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12
octo
2015

Crise cardiaque : surtout ne pas avoir peur d’intervenir

Les registres sur les arrêts cardiaques soulignent les bénéfices d’une meilleure formation du public aux premiers secours.

Si une personne s’effondrait devant vous, victime d’une crise cardiaque, sauriez-vous comment réagir ? Une majorité d’entre nous, non professionnels de santé, hésiteraient probablement à entamer un massage cardiaque ou à manipuler un défibrillateur automatique, par crainte de faire plus de mal que de bien. Le corps médical rappelle pourtant régulièrement que ce geste, même s’il est imparfaitement réalisé, ne peut qu’améliorer les chances de survie de la victime.

« Appeler le 15, masser, défibriller », scandait une campagne de prévention en 2010. Ces conseils commencent à porter leurs fruits, à en croire l’analyse du registre RéAC, mis en place en 2011 par deux experts du Samu, les Prs Gueugniaud et Hubert, que Le Figaro s’est procurée en exclusivité.

Dressons tout d’abord, sur la base des 22.000 arrêts cardiaques enregistrés entre juillet 2011 et décembre 2014, le profil type de la crise cardiaque. Les victimes sont plus souvent des hommes (65 %), âgées de 65 ans en moyenne. Contrairement à une idée répandue, la crise survient dans trois cas sur quatre au domicile du malade, et non dans la rue ou en milieu médical. Les personnes qui entourent le malade à ce moment-là sont donc de façon privilégiée des proches : l’attaque se produit en présence d’un tiers dans 65 % des cas, mais seuls 8 % d’entre eux sont des professionnels de santé. Si pour ces derniers, la question d’intervenir en réalisant un massage cardiaque ne doit normalement pas se poser, pour les particuliers, la propension à tenter un massage cardiaque et une défibrillation s’il se trouve un appareil à proximité est largement corrélée à leurs connaissances en premiers secours.

Les personnes qui se jettent à l’eau sont encore minoritaires en France : seulement 4 sur 10. En progrès toutefois : « il y a une dizaine d’années, on était plutôt dans les 10 à 15 %», estime le Dr Pascal Cassan, conseiller national à la Croix-Rouge, qui plaide pour une meilleure formation du grand public (voir encadré ci-dessous). Car cela fait la différence. Il ne s’agit pas tant de savoir bien faire le geste que d’oser se jeter à l’eau. Parmi les témoins ayant tenté spontanément ces deux gestes sur un malade, la moitié avait reçu une formation en premiers secours de plus de trois heures, environ un quart avaient suivi une formation plus courte, et un dernier quart seulement n’avait aucune formation.

Rapidité de la réanimation

Les réticences encore trop présentes s’expliquent par « la peur de mal faire ou d’aggraver la situation. Mais il faut bien se dire qu’il n’y a pas de complications à la mort, et qu’il ne pourra jamais vous être reproché d’avoir essayé », rappelle le Dr Cassan. Le premier réflexe à avoir devant une personne inconsciente et qui ne respire plus étant d’appeler le 15, on se trouve en contact avec un médecin régulateur du Samu qui peut guider une personne inexpérimentée dans un massage cardiaque. « Il peut même compter avec vous au rythme des compressions, et un, et deux… », rassure-t-il. La règle : appuyer au milieu de la poitrine 100 à 120 fois par minutes, en enfonçant le thorax d’au moins 5 cm. Cela peut impressionner, mais « mieux vaut une côte cassée qu’une vie brisée », rappelle la Fédération française de cardiologie.

D’autant que les chances de survie sont étroitement liées à la rapidité de la réanimation cardio-pulmonaire, qui maintient l’oxygénation du cerveau. Lorsqu’une personne appelle le 18 ou le 15 pour signaler une crise cardiaque, deux équipes sont toujours envoyées sur place : l’une de pompiers, qui se trouvent en général plus près de l’accident compte tenu de leur présence sur le territoire, et l’autre du Smur, qui prend le relais médical. Selon le registre RéAC, les pompiers arrivent en moyenne sur les lieux 9 minutes après l’appel, le Smur 17, ce qui est rapide mais pas suffisamment pour assurer de bonnes chances de survie à la victime. « On perd 10 % de chances de survie à chaque minute qui passe sans massage cardiaque », souligne Pascal Cassan. En France actuellement, seuls 5 % des malades sont encore en vie 30 jours après leur attaque cardiaque. « C’est déjà un progrès : le taux était à 2-3 % il y a une vingtaine d’années », rappelle le Dr Jacques Beaune, professeur de cardiologie au CHU de Lyon, membre de la Fédération française de cardiologie.

L’utilisation d’un défibrillateur automatique externe (DAE) change significativement la donne. « Lorsque le témoin ou les pompiers appliquent un défibrillateur, qu’il se déclenche ou pas, le taux de survie à 30 jours est multiplié par 3 », souligne le Pr Beaune. Très simple d’utilisation, l’appareil est doté de capteurs qui déterminent automatiquement s’il est nécessaire d’envoyer un choc à la victime. Ces DAE, dont la mise à disposition s’est répandue depuis un décret de 2007 légalisant son usage par les non-médecins, ne se trouvent à proximité que dans 13 % des cas. « C’est largement insuffisant par rapport à d’autres pays comme la Suède, les États-Unis ou l’Allemagne », estime le Pr Beaune, qui aspire à une coordination nationale pour l’installation de ces appareils, essentiellement achetés par les collectivités.

Une journée de formation suffit

« Les résultats du registre RéAC montrent à quel point on a intérêt à augmenter en France le nombre de personnes formées aux premiers secours, en créant des occasions à tous les âges de la vie comme à l’école, lors du passage du permis de conduire, au travail », explique le Dr Pascal Cassan, conseiller national de la Croix-Rouge.

Étonnamment, alors que les seniors sont les plus à risque d’être confrontés à un accident cardiaque chez un proche, ce sont les plus réticents à suivre une formation, déplore le Dr Cassan. « Ils pensent que ce n’est plus de leur âge, alors que c’est tout le contraire. » Pas la peine de bloquer une semaine pour se préparer, la formation prévention et secours civiques de niveau 1 qui dure 7 heures suffit pour apprendre l’essentiel : massage cardiaque, arrosage d’une brûlure, stopper une hémorragie… Elle coûte environ 60 euros et est dispensée par des administrations ou des associations comme le Centre français de secourisme, les sapeurs-pompiers, l’Ordre de Malte, la Croix-Rouge… Cette dernière organise d’ailleurs comme chaque année une caravane pour la sensibilisation gratuite du grand public jusqu’au 13 août prochain.

Même tendance à la hausse aux USA et au Japon

Deux études parues cette semaine (21 juillet) dans la revue spécialisée Jama montrent que la tendance à une plus grande intervention des témoins d’une crise cardiaque est aussi observée dans des pays de niveau de vie équivalent. Avec un même impact bénéfique sur la survie de l’accroissement des massages et défibrillations par des particuliers. Aux Etats-Unis, la proportion de témoins non-professionnels à tenter une réanimation cardiopulmonaire est passée de 39% à 49% entre 2010 et 2013 et sur la même période, le taux de survie en bonne santé neurologique est passé de 7,1% à 9,7% (+ 37%), selon une étude réalisée en Caroline du Nord. La même revue rapporte une progression similaire au Japon, où la proportion de massages cardiaques par des témoins est passée de 39% à 50% et le taux de survie en bon état neurologiqueaété multipliépar 3.

Source : Le Figaro Santé



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