L'article

23
mars
2015

Comment Internet affecte notre psychisme

De plus en plus de personnes sont rivées à l’écran de leur smartphone ou occupées à photographier tout ce qu’elles croisent… Face à cet usage déferlant de nouveaux outils technologiques, de nombreux chercheurs s’attachent déjà à étudier les modifications éventuellement cérébrales et cognitives susceptibles d’émerger, spécialement chez les plus jeunes. Mieux, ils nous alertent sur ces phénomènes.

C’est le cas notamment, en France, du Pr Olivier Houdé, directeur du laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant du CNRS-La Sorbonne, et auteur du livre Apprendre à résister(Éd. Le Pommier). S’intéressant à la génération qui a grandi avec les jeux vidéo et les téléphones portables, il affirme que, si ces enfants ont gagné des aptitudes cérébrales en termes de vitesse et d’automatismes, c’est au détriment parfois du raisonnement et de la maîtrise de soi.

Apprendre à résister

« Le cerveau reste le même, déclarait-il récemment, mais ce sont les circuits utilisés qui changent. Face aux écrans, et du coup dans la vie, les natifs du numérique ont une sorte de TGV cérébral, qui va de l’œil jusqu’au pouce sur l’écran. Ils utilisent surtout une zone du cerveau, le cortex préfrontal, pour améliorer cette rapidité de décision, en lien avec les émotions. Mais cela se fait au détriment d’une autre fonction de cette zone, plus lente, de prise de recul, de synthèse personnelle et de résistance cognitive. » Aussi le chercheur en appelle-t-il à une éducation qui apprendrait à nos enfants à résister : « Éduquer le cerveau, c’est lui apprendre à résister à sa propre déraison, affirme-t-il. Un vrai défi pour les sciences cognitives et pour la société d’aujourd’hui. »

Le virtuel est donc clairement suspecté de nous atteindre dans le fonctionnement le plus intime de notre être. Il suffit d’ailleurs d’observer autour de soi les modifications comportementales qu’il entraîne : incapacité de maintenir une conversation ou de rester concentré sur un document ; facilité « brutale » à se déconnecter d’un échange relationnel comme on se débranche d’une machine, etc.

Un nouvel « opium du peuple »

Le philosophe et artiste Hervé Fischer, qui signe l’un des essais les plus intéressants du moment sur La Pensée magique du Net (Éd. François Bourin), considère lui aussi que si les jeunes sont « les plus vulnérables » à l’aliénation rendue possible par le Net, car ils mesurent leur existence à leur occurrence sur les réseaux sociaux, cela concerne aussi les adultes : « On peut avoir le sentiment qu’on a une vie sociale parce qu’on a des centaines d’amis sur le Net, ou qu’on est très actif et entreprenant parce qu’on échange sans cesse des commentaires et des informations numériques, explique-t-il. Le retour au réel est alors encore plus difficile. On vit une pseudo-réalisation de soi, virtuelle elle aussi, et la “descente” de ce nouvel “opium du peuple” peut faire très mal à ceux qui ont une existence déjà frustrante sur bien des points. »

Cette existence qui se mesure et s’expérimente désormais à travers un profil numérique alerte aussi, en Grande-Bretagne, la grande spécialiste de la maladie d’Alzheimer, le Pr Susan Greenfield, qui parle de « changement cérébral » comme on parle de « changement climatique ». Elle s’inquiète des modifications identitaires provoquées par un usage intensif d’Internet : « c’est presque comme si un événement n’existe pas tant qu’il n’a pas été posté sur Facebook, Bebo ou YouTube », écrivait-elle récemment dans le Daily Mail. « Ajoutez à cela l’énorme quantité d’informations personnelles désormais consignées sur Internet - dates de naissances, de mariages, numéros de téléphone, de comptes bancaires, photos de vacances - et il devient difficile de repérer avec précision les limites de notre individualité. Une seule chose est certaine : ces limites sont en train de s’affaiblir. »

Être là

Mais on peut aussi se demander : pourquoi un tel impact ? Pour Hervé Fischer, si Internet est aussi « addictif », c’est parce que la société « écranique » réveille nos plus grandes mythologies, dont le rêve de retourner en un seul clic à la matrice collective, et de se perdre alors dans le sentiment océanique d’appartenir à la communauté humaine. « Ce qui compte, c’est d’être là, explique le philosophe. On poste un tweet et ça y est, on se sent exister. »

Versants positifs de cette « nouvelle religion » ? « 24 heures sur 24, les individus de plus en plus solitaires peuvent quand ils le veulent se relier aux autres », observe Hervé Fischer. Et, tout aussi réjouissant, chacun peut gagner en « conscience augmentée », notamment en se promenant de liens en liens pour approfondir ses connaissances. Désormais, c’est certain, grâce à la Toile, on ne pourra plus dire « qu’on ne savait pas ».

Source : Le Figaro Santé



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