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15
avri
2016

Congo : Les casseroles sanglantes et trébuchantes de Sassou Nguesso

Compromis dans de nombreuses affaires, l’autocrate de Brazzaville a organisé une élection présidentielle à l’issue de laquelle, il s’est unilatéralement déclaré vainqueur. Il se maintient au pouvoir par la force avec l’aide de ses amis Occidentaux ....

Lesté de sérieuses casseroles, le président du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso, 71 ans, s’accroche au pouvoir. L’ex-lieutenant parachutiste marxiste, arrivé à la tête du pays en 1979 après un coup d’Etat militaire pro-soviétique, a organisé une élection présidentielle et s’est déclaré élu, en vue d’effectuer un troisième mandat.

Sassou Nguesso, devenu un autocrate libéral, a dirigé le pays à l’époque du parti unique de 1979, jusqu’aux élections pluralistes de 1992 qu’il a perdues. Il est revenu au pouvoir en 1997 par les armes, à l’issue d’une sanglante guerre civile et de massacres, avec le soutien de la compagnie pétrolière française Elf (aujourd’hui Total) qui exploite l’or noir du pays, comme l’explique Loïk Le Floch-Prigent à Eric Decouty, dans le livre d’entretiens "Affaire Elf, affaire d’État" (Gallimard).

Autant dire que Denis Sassou Nguesso ne recule devant rien pour garder son siège et ses privilèges. Pourtant, son bilan est particulièrement catastrophique dans bien des domaines.

Les disparus du Beach

Sur le plan de la démocratie et des droits de l’homme, "Sassou" a une triste réputation. Bien que le pays gagne une fortune avec son pétrole, près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

L’affaire qui colle historiquement au potentat de Brazzaville est celle dit "des disparus du Beach" : un massacre en 1999 de plus de 300 personnes au débarcadère fluvial de la capitale dit "Beach" sous sa présidence.

Aujourd’hui encore, Sassou Nguesso n’hésite pas à faire tirer dans la foule lors de chaque manifestation (d’emblée interdite), faisant plusieurs morts. Et le président congolais préfère acheter, emprisonner ou intimider ses opposants au lieu d’amorcer un dialogue franc et sincère avec l’opposition.

Détournement d’argent public

En France, Sassou Nguesso est poursuivi dans "l’affaire des biens mal acquis" (détournement de biens publics) : la justice française instruit une plainte pour "détournement d’argent public" déposée contre lui en juin 2007 par l’avocat d’affaires William Bourdon à travers son association Sherpa et la section française de l’ONG anti-corruption Transparency International. Deux juges du Parquet de Paris enquêtent sur les conditions dans lesquelles un très important patrimoine immobilier et mobilier aurait été acquis en France par Denis Sassou Nguesso. Plus de 18 appartements et hôtels particuliers ont été identifiés comme lui appartenant.

De son côté, Tracfin, l’organisme du ministère des finances français chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent, a relevé dans une note les sommes astronomiques dépensées par le chef d’Etat congolais et son entourage. Appartement luxueux, bijoux, costumes de haute couture, yacht et autres virements de comptes d’entreprises sur les comptes personnels. Ainsi, sur les caisses de l’Etat congolais, Sassou se serait offert entre 2005 et 2011, dans la boutique Pape, un tailleur sur mesure du 7e arrondissement de Paris, pour 1,18 million d’euros de chemises et costumes sur-mesure, payés via des virements depuis des comptes en Suisse. Sur la même période, le fils du président, Denis Christel Sassou Nguesso, n’a investi "que" 473.796 euros dans son habillement.

L’affaire Commisimpex

Fait moins connu, Sassou Nguesso aurait escroqué un homme d’affaire libanais de 900 millions de dollars. C’est l’affaire croustillante de la société Commisimpex. L’Etat congolais a été condamné, pas moins de deux fois, en 2000 et 2013, par la Chambre de commerce internationale de Paris, à acquitter à la société Commisimpex près d’1 milliard de dollars pour des travaux publics impayés datant de 30 ans. La Cour d’appel de Paris a rejeté tous les recours du Congo. Cela fait du propriétaire de Commisimpex, l’homme d’affaire anglo-libanais Mohsen Hojeij, l’un des plus grands créanciers particuliers du monde …

Evidemment, à Brazzaville, Sassou Nguesso a contre-attaqué. En 2012, la Caisse nationale de sécurité sociale congolaise, présidée par le ministre congolais du Travail, a accusé Commisimpex de ne pas avoir payé ses cotisations sociales depuis 30 ans. Les autorités congolaises ont alors procédé à un redressement fiscal à hauteur du montant des condamnations prononcées à l’encontre du Congo, agrémenté de diverses pénalités soit, au total : 1,5 milliard d’euros. Mais les manœuvres de Brazzaville n’éteignent pas le contentieux en France.

Pourtant courtisé à Paris

Malgré ce bilan désastreux, Sassou Nguesso est courtisé à Paris, au centre des réseaux de la Françafrique, Total oblige. A l’occasion des événements du Burkina Faso, François Hollande s’est prononcé contre les bidouillages des Constitutions pour rester au pouvoir : "On ne change pas l’ordre constitutionnel par intérêt personnel", a-t-il déclaré en novembre 2014 à Dakar. Mais le président français a tout de même reçu Sassou Nguesso en juillet à l’Elysée. Le chef de l’Etat français lui aurait rappelé que toute réforme constitutionnelle devait être le fruit d’un consensus.

Mais depuis qu’il est clair, - ce qui était hautement prévisible -, que le dirigeant congolais essaye de passer en force, les dirigeants français se livre à une hallucinante valse hésitation. Sans prononcer un mot de condamnation sur la sanglante répression, François Hollande fait une première volte face : il donne son feu vert à Sassou Nguesso, disant qu’il pouvait consulter son peuple dimanche tout "en rassemblant et en apaisant". Mais ce revirement déclenche un tollé dans l’opposition congolaise, la presse indépendante africaine et sur les réseaux sociaux. Un éditorialiste juge que le feu vert donné au potentat de Brazzaville est "à vomir". Un autre souligne qu’il était facile pour le président français de parler des principes pour le pauvre Burkina Faso, où la France n’a pas grand chose à perdre, mais qu’il est moins facile de faire respecter ces principes pour le riche Congo, où Paris a de gros intérêts. Face à cette levée de bouclier, critiqué même par le Front national, François Hollande fait de nouveau volte-face. Et dans un court communiqué, l’Elysée "condamne toute violence" et rappelle le discours de Dakar "souhaitant que les Constitutions soient respectées". Assez occupé à se constituer des réseaux dans la Françafrique pour assurer son destin politique, Manuel Valls semble avoir été le plus empressé auprès de l’ancien dictateur marxiste. Le lendemain de la réception du Président congolais à l’Elysée, le Premier ministre se serait même déplacé pour rendre visite à ce dernier à son hôtel.

Avec la collaboration de Jean-Baptiste Naudet

Source : L’obs



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