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20
févr
2015

Elle est génétiquement un homme et a accouché de jumelles : Comment ?

Hayley Haynes, une Anglaise de 28 ans, née avec des chromosomes sexuels XY, a pu mener à bien une grossesse. Une prouesse médicale.

Génétiquement, l’Anglaise Hayley Haynes est un homme. Mais physiquement, elle est une femme, et se sent femme : Hayley est ce que l’on appelle une intersexuée. Elle est née avec des chromosomes sexuels XY, et non XX, comme toute femme. Normalement stérile, car dépourvue d’ovaires, d’utérus et d’un vagin normal, la jeune femme de 28 ans vient pourtant de mettre au monde deux petites filles, rapportait la semaine dernière le quotidien britannique "The Independant".

De quoi souffrait-elle ?

Certainement d’une insensibilité aux androgènes, peut-être partielle. Un embryon doté de chromosomes XY doit normalement se développer en garçon sous l’effet des hormones mâles. Mais le corps d’Hayley Haynes ne possède pas les récepteurs de ces hormones ; il a beau baigner dans la testostérone, elle n’a aucun effet sur lui. L’embryon se développe alors spontanément… en fille. Mais cette fille n’a pas d’utérus, ni d’ovaires, et son vagin ne fait que quelques centimètres de long. Ses gonades (organes reproducteurs) sont des testicules, restés dans son ventre. Les grandes lèvres n’ont pas fusionné sous l’effet de la testostérone. Extérieurement, c’est une fille. Elle est déclarée fille, et élevée comme telle", explique le professeur Philippe Touraine, endocrinologue à la Pitié-Salpétrière, à Paris.

L’enfant grandit normalement, sans que rien ne puisse être remarqué. Elle se sent bien dans son genre. L’adolescence vient tout remettre en question. Ses poils ne poussent pas, elle n’a pas de règles. En revanche, la testostérone ayant la propriété de se transformer en œstrogènes, ses seins poussent sous leur effet, et sont même plus beaux que ceux de la moyenne des femmes ! En effet, les femmes produisent aussi de la testostérone (en moindre quantité) qui réprime la pousse", poursuit le spécialiste.

C’est ainsi que Hayley Haynes n’a appris sa "maladie" qu’à l’âge de 19 ans. "Quand ils m’ont dit que je n’avais pas d’utérus, j’étais si confuse que je me suis sentie malade. Ma plus grande peur était de ne jamais avoir d’enfant. Soudain, une grande partie de ma vie me manquait. Je me suis sentie la moitié d’une femme. Comment allais-je dire à un homme que j’étais génétiquement mâle et commencer à avoir des rendez-vous ?", a-t-elle expliqué au "Daily Mirror".

De quel traitement a-t-elle bénéficié ?

Hayley Haynes était donc une candidate à la gestation pour autrui (GPA), le recours à une mère porteuse, comme autorisé au Royaume-Uni. Avec de surcroît un don d’ovocytes. Mais les médecins ont constaté qu’elle avait quand même un utérus de quelques millimètres.

Normalement, dans la forme complète de l’insensibilité aux androgènes, la régression des organes reproducteurs féminins est absolue, s’étonne le professeur Touraine. Mais il est vrai qu’il n’existe pas d’étude exhaustive sur la présence d’un éventuel reliquat de ces organes. Sachez que si l’on fait une échographie pelvienne à une petite fille de 6 ans tout à fait normale, c’est à peine si l’on voit son utérus. Il ne fait que quelques millimètres ! Il poussera sous l’effet des oestrogènes, pour atteindre 9-10 cm de long."

Les médecins ôtent les gonades mâles de ce type de patientes après leur puberté, et les mettent donc sous hormones féminines artificielles à vie. "J’ai une patiente qui avait un micro-utérus - c’était un autre syndrome. Sous l’effet du traitement aux oestrogènes, il a poussé à 3 cm. Donc, c’est possible que l’utérus de cette Anglaise ait grandi." Haynes a ensuite bénéficié d’une fécondation in-vitro (FIV), avec un don d’ovocytes. "Elle a forcément accouché par césarienne, car elle n’a pas de col de l’utérus", conclut le professeur. Le bébé n’avait pas de sortie naturelle… Mais la jeune femme a pu mener une grossesse à son terme, et c’est déjà inespéré.

Cécile Deffontaines

Source : Le Nouvel Obs



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