L'article

4
déce
2014

Cameroun:proposition de loi régissant la liberté d’expression sur la voie publique et le crime de terrorisme.

Source : Hippolyte Nwal

COGITARE A LA LUMIERE DE LA PROPOSITION DE LOI REGISSANT LA LIBERTE D’EXPRESSION SUR LA VOIE PUBLIQUE ET LE CRIME DE TERRORISME. BOKO HARAM, JOCKER DE FIN DE REGNE...COUSU DE FIL D’OR !!!

On aurait pu penser saisir la l’occasion inesperee de nous defaire enfin du joug du colonialisme, et mener a terme la lutte pour notre independance jadis commencee par nos peres ; et interrompue a dessein, pour laisser en place cet erzatz qu’est le Neocolonialisme...
Le besoin de veritables leaders pour mener les peuples d’Afrique dans cette quete fondamentale de liberte est tel qu’ils suivraient volontiers n’importe qui dans une telle aventure, pour peu que ce leadership de circonstance se soit montre un tantinet sincere et determinee.
Quelle deception alors, de voir qu’une fois de plus, se repete une farce a eux servie depuis cinquante quatre (54) ans !
C’est en effet a un exercice pitoyant de nombrilisme que nous assistons, simplement a un niveau superieur : le meme qui explique les brusques, theatraux et surprenants retours de conscience de ces Excellences des tropiques sur le veritable visage des systemes et regimes qu’ils ont servi docilement et parfois avec une debauche de zele ; des la publication du decret leur retirant leurs titre et privileges. C’est toute honte bue que nos Chefs d’Etat se retournent vers leurs peuples, jusqu’alors appauvris et opprimes, avec la bienveillance de leurs protecteurs Occidentaux, essayant par tous les moyens de se muer en herauts d’un patriotisme de nouveau et flamboyant, comme par hasard au moment ou le maitre d’hier en vient a leue exprimer son desamour,leur demandant de rendre tablier, apres des decennies d’un soutien indefectible au mepris de la volonte reelle de leurs concitoyens. Il s’agit d’un tournant, car assurement le monde est entrain de changer, le rapport des forces aussi. Car soucieux de preserver leurs interets economiques les maitres occidentaux ont ete forces de realiser que ces populations d’ordinaire si dociles, sont aussi capables de fureur. et que l’expression de cette fureur peut causer bien des degats.
Situation inconfortable au demeurant, que celle de cette masse silencieuse et impuissante, eternellement ballotee et manipulee selon les circonstances, entre la convoitise economique veule des uns ; et l’addiction tant pouvoiriste que financiere des autres...
Tout en m’interdisant d’aller plus loin dans l’analye pour ce qui n’est qu’un projet dans l’etat actuel, un simple regard retrospectif m’autorise le quintuple constat qui suit :
1) Les evenements du 6 Avril 1984, ont marque un veritable tournant dans le magistere trentenaire du President Biya. Sauf erreur de ma part, les qualifier de fait fondateur du regime du renouveau ne serait en rien exagere, du moins dans sa configuration actuelle.
2) Les responsables sous le Renouveau, doivent pour la plupart leur carriere au 6 Avril 1984. Il en est de meme de ceux qui a l’epoque n’etaient encore que qu’Etudiants, Sauveteurs, ou simples badaud ; tous y ayant fait leur entree par la filiere du renseignement. A ceci viendraient s’ajouter les nombreuses autres voies de traverse, consubstantielles du Renouveau. 3) Davantage qu’a des competentes, le regime a toujours fait appel a des personnes "courageuses", capables d’actes de bravoure pour faire echec a la contestation, comme le reconnaissait par ailleurs Claude Abate a mots a peine couverts, dans un de ses recents posts. (cf LCCLC)
4) Non seulement le systeme n’a pas su se reformer par la suite, en changeant tant son canevas que ses criteres de recrutement, mais les suppletifs non plus ont manque de faire l’effort de mutation necessaire pour epouser la mesure des enjeux d’un monde en perpetuelle mutation. Les generations se sont succedees en 32 ans, reconduisant le meme prisme, d’une generation a l’autre. A tour de role chacun s’est montre davantage obnibule par la gestion de la rente de situation, donnee en recompense de son engagement, Ce que le President Biya lui-meme a fini par nommer "individualisme", le denoncant dans plusieurs de ses allocutions.
5) C’est dans la meme logique de facilite que tous n’ont pas su ou voulu quitter une posture de conservation/protection des acquis,. Or la vie politique est faite de cycles : aux cycles de guerre, succedent des cycles de paix ; aux cycles ce batailles electorales succedent des cycles de dialogue, etc... Apres l’intermede sanglant du 6 Avril, eux n’ont pas su creer les conditions d’une detente sociale, en mettant en place les bases d’une concertation minimale , qui ne semblait pas etre de leurs preoccupations. Ils n’ont pas su notamment restaurer la politique dans ses droits, usant presqu’exclusivement de la force, de l’achat des consciences, de la fraude, et d’une coercission multiforme. Le temps faisant son effet, ils ne savent plus reflechir hors ces sentiers battus, ou l’interet egocentre sert de boussole exclusive...
C’est donc des personnes conditionnees et formatees par 32 annees d’une gestion dirigiste et autoritaire qui sont aujourd’hui aux commandes. Elles ne semblent pas avoir compris que le monde autour d’elles a change en 32 ans, d’ou ce coup de vis repressif allant en direction opposee a ce qu’on aurait pu attendre, direction opposee aussi a toutes les aspirations a plus de liberte, et plus de democratie. Ainsi, d’une main de fer dans un gan de velour, le Cameroun a travers le nouveau projet de loi, semble sur le point de basculer derriere le rideau de fer !!
Et c’est la que nous retrouvons Boko Haram, sous un visage inedit d’alibi juridique et securitaire, qui nous rappelle avec splendeur son role de nebuleuse multiforme de cette fin de regne au Cameroun ! Le fonds de commerce est de plus en plus evident, avec l’annonce d’achats de nouveaux materiels en cascade , et tout ce que cela implique en termes de marches et commissions occultes. L’augmentation sensible du budget du Ministere de la Defense a egalement ete evoquee ; avec des initiatives parallelesde collectes de fonds au profit de nos Forces Armees. On peut s’etonner de ce que les concepteurs du projet de loi dit anti terroriste n’aient pas su eviter certains pieges pour la circonstance, nonobstant l’existence sousjacente d’un signal politique fort !
La necessite pour tout pays confronte au terrorisme de se doter de l’arsenal juridique adequat pour y faire face n’est plus a decrire : Le Cameroun aurait tort d’y faire exception, au moment ou son armee repousse des assauts incessants dans la pertie Septentrionale du pays. Mais dans sa formulation actuelle, le projet de loi me parait critiquable a un double niveau, non des moindres :

- La forme :
Le projet vient en reponse au besoin de legiferer sur deux choses differentes : Un crime ( Celui de terrorisme, dont les auteurs potentiels sont clairement identifies), et un Droit ( celui d’un peuple a s’exprimer, et a pouvoir dire sa satisfaction ou son mecontentement sur la voie publique. Il est d’emblee etonnant , que les deux raisons ayant fonde ce projet de loi, soient ainsi abordees dans le meme texte, et fassent l’ojet d’un corpus juridique unique en depit d’une difference tant dans leurs natures respectives, que dans leurs elements constitutifs. Il y a donc comme une confusion de fait entre les deux. Cela se verifie aussi au niveau des sanctions encourrues. Cet amalgamme dans l’approche de deux problematiques aussi differentes l’une de l’autre, peut en lui-meme sonner come une provocation. Quitte a garder le meme niveau de repression, il serait psychologiquement preferable de separer les deux sujets, et les traiter separement. En attendant, le message politique a deplorer derriere, est la volonte de releguer l’exercice d’un droit au point d’en faire un crime, au lieu de mieux en encadrer l’exercice, comme le font la plupart des pays democratiques.

- Le fond :
Sans ouvrir un debat sur l’opportunite de la peine de mort,on peut en effet, se rejouir de la severite de la proposition pour ce qui est du crime abject de terrorisme. On ne saurait dire autant du recul notoire de la democratie, a travers la limitation des libertes fondamentale d’expression, d’aller et venir, de reunion egalement.
Pour ce qui est uniquement du volet liberte de manifestation, ce projet parait retrograde, et a quelque chose d’anachronique : Il va dans un sens oppose aux contextes tant national qu’international. Il s’agit d’une impasse, que l’on pourrait qualifier de suicidaire. Une fois de plus, la cecite autant que la surdite des concepteurs eu egard au contexte ambiant, se degage tres nettement de cette partie du texte.En fait de suicide, et compte tenu du nombre de victimes potentielles, on devrait plutot parler d’un suicide collectif, du moins en perspective.

*De l’Auteur
in "Le Renouveau et ses Creatures" (a paraitre tres prochainement) Hippolyte Nwal
Juriste d’Affaires
Specialise Gestion Bancaire & Prospective des Institutions Financieres
Universite ParisV Rene Descartes
Business Consultant
Philadelphia
USA



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