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8
octo
2015

Ebola : efficacité record pour le vaccin testé en Guinée

Un vaccin testé en Guinée contre le virus Ebola a démontré une efficacité « à 100 %», selon des résultats préliminaires publiés ce vendredi, qui pourraient « changer la gestion de la crise » selon l’OMS.

« C’est un cadeau de la Guinée à l’Afrique de l’Ouest et au monde », s’est enthousiasmé le Dr Sakoba Keita, coordinateur national guinéen de la lutte contre le virus Ebola. Un vaccin anti-Ebola, testé en Guinée depuis fin mars, a donné des premiers résultats excellents, selon les chercheurs qui publient les conclusions intermédiaires de leur travaux dans la revue The Lancet.

Mis au point par l’Agence de la santé publique du Canada et développé par les laboratoires NewLink Genetics et Merck, le VSV-EBOV a montré une efficacité de 100 %. Des résultats « encourageants et prometteurs », susceptibles de « changer la gestion de la crise Ebola », a annoncé ce matin Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Depuis le début de la crise en décembre 2013, l’épidémie d’Ebola a fait au moins 11.279 morts pour 27.748 cas principalement en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia.

Immunité collective à démontrer

Néanmoins, « des preuves plus concluantes sont encore nécessaires sur la capacité [du vaccin] à protéger les populations à travers ce que l’on appelle “l’immunité collective” », précise l’OMS. Car si un vaccin permet à ceux qui le reçoivent de développer des anticorps pour lutter contre une éventuelle infection ultérieure, il s’agit aussi, en limitant la circulation du virus, de protéger l’ensemble de la population et notamment ceux qui ne sont pas ou ne peuvent pas être vaccinés.

L’essai de phase III mené en Guinée par les autorités guinéennes, l’OMS, Médecins sans Frontières et l’Institut norvégien de santé publique devait permettre d’étudier l’efficacité et la sécurité du vaccin VSV-EBOV délivré en une dose unique. Utilisant comme vecteur un virus (modifié) affectant les animaux d’élevage, il semblait capable de déclencher une très bonne réponse immunitaire chez les personnes vaccinées (leur système immunitaire n’a jamais été en contact avec lui, donc il y répond bien), mais aussi davantage d’effets indésirables. L’essai de phase I mené à Genève (Suisse) avait ainsi dû être interrompu après l’apparition de douleurs articulaires chez certains participants.

Technique en anneaux

L’approche choisie pour tester le vaccin au beau milieu de l’épidémie a été saluée par les spécialistes. Les chercheurs ont opté pour une technique dite « en anneaux », la même qui a permis d’éradiquer la variole dans les années 1970 : l’entourage (proches, voisins, collègues…) des malades est vacciné, empêchant ainsi le virus de se diffuser dans la population. Les résultats préliminaires publiés ce vendredi portent sur 7 651 personnes appartenant à l’entourage de 90 malades.

Hormis les moins de 18 ans et les femmes enceintes ou allaitantes, tous les participants pouvaient bénéficier du vaccin. Un choix qui a fait débat dans la communauté médicale : la mise au point d’un produit de santé obéit d’ordinaire à des protocoles très stricts, avec notamment des groupes « contrôle » ne recevant pas le produit testé. « En temps normal, pour un vaccin, on utilise comme placebo non pas un produit inactif, mais un autre vaccin utile à la population, protégeant contre une autre maladie », précisait au Figaro, à la veille du début des tests, Pierre Saliou, président de l’Académie des sciences d’outre-mer et spécialiste en vaccinologie et maladies infectieuses. Mais la gravité d’Ebola, qui tue 70 % des personnes infectées, posait un évident problème éthique et Médecins sans frontières s’était opposé l’an dernier à une étude contre placebo. Les patients « ne doivent pas être amenés à penser qu’ils sont traités ou qu’ils sont protégés alors que ce n’est pas le cas », arguait alors le Dr Bertrand Draguez, directeur médical de MSF.

Vaccination par étapes

Pour compenser cette absence de groupe contrôle, les chercheurs ont donc eu recours à une vaccination par étapes. Les membres des 90 sous-groupes formés par un malade et ses proches étaient susceptibles, soit d’être vaccinés aussitôt le malade diagnostiqué, soit vingt et un jours plus tard. Une telle stratégie permet d’évaluer l’efficacité du vaccin en comparant le nombre d’infections survenues dans les deux groupes (vaccination immédiate ou retardée).

Une fois exclues les personnes éligibles à la vaccination, mais absentes ou refusant de participer, 3512 personnes ont été vaccinées entre le 1er avril et le 20 juillet, la moitié (2014) dès le malade identifié, les autres (1498) vingt et un jours plus tard. Puis tous ont été suivis jusqu’à 84 jours après la vaccination.

Efficacité et sécurité

Les chercheurs se sont alors attelés à établir, d’une part, l’efficacité « théorique » du vaccin : aucun cas d’infection ne s’étant déclaré parmi ceux vaccinés immédiatement, contre 16 dénombrés parmi l’ensemble des personnes éligibles à une vaccination dans un second temps (dont 11 parmi ceux ayant effectivement été vaccinés), cette efficacité a été estimée à 100 %. Quant à l’efficacité « réelle », elle a été de 76,3 % ; pour la calculer, les auteurs ont comparé le nombre d’infections survenues parmi tous les membres (vaccinés ou non, éligibles ou non) du groupe « vaccination immédiate » (8 cas au total) et du groupe « vaccination retardée » (21 cas). Par ailleurs, le VSV-EBOV a fait la preuve de sa sécurité : sur 43 événements indésirables graves rapportés, un seul (une fièvre qui s’est résolue sans laisser de séquelle) a été directement attribué à la vaccination.

Compte tenu de ces bons résultats, les futurs participants à l’essai recevront tous le vaccin immédiatement et les enfants de 13 à 17 ans, voire les plus jeunes (dès 6 ans) seront inclus. En parallèle, Médecins sans frontières a vacciné 1200 membres des équipes luttant contre l’épidémie. « Maintenant que nous savons que ce vaccin fonctionne, il faut impérativement que les personnes qui en ont le plus besoin soient vaccinées le plus vite possible, afin de rompre les chaînes de transmission existantes », a plaidé Bertrand Draguez, directeur médical de MSF.

Par Soline Roy

Source : Le Figaro Santé



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