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5
févr
2015

De l’électricité contre le cancer du cerveau ?

Un dispositif diffusant un courant électrique dans le cerveau freine la progression du glioblastome. C’est le premier progrès depuis dix ans. Enfin une bonne nouvelle contre le glioblastome, redoutable cancer du cerveau qui touche environ 3000 personnes en France chaque année. Un traitement semble augmenter le taux de survie à deux ans, une première depuis dix ans dans ce domaine. Et, contre toute attente, ce traitement n’est ni de la chimiothérapie, ni une thérapie ciblée, pas non plus de l’immunothérapie, mais … un courant électrique !

Des données très encourageantes ont en effet été présentées à Miami, au cours du dernier congrès de neuro-oncologie, en faveur du « Tumor Treating Field », ou TTF. Cette technique proposée par la société Novocure, basée sur l’île de Jersey au large de la Normandie, consiste à appliquer un courant électrique au niveau du cerveau des malades. Elle est déjà autorisée aux États-Unis pour traiter des récidives de glioblastome, mais son efficacité est discutée. Des centres de lutte contre le cancer dans douze pays l’évaluent cette fois en cas de glioblastome nouvellement diagnostiqué. Six hôpitaux y participent en France à Amiens, Angers, Bordeaux, Lyon, Paris et Toulouse.

Analyse sur 315 patients

Lancée en 2010, cette étude impliquera 700 patients. Mais la FDA, l’agence américaine des produits de santé aux États-Unis, a demandé à l’entreprise de publier des résultats à mi-parcours afin de faire une évaluation intermédiaire. Bien leur en a pris ! L’analyse des 315 premiers patients montre que non seulement le TTF est bien toléré, mais en plus qu’il est beaucoup plus efficace que ce qu’en attendaient les investigateurs ! Associé à la chimiothérapie après chirurgie et radiothérapie, il augmente la durée de survie globale avec 43 % de patients vivants à deux ans, contre 29 % avec le même traitement sans TTF. « Personne ne s’attendait à de tels résultats », reconnaît le Pr Jérôme Honnorat, qui a inclus une quinzaine de patients à l’hôpital neurologique de Lyon.

En pratique, le dispositif repose sur quatre lots d’électrodes à fixer sur un crâne rasé à changer tous les trois jours environ. Ces électrodes sont reliées à un générateur portatif de 3 kg émettant un courant de faible intensité qui perturbe les divisions cellulaires et ralentit la progression de la tumeur. Le tout doit être porté en permanence.

« Les patients s’adaptent très bien »Ce procédé lourd et inesthétique a effrayé plus d’un patient au moment de l’inclusion, mais « d’autres ont été séduits par l’aspect non médicamenteux et ont tout de suite adhéré », explique Jérôme Honnorat. « Les proches apprennent à changer les électrodes et les patients s’adaptent très bien. Ils portent foulard, perruque ou casquette et mettent le générateur dans un sac à dos avec des batteries de rechange. Ils peuvent ainsi vivre librement sans que leur dispositif soit visible. Un de mes patients a vécu trois ans avec », raconte le Pr Roger Stupp, coordinateur principal de l’étude à l’hôpital de Zurich (Suisse).

À l’enthousiasme succède cependant la prudence. « Seuls les patients sans troubles cognitifs ou moteurs peuvent utiliser ce dispositif, ce qui représente une partie seulement des malades, car la tumeur altère souvent ces fonctions », explique Jérôme Honnorat. En outre, « ces données sont partielles et doivent être prises avec précaution à ce stade », rappelle-t-il.

Il faudra donc attendre la publication des résultats finaux fin 2016, voire en 2017. En attendant, Novocure a lancé de nouvelles études avec son dispositif dans d’autres cancers : poumon, ovaire et pancréas. Autant dire que l’aventure TTF ne fait que commencer. Une aventure potentiellement très lucrative, à près de 20.000 euros par mois et par patient…

Source : Le Figaro Santé



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