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4
mai
2016

Chine et Inde : géants du XXIème siècle

Narendra Modi, le premier ministre Indien, a fêté l’anniversaire de sa première année au pouvoir non pas en Inde, mais en Chine. Lors d’un discours à l’université de Tsinghua, à Pékin, il a déclaré que l’aspect le plus important de notre époque était la renaissance de la Chine et de l’Inde. En effet, en 1800, ces deux géants représentaient 50% de l’économie mondiale. Aujourd’hui, ils souhaitent simplement reprendre leur place…

Une économie chinoise sur les rails

La Chine et l’Inde comptent respectivement 1,35 et 1,25 milliards d’habitants, soit 60% de la population asiatique et 35% de la population mondiale. La taille massive de leurs populations constitue bien entendu leur principal atout. L’économie chinoise (en PIB nominal) devrait ainsi passer devant l’économie américaine d’ici quelques années pour devenir la première économie de la planète, alors que son PIB/habitant n’atteindra simplement que 20 à 25% du PIB/habitant américain. La Chine n’en est qu’au début de son rattrapage. Alors qu’elle s’est développée très rapidement à des taux de croissance moyens supérieurs à 9%, lors des 30 dernières années, elle ne devrait cependant croître qu’à des taux de 6-7% lors de la prochaine décade, son économie étant plus mature.

La Chine s’était initialement développée en s’appuyant sur les exportations et les investissements, notamment dans l’immobilier et les infrastructures. Le modèle chinois est en train d’évoluer et devrait se rééquilibrer au profit de la consommation domestique. Une classe moyenne s’est notamment formée et constitue désormais un marché domestique en pleine croissance. La Chine a réussi son rattrapage économique au moyen d’une vision stratégique mise en œuvre avec flexibilité. Elle aura, par exemple, finement piloté l’évolution du taux de change du yuan, malgré les pressions étrangères, pour conserver la compétitivité de ses entreprises, tout en les incitant à monter en gamme.

Relance de l’économie indienne ?

Sous l’impulsion du nouveau premier ministre Narendra Modi, l’économie indienne peut-elle repartir ?

Bien que son potentiel soit similaire à celui de la Chine, l’Inde a décroché économiquement ces dernières années en raison principalement d’un système politique paralysé. L’économie indienne est dorénavant loin de l’économie chinoise qui lui est aujourd’hui 5 fois plus importante. L’espoir est, cependant, de nouveau revenu côté indien avec la victoire spectaculaire en mai 2014 du BJP, le parti nationaliste hindou, et la prise de pouvoir de Narendra Modi. Modi a une véritable ambition pour l’Inde et s’est notamment attelé à améliorer le climat des affaires et développer les infrastructures afin d’inciter les sociétés indiennes et étrangères à fabriquer en Inde.

Si Modi aime agir rapidement comme il l’a démontré en politique étrangère lors de sa première année au pouvoir, certaines de ses réformes économiques vont nécessiter du temps car il ne dispose pas de la majorité absolue aux deux chambres indiennes. Modi semble néanmoins se diriger dans la bonne direction et s’il parvient à rester dix ans à la tête du pays, en obtenant un nouveau mandat en 2019, l’Inde pourrait réaliser des progrès spectaculaires. Il peut aussi compter sur les grandes entreprises familiales indiennes, capables et présentes dans tous les secteurs d’activité.

Démocratie indienne et Parti communiste chinois

Quoiqu’elle s’avère souvent un frein au développement économique du pays, la démocratie indienne est une garantie de contrepouvoir et assure une stabilité au pays, une assurance pour l’avenir. Les Indiens sont très attachés à leur système et suivent de près les péripéties politiques relayées par les médias. Ils auront, par exemple, suivi avec passion la campagne pour les élections générales de 2014. Outre l’élection générale, la vie indienne est aussi rythmée par les élections de ses 29 États et 7 territoires. Après notamment le Maharashtra et le Jammu & Kashmir en 2014, et Delhi début 2015, c’est le Bihar qui a choisi en fin d’année dernière sa nouvelle assemblée.

Si la démocratie indienne permet une transparence certaine, la politique en Chine est, elle, une boite noire où tout est négocié et décidé entre un nombre réduit de personnes sans véritable consultation du peuple. Bien qu’il n’y ait qu’un parti en Chine, il existe cependant une certaine pluralité avec différents courants de pensée en son sein. La force du Parti communiste chinois est de pouvoir appliquer des décisions rapidement, même s’il est lui aussi l’objet de lobbying de groupes d’intérêts divers. Sans contrepouvoir fort, le Parti communiste, qui n’a que peu évolué lors de la dernière vingtaine d’années, nécessite des leaders éclairés.

Des sociétés chinoises et indiennes diamétralement différentes

L’objectif du Parti communiste chinois est de développer la Chine économiquement tout en assurant la stabilité de la société. Cette stabilité, notamment assurée par le conformisme de la société et la hiérarchie confucéenne, est cependant mise à mal par la corruption, créant des injustices sociales et des révoltes, principalement dans les campagnes. La Chine souffre de même d’inégalités sociales criantes mais ces inégalités font partie intégrante d’une société chinoise fondamentalement hiérarchique. Le plus important pour un Chinois, c’est le statut social qui est déterminé essentiellement par l’argent.

Si l’Inde est beaucoup plus libre que la Chine dans le domaine politique et des médias, la société indienne est relativement rigide. Les Indiens surtout dans les campagnes sont en effet toujours très liés à leur caste et leur communauté. Un fossé sépare de même l’élite indienne du reste de la population et il est ainsi plus difficile qu’en Chine de monter les échelles sociales. Il existe, en revanche, une grande liberté religieuse en Inde, où les religions coexistent. La religion est l’une des valeurs essentielles de la société indienne, tout comme la famille.

Diversité indienne contre Unité chinoise ?

La civilisation indienne est ancienne, mais l’Inde est un pays relativement récent. L’Inde est surtout caractérisée par une grande diversité, avec des identités régionales fortes. L’Inde du nord se différencie, par exemple, très nettement de l’Inde du sud. La Chine, en revanche, malgré ses 55 minorités, est assez unitaire, l’ethnie Han comprenant plus de 90% de la population. Les sociétés occidentales comparent d’ailleurs le marché chinois au relativement uniforme marché américain et le marché indien au marché européen où chaque pays a sa spécificité.

Chine et Inde de par la taille de leurs populations sont les deux pays dotés du plus grand potentiel pour les prochaines décennies. Si la Chine est déjà en passe de devenir la première économie mondiale, l’Inde a de bonnes probabilités de se développer rapidement à des taux de croissance supérieurs à 10 %. Sauront-ils, comme l’a mentionné Narendra Modi dans son discours, coopérer pour faire du XXIème siècle le siècle de l’Asie ?

Jérôme Le Mee

Source : Regards Interculturels



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