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16
nove
2014

ERIC CANTONA : UN DISCOURS DIFFERENT SUR L’IMMIGRATION ET LE FOOT

Le « discours ambiant » sur l’immigration relève d’une « manipulation à des fins politiques », estime Eric Cantona avant la diffusion de son documentaire « Football et immigration », dimanche sur Canal+.

Quelle est l’idée de ce film ?

Eric Cantona : J’ai voulu faire ce documentaire parce qu’on est dans une période où c’est comme s’il fallait absolument choisir entre ses origines et son pays d’accueil, comme entre son père et sa mère. Alors que la vraie richesse est de grandir avec ses origines dans son pays d’accueil. La France est multiculturelle, c’est ce que disent (les sociologues) Edgar Morin et Claude Boli. On n’est pas né que déjà on a une histoire, celle de nos parents. Ces vagues d’immigration ont participé à la construction et au développement, économique aussi, de la France. Ma femme (la comédienne Rachida Brakni, ndlr) est d’origine algérienne : je lui dis de parler l’arabe avec notre enfant.

Eric Cantona et sa épouse : Rachida Brakni

Il faut que les enfants apprennent très tôt les langues, surtout celles des origines des parents. Mon petit s’appelle Emir, et ma fille Selma, ils sont français, mais on avait envie de leur donner un prénom de leurs origines, et qu’ils en soient fiers. Mais le discours ambiant c’est : « On va te donner un prénom bien français ». C’est ridicule.

Quel est ce « discours ambiant » ? Il empire avec la crise. Il y a des gens très intelligents qui profitent du désespoir des gens, avec des discours qui ne tiennent pas debout et qui en plus vont à l’encontre de ce que sont la France et son histoire. Ces gens parlent de « Français bien français, bin bleu-blanc-rouge », alors que la France est multiculturelle depuis toujours. C’est une vraie manipulation, parce que ces gens savent ce qu’ils font, à des fins politiques.

A qui pensez-vous exactement ? A l’extrême droite. A d’autres aussi, parce que tous ces politiques ont compris que les gens étaient désespérés. Au lieu de faire leur autocritique, ce qui est beaucoup plus compliqué, et d’assumer leurs responsabilités, ils disent que c’est la faute de l’autre, et l’autre c’est qui ?, c’est l’immigré.

Mais des gens issus de l’immigration votent FN...

C’est : « Moi, j’ai fui un pays qui était dans la misère, j’ai été reçu dans un pays, ça m’a permis de survivre, mais ce qui m’est arrivé, il ne faut pas que ça arrive aux autres ». C’est de l’égoïsme. C’est pour ça qu’il est important de raconter l’histoire sur cent ans, de montrer que ça recommence toujours. On dit que les vagues précédentes se sont mieux intégré, mais c’est parce qu’on est nostalgique dans l’âme. Moi, on me dit : « Vous, c’était une époque extraordinaire, il n’y avait pas l’argent comme aujourd’hui... » Sauf qu’à notre époque on nous disait exactement la même chose ! Comme si on avait tout oublié et que le passé était devenu rose. A la fin du XIXe siècle, des Italiens sont venus travailler dans le sel, à Aigues-Mortes, et ils se sont fait buter. La cause : ils venaient « prendre le boulot des Français. »

Vous interrogez aussi des sociologues qui vont tous dans le même sens...

Donnez-moi un exemple qui prouve que le football n’est pas un formidable vecteur d’intégration.

Ce ne sont pas les personnalités critiques à l’immigration qui manquent...

Mon histoire, ce n’est pas celle-là. Les grands joueurs sont issus des vagues de l’immigration, et personne ne peut le nier. C’est intéressant de les faire parler de leurs origines, de leur pays d’accueil, de leur histoire, d’aller au fond des choses. On n’est pas obligé d’avoir la même analyse, mais ce qu’on est obligé de reconnaître, et qui devrait être un modèle, c’est que dans le foot, quand on est meilleur, on joue. Je suis parti du côté positif : regardez comment ça se passe dans le foot, ce serait bien que ça se passe partout comme ça. Les meilleurs jouent mais dès qu’on sort du jeu, concernant les entraîneurs et dirigeants dans les clubs et instances, dès qu’entre en compte la subjectivité, ça ressemble au reste de la société.

Willy SAGNOL entraineur des girondins de Bordeaux.

On préfère prendre un mec qui ressemble aux autres qu’un mec à la couleur de peau différente, malheureusement ! Dans la société, il y a beaucoup de gens issus de l’immigration qui mériteraient d’avoir leur place, autant sinon plus que des blancs, et qui malheureusement ne l’ont pas. Regardez à la télévision !



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