l’economie reelle !

Voila en quelques mots, des choses qui ont besoin d’etre souvent rappelees, le souvenir d’un passe qui aiderait a mieux eclairer les realites presentes autant que les choix d’avenir. En quittant le domaine du factuel pour une analyse plus approfondie, on resiste difficilement a la tentation d’imaginer une oeuvre de conspiration en vue d’effacer cet heritage d’un passe qui devrait plutot nous servir de reference, aux fins d’installer des modeles nouveaux, differents ; faits de plus de facilite, et ou le merite, l’effort, l’abnegation autant que la probite seraient absents. Tel est le risque auquel le Cameroun est expose aujourd’hui, a l’occasion d’une transition generationnelle qui devra se produire tot ou tard !

Hippolyte Nwal
* Interview du 17 Dec 2014 in Cameroon-info.Net



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 151 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration