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18
sept
2015

Cyclisme : Faut-il voir un lien entre dopage et cancer des testicules ?

Comme Lance Armstrong à la fin des années 1990, Ivan Basso a annoncé souffrir d’un cancer des testicules. De quoi relancer la question des éventuels risques sanitaires du dopage dans le cyclisme.

Le crabe s’invite à nouveau sur le Tour de France. Lundi, le coureur italien Ivan Basso a annoncé son abandon en raison d’une tumeur cancéreuse aux testicules décelée après des examens consécutifs à une mauvaise chute lors de la cinquième étape.

Ivan Basso n’est pas le premier coureur cycliste à être atteint par ce type de cancer. Lance Armstrong avait vaincu la même maladie avant de remporter le Tour de France à sept reprises entre 1999 et 2005 - titres qui lui ont été retirés depuis. Comme Armstrong, tricheur avéré, Ivan Basso a déjà été confondu pour dopage et suspendu deux ans, de 2006 à 2008. De quoi alimenter les rumeurs sur l’origine de son cancer.

Cancer des testicules : le plus fréquent chez les hommes jeunes Le cancer des testicules reste un cancer assez rare. Loin derrière ceux de la prostate ou du côlon. Selon la Ligue contre le cancer, il ne représente que 1 à 2% des cancers masculins, soit environ 1.500 nouveaux cas chaque année. Il touche principalement les hommes blancs âgés de 15 à 40 ans, chez qui il est, en revanche, le cancer le plus fréquent.

La détection de ce cancer chez Ivan Basso n’a donc rien d’une anomalie statistique :

Ce n’est pas comme si la moitié du peloton était diagnostiquée chaque année", nuance Daniel Louvard, le président du conseil scientifique de l’Institut national du cancer. "Par son âge et ses origines, Ivan Basso correspond au portrait type de l’individu susceptible d’être touché par un cancer des testicules. Même s’il s’agit d’un cancer assez rare, les coureurs cyclistes peuvent être concernés par cette maladie, comme tout le monde. A ce stade, c’est difficile établir un lien entre son activité et son cancer."

La pratique du vélo, "pas forcément en cause"

Pour Christine Chevreau, médecin oncologue au Cancéropôle de Toulouse, aucune étude n’établit de liens de causalité entre la pratique du vélo et le cancer des testicules. Selon elle, la détection de ces maladies chez les coureurs cyclistes est essentiellement due à leurs obligations d’athlètes de haut-niveau : "Ce sont des sportifs professionnels. A ce titre, ils sont soumis à de nombreux examens médicaux poussés. Fatalement, les chances de détection de problèmes cancéreux sont augmentées elles aussi sans que la pratique du vélo soit forcément en cause."

Certaines pistes de réflexion sont pourtant à l’étude dans le corps médical pour identifier ce qui peut favoriser l’apparition de ce cancer : Le seul facteur aggravant connu et applicable aux cyclistes pourrait être celui de la chaleur provoquée par les frottements et les chocs subis par la région du bas-ventre lors des courses et des entraînements." Là encore pourtant, rien n’indique formellement de rapport direct avec la pratique du vélo : "Il y a déjà eu des cas de blessure au niveau du périnée et des problèmes érectiles liés à une mauvaise position sur la selle mais rien de plus. Quant aux ’pseudo études’ qui montrent du doigt les produits chimiques contenus dans les maillots et la selle, elles ne sont faites que de suppositions", estime la médecin oncologue.

Une étude de la University College London publiée il y a quelques jours avance, elle, l’idée selon laquelle pratiquer le vélo au-delà de neuf heures par semaine pourrait favoriser le cancer de la prostate. Une autre étude, britannique, avance de son côté que les traumatismes répétés au niveau du scrotum inhérent au cyclisme pourraient également favoriser l’apparition de cancer des testicules. Mais sans plus de précisions...

Les conséquences du dopage encore inconnues

Même en l’absence d’études scientifiques fiables, difficile d’imaginer que la prise de produits dopants ne favorisent pas l’apparition de cancers, notamment chez les cyclistes. "C’est encore une grande inconnue", juge Bruno Sesboüé, responsable de l’unité médecine du sport au CHU de Caen. Le rapport entre le cancer des testicules et le dopage n’a été établi que dans le cas de prises d’hormones mâles ou de stéroïdes comme chez les culturistes."

Concernant les produits dopants comme l’EPO en revanche, - que Armstrong et Basso ont tous les deux utilisé - rien ne prouve pour le moment de liens avec l’apparition de cancers, comme le rappelle le docteur Sesboüé : "Armstrong et Basso ont beau être tous les deux ’tombés’ pour tricherie et atteints par un cancer des testicules, cela peut parfaitement être le hasard. C’est même assez probable."

Hasard ou pas, le cancer des testicules est aujourd’hui le cancer masculin ayant le plus haut taux de rémission, environ 90%. Quoi qu’il en soit, le message laissé mercredi par Ivan Basso à ses fans, quelques heures après son opération, est porteur d’espoir : "Tutto bene !" ("tout va bien"). C’est déjà ça.

Lucas Burel

Source : L’Obs



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