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22
juin
2015

Coupe du monde féminine 2015 : une attaquante coréenne soupçonnée d’être un homme

L’équipe de France, qui a battu la Corée du Sud hier dimanche (3-0) en 8es de finale du Mondial féminin, a croisé Park Eun Seon, attaquante au physique qui suscite le soupçon.

Il y a des personnes pour qui passer inaperçu est un luxe. Y compris dans le football féminin, lancé depuis plusieurs années dans une quête de notoriété. Ainsi, Park Eun Seon, attaquante et capitaine de l’équipe de Corée du Sud, qui a affronté la France hier dimanche en 8es de finale de la Coupe du monde, avait réussi à ne pas faire trop parler d’elle depuis le début du tournoi et s’en félicitait certainement. Car le poids du soupçon leste ses foulées depuis de nombreuses années déjà. En témoigne l’article qui lui a été consacré dans Mundo Deportivo il y a quelques jours, avant le match entre sa sélection et l’Espagne durant la phase de poules. En cause : les traits de son visage et ses dispositions physiques (1m82 pour 74 kilos) pouvant laisser penser qu’elle serait un homme.

À l’âge de 16 ans, Park Eun Seon faisait déjà partie de l’équipe sud-coréenne qui avait disputé le Mondial 2003 et rencontré les Bleues lors du premier tour (victoire 1-0 des Françaises). "Ah oui, le ’monsieur madame’ (sic) qui joue devant ? C’est dur à dire comme ça, mais j’ai été choquée. Les Coréennes étaient dans le même hôtel que nous et, quand on l’a croisée dans l’ascenseur, on s’est dit ’’Elles trichent, elles font jouer un homme’. On a même essayé de regarder en dessous de la ceinture pour voir s’il y avait un truc qui dépassait. Ses muscles, son visage, ce n’étaient pas ceux d’une femme. Je n’avais jamais ressenti ça", se souvient ainsi l’ex-internationale tricolore Stéphanie Mugneret-Beghé, sollicitée par 20 Minutes.

Un an plus tôt, sa Fédération l’avait obligée à passer un test de féminité. Mais rien n’y a fait : en 2010, la Chine avait publiquement émis ses doutes, poussant la joueuse à renoncer à un tournoi asiatique. Puis, trois ans plus tard, alors qu’elle culminait en tête du classement des buteuses (19 buts en 22 matchs) avec son équipe des Seoul City Amazons, les entraîneurs de cinq des sept équipes féminines de la ligue de football ont menacé de boycotter le Championnat national si Park Eun-Seon n’effectuait pas un nouveau test. Son club a refusé, la soutenant en des termes maladroits : "Ce boycott serait une violation grave des droits de l’homme dont elle souffre pour une deuxième fois. La ville de Séoul prendra toutes les mesures pour protéger les droits de l’homme de notre joueuse."

"On veut que les sportives excellent mais qu’elles restent dans les critères de la féminité"

Se sentant "humiliée", l’intéressée ne s’est toutefois pas laissé abattre : "Je sais ce que ces gens cherchent à faire mais je ne me laisserai pas faire." Et force est de constater qu’elle est toujours là. Il faut aussi dire que la FIFA "n’impose aucun test de féminité avant la compétition", ne les autorisant qu’à la seule condition qu’une fédération fasse parvenir une réclamation "assortie de motifs et de preuves" durant le tournoi. Mais l’instance demande tout de même aux médecins de chacune des équipes en lice de pouvoir confirmer, via des documents indiquant "antécédents médicaux" et "niveau d’hormones", que "toutes les joueuses soient bien du sexe approprié". L’idée étant d’éviter un humiliant "examen physique effectué par un expert indépendant" prévu, en dernier recours, dans le règlement.

Ce n’est pas la première polémique du genre. Mais jamais, jusqu’alors, le cas d’un homme s’étant fait passer pour une femme pour participer à une compétition n’a été avéré. "On veut que les sportives excellent mais qu’elles restent dans les critères de la féminité : être mince, imberbe, avoir un minimum de hanches, de poitrine, ne pas être trop musculeuse, être longiligne... Au-delà du sport, ces tests nous amènent à réfléchir sur ce qu’on attend d’une femme dans la société, décrypte Anaïs Bohuon, auteure de Le test de féminité dans les compétitions sportives, interrogée par Le Monde. Faut-il se maquiller pour être une femme ? Faut-il s’apprêter spécialement pour être une femme ?" Cela renvoie aux sketchs des Guignols de l’Info représentant Amélie Moresmo et Steffi Graf en hommes, dans lesquels les marionnettes évoquaient leur denier match contre "les frères Williams".

Source : Metronews



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