L'article

30
déce
2015

Essai prometteur d’un vaccin français contre le sida

Une start-up de Sophia Antipolis a testé l’efficacité de son traitement sur 48 malades à l’hôpital de la Conception à Marseille.

L’espoir d’un traitement du sida beaucoup plus léger que les trithérapies et même d’un vaccin pourrait bien venir contre toute attente d’une petite start-up de Sophia Antipolis, Biosantech. Cette petite entreprise sans salariés a annoncé avoir testé avec succès l’efficacité de son traitement sur des malades. Elle a acquis auprès du CNRS la licence d’exploitation des brevets déposés par Erwann Loret, biologiste au CNRS de Marseille.

Le principe du traitement est original. Lorsqu’un patient est infecté par le virus du sida, une protéine Tat est secrétée et en perturbant le système immunitaire permet au virus de se multiplier. Erwann Loret a mis en évidence que l’injection de protéines Tat différentes (synthétisées sur le modèle de la « Tat Oyi » découverte sur une patiente gabonaise) engendre la production d’anticorps capables de détruire les Tat.

Biosantech a réalisé les essais de phase II A entre avril 2013 et décembre 2014, mais un différend avec Erwann Loret aurait bloqué la récupération des résultats. « Nous avons signé un protocole transactionnel avec le CNRS et nous venons enfin d’intégrer toutes les données de l’essai clinique dans la base de données. La levée d’aveugle des essais est prévue pour le 2 octobre et nous communiquerons les résultats scientifiques le 5 octobre », explique Corinne Treger, présidente de Biosantech, devant l’hôpital de la Conception à Marseille où ont été réalisés ces essais sur 48 personnes. Mais, d’ores et déjà, Corinne Treger affiche son optimisme : « Nous avons pu constater qu’il n’y avait pas d’intolérance à notre candidat vaccin et que sur un nombre important de patients, on a les mêmes résultats qu’avec la trithérapie. On a eu une réponse immunitaire forte permettant de stabiliser le virus. »

Une troisième phase d’essais

Concrètement, trois injections successives à un mois d’intervalle ont été pratiquées sur des patients séropositifs. Au cours des deux mois suivants, des dosages ont été effectués sur les anticorps et les anti-Tat. Ensuite, le traitement de trithérapie a été interrompu pendant deux mois, avec l’autorisation de l’Agence nationale de recherche sur le sida.

Il faudra ensuite une troisième phase d’essais (phase II B), notamment, pour affiner sur 80 patients le dosage du vaccin. Mais Biosantech, qui a déjà dépensé plus de 1,3 million d’euros, est à la recherche d’un partenaire. « Les résultats sont à portée, et la prochaine étape sera la production industrielle. C’est le moment de passer la main », estime Corinne Treger, selon laquelle son médicament pourra être disponible dans les 18 mois.

« Personne ne nous a aidés. On nous a plutôt mis des bâtons dans les roues. Même l’ANRS, qui a un budget de 46 millions d’euros par an pour la recherche contre le sida ne nous a rien donné », regrette Mme Treger. Elle s’est tournée vers des investisseurs privés et a réalisé une opération de financement participatif qui lui a rapporté 800.000 euros. La Banque publique d’investissement lui a en outre prêté 170.000 euros cette année.

INTERVIEW - Pour le Pr Olivier Schwartz, directeur de l’unité Virus et immunité de l’Institut Pasteur (Paris), le virus du sida pose des problèmes, mais il existe des traitements efficaces.

Le Figaro. - Pourquoi le virus du sida pose-t-il tant de problèmes ?

Olivier SCHWARTZ. - Le VIH, virus du sida, pose des problèmes, mais il y a des traitements efficaces. Le VIH est un rétrovirus. Il se multiplie grâce à une enzyme qui transforme son matériel génétique, l’ARN viral, en ADN. Cette enzyme peut introduire des modifications dans le virus. C’est une source de grande variabilité qui permet au virus de s’adapter rapidement à différentes pressions de sélection. Par exemple, lorsqu’il infecte un individu, il est confronté à la réponse de l’hôte sous la forme d’anticorps (réponse humorale) et à la mobilisation de cellules tueuses, les lymphocytes (réponse cellulaire). Dès lors, il s’adapte et peut muter pour se multiplier. C’est aussi le cas avec les traitements antirétroviraux. Le virus va tenter de leur échapper en mutant. Il faut donc combiner différents médicaments (trithérapie) pour bloquer efficacement la multiplication du virus.

Pourquoi n’a-t-on toujours pas trouvé de vaccin préventif ?

Il y a déjà eu différents essais vaccinaux encourageants, mais avec des effets modestes. Le meilleur résultat obtenu est une réduction de 30 % du risque de se contaminer. Il est difficile d’induire chez les personnes vaccinées des anticorps capables de neutraliser les différents virus circulants. Des progrès récents ont cependant permis l’identification d’anticorps antivirus à large spectre qui semblent très efficaces. Des équipes de l’Institut Pasteur et d’autres dans le monde travaillent sur la mise au point de ces anticorps. Il s’agit donc d’une immunisation passive consistant à injecter ces anticorps pour obtenir une protection transitoire. Aux États-Unis, des essais cliniques chez des personnes infectées ont montré une diminution de la charge virale. Et s’il n’y a pas pour l’instant de vaccin, d’autres stratégies de prévention sont également efficaces. On peut citer par exemple la « prophylaxie préexposition » : l’administration de molécules antivirales à titre préventif.

Qu’appelle-t-on un vaccin thérapeutique ?

C’est un vaccin qui, chez une personne infectée, vise à restaurer le système immunitaire pour qu’il arrive à maîtriser la multiplication virale. On parle d’immunothérapie. Le but serait de se passer ensuite d’antirétroviraux. Il y a différentes stratégies pour réaliser cette immunothérapie. L’une d’elles, sous l’égide du VRI (Institut de recherche vaccinale), un consortium basé en France, consiste à utiliser des cellules dendritiques, cellules importantes de l’immunité. Ces cellules sont de véritables sentinelles de l’organisme. Elles sont là pour repérer par exemple les virus ou des cellules anormales. Elles mobilisent alors le système immunitaire. Ces cellules peuvent être purifiées à partir du sang, amplifiées et réinjectées. On peut également directement cibler ces cellules dans l’organisme avec des molécules particulières, sans avoir besoin de les purifier. Là aussi, des essais cliniques sont programmés.

Source : Le Figaro Santé



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