L'article

5
mai
2015

Des soldats français accusés de viols sur des enfants en Centrafrique

Un rapport des Nations unies accuse des troupes internationales, et particulièrement les soldats français, d’avoir commis des viols sur des enfants en Centrafrique. Le ministère de la Défense français a ouvert une enquête interne et promet de faire toute la lumière.

Le texte, révélé par le quotidien britannique The Guardian, affirme que des militaires ont abusé de mineurs en « échange d’argent ou de nourriture ». Les faits se seraient déroulés à Bangui en décembre 2013 et juin 2014. La capitale centrafricaine était alors la proie d’intenses combats entre les miliciens chrétiens anti-Balaka et musulmans de la Séléka. Des centaines de milliers de civils avaient alors fui leur maison pour se cacher sur l’aéroport de M’Poko à Bangui. C’est dans ce camp de réfugiés que les viols auraient eu lieu.

Des victimes âgées de 9 ans

Un agent du BINUCA (Bureau Intégré de l’Organisation des Nations Unies en Centrafrique) assisté de personnels de l’UNICEF ont recueilli plusieurs témoignages d’enfants, dont certains âgés de 9 ans, racontant les sévices dont ils ont été victimes. Le rapport de la MINUSCA (Mission des Nations Unies en Centrafrique), estampillé « confidentiel » est extrêmement détaillé. Un garçon de 9 ans raconte ainsi avoir été agressé sexuellement par deux soldats alors qu’il était à un check point dans l’espoir de trouver quelque chose à manger. Les victimes, très choquées, ont néanmoins pu donner des descriptions précises de certains violeurs.

Rédigé à l’été 2014 par une équipe des Nations unies, le rapport est très longtemps resté secret. L’enquête semblait s’enliser laissant craindre qu’aucune sanction ne soit prise. « Les abus sexuels par les forces de maintien de la paix couverts par les Nations unies montre un mépris des victimes. Mais l’affreuse vérité est que ce n’est pas rare. Le manque de réaction de l’ONU aux abus sexuels commis par ses membres doit faire l’objet d’une enquête », assure Paula Donovan, de l’ONG Free World.

« Des cas isolés » selon la Défense

Anders Kompass, un travailleur humanitaire de l’ONU, en poste à Genève, lassé de ce manque de volonté, a finalement décidé de son propre chef de saisir les autorités françaises. Le ministère de la Justice français a annoncé mercredi que le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire à ce sujet en juillet 2014. Plus étonnant, Anders Kompass est lui aussi la cible d’une enquête de l’ONU. On lui reproche d’avoir diffusé le rapport, ce qui pourrait lui valoir un licenciement .....

Le ministère de la Défense français explique que le dossier lui a été transmis par l’ONU le 29 juillet , et qu’il a saisi le jour même le parquet de Paris sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale. Les investigations ont été confiées au commandement de la gendarmerie prévotale, l’équivalent pour ce corps de la « police des polices ». En parallèle, l’armée a ouvert une enquête interne, « une enquête de commandement ». « L’ensemble des investigations n’ont pas permis d’identifier les éventuels responsables de ces actes. Il ne s’agit pas de quelquechose de systémique mais de cas isolés » explique-t-on au ministère. Toujours selon cette source, les enquêteurs se heurtent à des difficultés pour retrouver certains des enfants victimes et les témoignages ne sont pas assez précis pour permettre une identification claire des violeurs. Mais les investigations seraient toujours en cours.

Les Nations unies ont déjà du faire face à plusieurs scandales de pédophilie dans ses rangs lors d’opération de maintien de la paix. La révélation de ces viols pourrait rendre plus difficile la mission de la France en Centrafrique où 1000 soldats français sont toujours stationnés.

Après la divulgation par « The Guardian » d’un rapport dressé par les Nations Unies, François Hollande a passé un message très ferme sur les accusations de viols d’enfants par des soldats français déployés en Centrafrique.

"Si certains militaires se sont mal comportés, je serai implacable", a déclaré François Hollande lors d’un déplacement à Brest. "Si les faits sont avérés par la justice et le commandement militaire (...) il y aura des sanctions qui seront à proportion des faits qui auront été constatés, et si c’est grave, les sanctions seront graves, elles devront même être exemplaires", a ajouté le président de la République.

Anders Kompass, le directeur des opérations des Nations Unies a été suspendu pour avoir dévoilé ces informations aux procureurs français. Il sera également entendu par la justice sur la violation des protocoles tenus secrets. Ce rapport stipule comment les 10 garçons sans-abris, âgés de huit à 15 ans ont été sexuellement exploités.

Les enfants abusés brisent le silence

Le rapport obtenu par ’’ le Guardian ’’ contient des entrevues avec six enfants qui dénoncent des abus sexuels de soldats français. Certains d’entre eux indiquent que plusieurs de leurs amis ont également été victimes.

Les interviews ont été réalisées, l’année dernière, entre mai et Juin par un fonctionnaire de l’Office du Haut-Commissaire aux droits de l’homme et un membre de l’Unicef. Les enfants, décrivent des abus datant de Décembre 2013. Intitulé « Les abus sexuels sur les enfants par les forces armées internationales », le document est timbré « confidentiel » sur chaque page.

Les allégations impliquent également des soldats tchadiens qui ont abusé des sans-abris. Ces militaires tchadiens avaient pour mission de maintenir la paix en Centrafrique. Ils ont tous affirmé être violés en échange de rations alimentaires distribuées par les soldats. Un entretien détaille comment deux enfants de neuf ans ont été exploités sexuellement par deux soldats français.

« On a vu deux soldats français. L’un fumait beaucoup et l’autre était petit et ne fumait pas. Ils nous ont demandé ce que nous voulions. Nous avons répondu que nous avions faim. Le petit homme nous a dit qu’il fallait d’abord mettre son bangala [pénis] dans notre bouche. Le bangala du soldat plus petit était pour mon ami. Leurs Bangalas étaient directement en face de nous, au niveau de nos bouches…"

L’enfant évoque la façon dont lui et son ami ont procédé pour accomplir l’acte sexuel. Lorsqu’ils avaient terminé, les deux soldats français ont remis trois paquets de rations alimentaires militaires et de l’argent aux enfants.

Un autre sans abri de neuf ans explique qu’il est allé demander de la nourriture aux militaires français, au camp des personnes déplacées, à l’aéroport M’Poko. Il souligne que le soldat lui a demandé de procéder à un acte sexuel sur lui.

Le rapport indique : « L’enfant avait des amis qui avaient déjà effectué ces actes. Il savait donc ce qu’il avait à faire. L’armée française donne ensuite en retour, une partie de leurs nourritures militaires et de l’argent. Et avant de les laisser partir, les soldats menaçaient en leur exigeant de garder le silence sous peine d’être sauvagement battus ".

Un autre enfant âgé de 13 ans explique de manière détaillée comment les soldats effectuaient l’abus. Un autre garçon révéle qu’il a été témoin du viol de son ami par deux soldats tchadiens et le même garçon étant encore abusé par un soldat français.

Le jeudi, les hautes autorités de l’armée française ont répondu à la publication détaillée de « The Guardian » en promettant la "tolérance zéro" et la "transparence totale". Un porte-parole a souligné que les soldats français de Bangui étaient soumis aux mêmes lois que les soldats résidants en France. L’armée a également lancé sa propre enquête pour déterminer s’il y avait un "dysfonctionnement dans la chaîne de commandement".

Pendant ce temps, Laurence Rossignol, le ministre des familles françaises, a déclaré à la télévision française : « On sait très bien que dans les opérations de guerre ou dans les pays de désordre, ce sont les femmes et les enfants qui sont les victimes des prédateurs. Ça veut dire que ceux qui sont là pour les protéger, seraient eux-mêmes des prédateurs, d’un certain point de vue c’est un double crime de leur part », a-t-elle estimé.

Source : Le Figaro & CanalFrance Info



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