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16
sept
2015

Comment Facebook va détrôner YouTube

Le réseau social souhaite développer sa plateforme de vidéos pour devenir incontournable. Première étape : attirer les artistes.

L’avenir du partage est dans la vidéo. Mark Zuckerberg, cofondateur et PDG de Facebook, a largement insisté sur le fait que la vidéo est devenu LE nouveau moyen de partager ses humeurs (avant de laisser la place à la réalité virtuelle). Entre les lignes s’annonçait, dès mars dernier, l’importance stratégique du média vidéo pour le réseau social aux 1,4 milliard d’adeptes. Mais aussi son futur concurrent : YouTube. Et les clips musicaux seront l’arme de Facebook pour détrôner le site de partage de vidéo de Google.

# Facebook, déjà un géant de la vidéo

Depuis la mise à jour du Fil d’actualités en décembre 2013, Facebook met largement en avant les vidéos hébergées directement sur sa plateforme. Celles-ci se lancent automatiquement (mais sans le son, on parle d’"autoplay"), sans aucune publicité au début (on parle de "pre-roll") ou par-dessus ("pop-over"). C’est rapide, joli et propre.

La lecture de vidéos sur Facebook

Résultat : les utilisateurs y sont accros. Plus de 4 milliards de vidéos sont désormais regardées chaque jour sur Facebook ! Surtout que plus un utilisateur regarde des vidéos (en particulier avec le son, jusqu’au bout et en haute définition), plus on lui suggérera des vidéos dans son Fil. Une étude d’Adobe confirme que les membres du réseau social sont toujours plus friands de contenus vidéos, au détriment des statuts avec uniquement du texte. Et au passage, le groupe de Mark Zuckerberg a grignoté l’audience de YouTube (appartenant à Google), passant en un an de 24 à 33% des visionnages de vidéos sur le web (contre 58 à 56% pour YouTube). L’explication de cette stratégie vidéo tient au fait que le média est essentiel pour rester dans le cœur des internautes. Selon une étude Médiamétrie, chaque jour, plus de 10,2 millions de Français regardent des vidéos en ligne, soit 13% de plus que l’an dernier. Une activité à laquelle ils consacrent en moyenne 29 minutes quotidiennes. Avec derrière un marché publicitaire en plein essort.

# Les clips, arme d’attention

Facebook veut aller encore plus loin et construire un géant de la vidéo en ligne. Le site spécialisé The Verge affirme que le réseau social est "en contact" avec plusieurs labels de musique, Sony et Universal en tête. Pour préparer un énième service de streaming musical ? Pas tout a fait. Facebook a plutôt dans l’idée de développer sa plateforme vidéo grâce aux artistes. Selon le site spécialisé Music Ally, le réseau social lorgne sur leurs clips musicaux. En négociation : la possibilité pour les groupes d’héberger leurs vidéos directement sur la plateforme de Facebook. Les discussions seraient "à un stade avancé", pour un service qui s’annonce "bien meilleur de tout ce que propose YouTube", selon une source interne citée par le site.

Une stratégie confirmée notamment par le "New York Times" et "Billboard". Le quotidien américain note d’ailleurs que le réseau social joue déjà un rôle important dans le monde de la musique comme outil de promotion des artistes. Parmi les pages Facebook les plus suivies, figurent de nombreuses stars de la musique, dont Eminem et Rihanna. Deux artistes qui hébergent déjà des vidéos directement sur Facebook. Combiner vidéo et musique une recette porteuse pour Facebook. La vidéo explose dans les consultations en ligne, tandis que la musique s’est installée comme un usage incontournable. C’est le troisième usage de l’ordinateur et d’internet, selon une étude du Crédoc. En moyenne, 47% des Français écoutent de la musique en ligne, même si la pratique varie en fonction de l’âge (91% des 12-17 ans contre 24% des 60-69 ans). L’avenir des clips sur internet n’est pas sur YouTube mais sur Facebook", a tranché Pascal Nègre, PDG d’Universal France, rapporte "la Tribune".

# Le crucial partage des revenus

Reste toutefois à régler la question des revenus. En effet, à l’inverse de YouTube, les vidéos sur Facebook ne permettent pas encore d’afficher de publicités, dont les revenus peuvent être partagés entre le créateur et l’hébergeur (modèle choisi par Google). Mais un nouveau système de rémunération serait dans les cartons. Dan Rose, responsable des partenariats chez Facebook, a expliqué au site Re/Code qu’une monétisation des vidéos est envisagée. Celle-ci se fera par le biais d’une nouvelle fonctionnalité, intitulée "Vidéos Suggérées", qui consistera à présenter dans une sorte de Fil d’actualité des vidéos similaires à celle tout juste visionnée. Les publicités alors affichées génèreront des revenus, dont 55% reviendront aux créateurs des différents contenus en fonction du temps de lecture (soit le même ratio que YouTube). Une manière de sortir de la frustration que le pre-roll peut susciter chez les utilisateurs de YouTube.

Cette fonctionnalité doit rapidement arriver sur l’appli iOS (iPhone et iPad), puis suivra sur l’appli Android et la version web. Elle ne concernera en revanche que certaines vidéos, issues d’une douzaine de "partenaires" (dont la ligue de basket NBA, la chaine Fox Sports ou le site humoristique Funny or Die). Difficile de déjà pronostiquer le résultat de cette stratégie et le chemin est encore long avant que Facebook ne rattrape les milliards de dollars générés par YouTube. Le site de Google ne donne pas de chiffres, mais précise que "des milliers de chaines [de comptes] dépassent la barre des 100.000 dollars par an".

# Recommandation > Recherche

"Nous voulons montrer aux gens plus de vidéos du genre qu’ils veulent voir, et moins de celles qu’ils ne veulent pas voir", affirme Facebook. Adresser la bonne personne avec la bonne vidéo serait le nouveau mantra du réseau social. Mais aussi la manière de couper l’herbe sous le pied de Google. En effet, si YouTube est devenu un lieu incontournable pour regarder des vidéos, il répond à une logique de recherche. [Sur YouTube], la vidéo ne se résume pas à un bouton. Ca n’interrompt pas l’expérience en ligne, puisque [les utilisateurs] viennent sur cette plateforme pour regarder des vidéos", a confirmé Torrence Boone, vice-président chez Google, au site Business Insider.

Une manière d’apparaître confiant face à Facebook où la vidéo serait plus une distraction qu’un objectif. Seulement, si l’algorithme du réseau social fait son job de suggérer la bonne vidéo au bon public, à quoi bon se rendre sur YouTube pour dénicher les vidéos intéressantes ? Pas de quoi désarçonner la PDG de YouTube, Susan Wojcicki, qui affiche sa confiance dans une interview à "Fortune" :

Les vidéos vues sur Facebook sont différentes."

# Des vidéos toujours plus rapides

Le développement des vidéos, c’est bien, sauf quand ça rame. En effet, il n’est pas rare de se retrouver au frustrant rond de chargement de YouTube indiquant que la vidéo ne se lira qu’après plusieurs secondes. Si Google tente d’enrayer le problème en proposant aux connexions les plus lentes la vidéo dans une qualité réduite, le problème est récurrent (en particulier pour les abonnés Free).

La problématique est classique pour les fournisseurs de vidéos : les contenus sont gourmands en bande passante et provoquent, aux heures de grande utilisation, un embouteillage. De quoi créer des frictions avec les opérateurs télécoms qui refusent d’augmenter la capacité des réseaux pour le seul bénéfice de géants du net (posant au passage la question de la neutralité du net).

Mais Facebook aurait déjà trouvé sa réponse pour réduire le temps de chargement des vidéos : QuickFire Networks. Cette start-up américaine, rachetée en janvier dernier par le réseau sociale, a développé une technologie "qui réduit considérablement la bande passante nécessaire pour voir une vidéo en ligne sans dégradation de la qualité vidéo".

# Vers une plateforme vidéo globale

La plateforme vidéo de Facebook pourrait rapidement aller plus loin que la seule musique. En effet, outre les contenus des particuliers, elle pourra compter sur les vidéos des éditeurs de presse qui intègrent leurs articles sur sa plateforme Instant Articles. Ceux-ci (dont BuzzFeed, Vice, ESPN et CNN) sont ainsi incités à héberger leurs vidéos directement sur Facebook. En parallèle, plusieurs producteurs de contenus commencent à migrer sur le réseau social. La chaîne câblée HBO et le géant du e-commerce Amazon (qui produit également des séries) ont opté pour Facebook pour faire la promotion de leurs nouvelles séries plutôt que le traditionnel YouTube. Un désaveu pour le site de Google, dont les vidéos publiées par des producteurs de télévision figurent souvent parmi les plus populaires. Au final, le réseau social pourrait rapidement compter un afflux de vidéos musicales, d’actualités et de divertissement. Il ne lui manquera plus qu’à draguer les auteurs de contenus sur les jeux vidéo (type de vidéos le plus regardé en ligne) pour obtenir une plateforme globale. Et détrôner YouTube.

Boris Manenti

Source : Le Nouvel Obs



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