L'article

6
août
2012

Ce que je sais du Père LADO et de Mgr TONYE BAKO

Après avoir lu la lettre de Mgr TONYE BAKOT et la réponse du Père LADO, je me suis trouvé dans l’obligation d’apporter ma modeste contribution à ce qui est devenu un débat. Et sans passion, je voudrais apporter ma modeste contribution en tant que Camerounais ayant des amis du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.

Parlant du Père LADO, je n’ai aucun doute, je suis convaincu qu’il est incapable de signer un faux papier, non pas seulement du fait qu’il soit Jésuite (ce qui est d’ailleurs un argument de poids), mais de par l’intégrité même qu’il a toujours incarné, et pour plusieurs autres raisons que tous ceux qui le connaissent de près ou de loin savent. J’ai eu à discuter avec ce Prélat d’une simplicité et d’une grandeur exemplaires. Je suis certain qu’il ne me reconnaîtrait pas si on se voyait encore. Mais j’ai vu en lui un exemple à suivre par les jeunes Camerounais, tellement il est profond dans ses réflexions, simple dans sa façon d’être et admirable dans sa vision. Je connais mieux un de ses cadets, il a le mérite d’avoir les mêmes qualités. J’ai rencontré plus d’une fois sa cadette, religieuse elle aussi, c’est une famille admirable, qui a la crainte de l’Eternel. Le Cameroun tout entier ne gagne pas à ne plus l’avoir comme éducateur.

Quant à la question du pourcentage élevé de Bamiléké dans une faculté quelconque d’une université au Cameroun, cela ne devrait poser aucun problème. L’évidence nous pousse à reconnaître que si l’on calcule le pourcentage des étudiants camerounais dans les grandes universités en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs, ce sera la même chose. C’est-à-dire que les Bamiléké y sont plus fortement représentés que les autres tribus du Cameroun. Est-ce pour autant qu’il faille réfléchir pour diminuer ces pourcentages ? Que non ! Ils y sont pour plusieurs raisons, qui n’ont rien à voir avec le simple tribalisme. Non seulement les parents de ces enfants se sacrifient pour les y envoyer, mais aussi eux-mêmes se battent pour y aller. Je voudrais que Mgr prenne les statistiques des pousseurs, celles des petits vendeurs ambulants, celles des débrouillards qui ont des quincailleries ambulantes, celles des jeunes qui vendent des œufs dans des seaux sur la tête…etc. Et qu’en examinant les résultats de ces statistiques, qu’il demande à ceux qui peuvent le faire, de réduire le nombre de Bamiléké qui le font. Parce que ces statistiques révéleront que ce sont en majorité des Bamiléké.

En parlant de la région du Centre dont je suis originaire, et même du Sud, les enfants acceptent TRES difficilement, sinon jamais de faire ces « petits jobs » pendant les vacances, en arguant qu’ils ne sont pas des Bamiléké. Ils veulent faire des stages de vacances dans les bureaux. Et ce sont certains enfants qui font ces « petits jobs » qui payent eux-mêmes leur scolarité. C’est cette endurance, cette façon d’être présents dans tous les secteurs d’activités qui leur permettent également d’être présents dans toutes les grandes universités, et un peu partout.

Je connais une ancienne étudiante de l’UCAC, originaire de la région de l’Ouest qui, jusqu’en 3ème année de licence, vendait du poulet au marché d’Ekounou pendant les vacances pour aider ses parents à payer sa scolarité. Ce qui est « impensable » pour la majorité des filles de ma région. Il faudrait aussi que Mgr veille à ce que l’église forme tous les enfants du Cameroun à transcender certaines barrières, afin que tous les enfants se mettent véritablement au travail, se prennent en charge, deviennent ambitieux.

Si l’on peut aisément discuter sur l’équilibre régional dans certains domaines, il apparaît un peu superflu de généraliser ce débat et de l’étendre jusque sur le terrain où mérite, endurance et travail doivent être privilégiés.

Je voudrais donner quelques petits exemples : J’ai conduit une délégation de 8 pygmées en Italie, pour assister à un festival où l’on retrouvait les représentants de plus d’une dizaine des populations autochtones de ce monde, et un camerounais est venu nous chercher pour nous recevoir royalement chez lui. Il est du Littoral, et jamais il n’a posé la question de savoir de quelle région nous étions. Non, ce n’était pas important. Il était fier de recevoir ses frères. Le groupe était composé de Pygmées, de Beti, et de Bassa…Nous avons passé de très bons moments, nous étions tous contents de représenter le Cameroun à ce grand rendez-vous culturel. Nous étions des frères, et fiers de l’être…

J’ai rencontré à Bruxelles deux hauts fonctionnaires de l’Union européenne ayant travaillé au Cameroun, et qui m’ont tous dit en substance, « nous avons travaillé partout, mais nous ne regretterons jamais assez ton pays, le Cameroun, un pays pacifique, où les gens sont chaleureux ». Aucun ne m’a dit « où les Beti, les Bamiléké, ou les gens de l’Est sont plus chaleureux que les autres. Non, mais, « où les gens sont chaleureux ». et c’est suffisant pour être fiers de notre pays. Nous avons un petit cercle d’une vingtaine d’amis où nous nous retrouvons tous les vendredi à Yaoundé, dénommé le « Point bleu ». Ce petit cercle est composé d’Européens et de Camerounais. C’est après avoir lu la note de Monseigneur que je me suis interrogé sur les statistiques de ce groupe.

Tiens, je ne m’étais jamais rendu compte qu’il ya autant de Bamiléké dans ce groupe si chaleureux. Et pourtant nous sommes si heureux de nous retrouver si souvent, et depuis des années… Vendredi prochain je demanderai même à certains de quelle région ils sont. Cette idée ne m’a jamais traversé l’esprit. Mais maintenant que Monseigneur nous amène à faire des statistiques, je crois que je le ferai. Ou alors devrais-je me dire, à quoi bon ? Je savais que François, Thomas, Pierre étaient de l’Ouest. Et Nina ? et Léa ? Eudoxie ? mon jeune Willy ? Sandra ?...vous devrez me dire de quelle région vous êtes…

Michel, Philippe, Karl et autres…vous qui êtes Européens, vous devrez me dire à quelle région vous vous apparentez !

Pourquoi ces conneries au moment où le monde avance à cette vitesse brisant toutes les basses barrières ?

Je crois à mon humble avis que Monseigneur devrait orienter le débat vers comment faire pour que les enfants issus de familles démunies et désirant de fréquenter à l’UCAC peuvent bénéficier de l’aide de l’église pour profiter des enseignements de ce prestigieux établissement. Car il y en a au Cameroun, dans toutes les 10 régions, qui aimeraient fréquenter à l’UCAC, mais qui sont bloqués par les frais de scolarité élevés. Il y a même des élèves et des parents dans certaines régions qui ne savent pas comment faire pour entrer à l’UCAC ! Des parents dans l’arrière pays qui peuvent se sacrifier pour y envoyer leurs enfants, mais qui n’ont pas la bonne information. Comment l’Eglise de Monseigneur peut remédier à cela ? Deux enfants d’un de mes grands frères (millionnaire), ont réussi au BAC la même année. Je lui ai conseillé de les faire fréquenter à l’UCAC, il m’a dit que la scolarité y coûte très cher. Son chauffeur qui est Bamiléké ayant suivi notre conversation m’a approché pour se renseigner. Il s’est battu, son enfant y fréquente en ce moment. A qui la faute si ce dernier a augmenté les chiffres que déplore Monseigneur ?

Je connais plusieurs jeunes Beti qui, après avoir été admis à l’UCAC n’ont pas pu y fréquenter parce que leurs parents ont trouvé que ça coûte cher…

S’il est évident que les étudiants originaires de l’Ouest sont majoritaires dans cet établissement, la faute revient-elle vraiment aux Bamiléké ? Je ne pense pas. Il faut que les parents des autres régions fassent des efforts et des sacrifices pour investir dans l’éducation de qualité de leurs enfants.

Il faut que l’Eglise, sous la houlette de Monseigneur réfléchisse sur l’appui à apporter aux enfants méritants des familles démunies de toutes les régions, sans distinction pour accéder à ces établissements exclusifs et prestigieux. Au lieu d’analyser les conséquences, il convient d’analyser froidement les causes et chercher des solutions durables.

Il y a de très nombreuses familles au Cameroun qui où il y a des enfants Beti-Bamiléké, Aoussa-Bamiléké, Bassa-Bamiléké…etc, et qui sont embarrassées chaque fois qu’il y a ces insinuations tribales rétrogrades. Que répondre à un enfant de mère/père non Bamiléké marié à un(e) Bamiléké, qui s’interroge sur ce genre de débat ? Soulever ce problème sous forme de polémique ethnique fragilise le socle social, fraternel et riche sur lequel le Cameroun se doit de bâtir une Nation dynamique et conquérante. Le Cameroun se fera sans aucun doute avec tous ses fils.

Correspondance de Justin Avodo



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Les commentaires (1)

  • Commentaire 405 yem
    le 7 août 2012  à 22:40

    que rajouter à ce témoignage ..
    Le vrai sujet est ailleurs, la mal gouvernance au Cameroun et l’échec patent du régime en place depuis 30 ans ....
    Pauvre cameroun...

    repondre Répondre



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