L'article

8
octo
2015

France - Comores : crise diplomatique sur fond de drapeau tricolore

Le port du drapeau français par la délégation de Mayotte aux derniers Jeux des îles de l’Océan indien a ravivé un conflit vieux de 40 ans entre la France et les Comores. Récit.

Après plusieurs jours de tensions, la délégation des Comores avait quitté l’île de la Réunion le mardi 4 août au soir sans avoir participé aux épreuves de la 9ème édition des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI). A l’origine de ce départ précipité : le drapeau français brandit par les athlètes mahorais lors de la cérémonie d’ouverture des JIOI rassemblant les sept îles de l’océan Indien (Madagascar, la Réunion, les Maldives, les Seychelles, Maurice, les Comores et Mayotte).

L’île de Mayotte, qui possède à la fois le statut de département français et - géographiquement - d’île comorienne, est sujet de discorde entre la France et les Comores depuis 1974.

Avant même le début de la compétition sportive, les Comores avaient déjà menacé de se retirer des Jeux car plusieurs de leurs athlètes s’étaient vu refuser l’attribution de visas français rendant impossible leur déplacement jusqu’à La Réunion. Dès son arrivée, l’équipe féminine de football déclarait d’ailleurs forfait car cinq de ses joueuses, dont les deux gardiennes, n’avaient pas pu faire le voyage. La solution trouvée lors de la réunion rassemblant les représentants de la délégation comorienne, le ministre des Sports français Patrick Kanner et les responsables de l’organisation dans la matinée du 1er août, n’aura pas réussi à éclipser "la crise diplomatique" déclenchée dans l’après-midi.

Une violation du règlement

Devant les 8.000 personnes venues assister à l’ouverture officielle de la compétition, les Mahorais ont choisi défiler au côté des Réunionnais derrière le drapeau français, tout en brandissant une pancarte "la France de l’Océan Indien". Ce geste symbolique a pourtant été proscrit dès la création des JIOI en 1979 en raison du litige opposant la France et les Comores à propos de Mayotte. A la demande de Moroni, le Comité international avait fait inscrire dans la charte des Jeux que Mayotte ne pourrait "arborer aucun symbole de l’Etat français (hymne et drapeau)".

Le responsable de la commission comorienne, Hassane Mohamed Aboudou, choqué, a alors demandé aux 150 sportifs l’accompagnant de quitter immédiatement la pelouse du stade où ils étaient déjà installés. Le ministre des Sports comorien, Attoumani Ali, a annoncé dimanche le retrait des Comores des Jeux des îles 2015 après "l’incident diplomatique" dénoncé par Aboudou. De son côté, Patrick Kanner a lui déclaré, lors une conférence de presse tenue le même jour, ne pas comprendre la réaction disproportionnée des Comoriens :

Je ne parlerai pas d’incident diplomatique. Je ne mélange pas le sport et la vie diplomatique de notre pays (...) Le statut de Mayotte a changé. Il faut que nos amis de l’océan Indien le comprennent".

La France en porte-à-faux avec l’ONU

Pour mémoire, Mayotte, île de l’archipel comorien, devenue 101ème département français en 2009, est depuis 1974, revendiquée par Moroni. Cette année-là, lors d’un référendum portant l’indépendance des quatre îles des Comores, Mayotte avait été la seule à se prononcer en faveur de son maintien dans l’ensemble français.

En 1994, l’ONU a condamné la présence française en rappelant "la nécessité de respecter l’unité et l’intégralité de l’archipel des Comores composé des îles d’Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli" et rejeté "toute forme de référendum ou consultation organisée en territoire comorien de Mayotte par la France". Les prises de position de l’Assemblée générale de l’ONU n’ont pourtant aucunement ébranlé l’agenda de la France, membre permanent du Conseil de sécurité, qui faisait de Mayotte son 5ème département d’outre-mer en 2009.

Pour l’heure, l’ambassade des Comores a rappelé son ambassadeur à Paris et le représentant français à Moroni a été convoqué au ministère comorien des Relations extérieures. La célébration sportive a vite tournée en règlement de compte politique comme en témoignent les poings levés des trois Mahorais distingués lors de l’épreuve de javelot lundi. Cette image forte n’est évidemment pas sans rappeler celle des américains Tommie Smith et John Carlos, dénonçant de leur poings levés le racisme aux Etats-Unis, lors de la remise de médaille du 200m des JO de Mexico en 1968.

Les responsables des JIOI, pour le moins dépassés par la situation, n’excluent désormais pas l’annulation pure et simple de la prochaine édition prévue pour 2019 et pour laquelle l’archipel des Comores s’était d’ailleurs porté candidat.

Armelle Sae-Jeanne

Source : L’Obs



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 93 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration