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24
mai
2016

France : La déchéance de nationalité aurait été inapplicable et non dissuasive pour le juge Trévidic

"On n’exporte pas un terroriste !" ; l’ancien juge de l’antiterrorisme critique l’idée de déchéance de nationalité des binationaux dans les affaires de terrorisme.

Pessimiste, parfois cynique, mais réaliste, Marc Trévidic, ancien juge de l’antiterrorisme, a une nouvelle fois porté un regard très sévère sur les choix politiques sur la question du terrorisme. Dans une interview à "La voix du Nord", il a fustigé le projet socialiste de déchoir de leur nationalité française les binationaux convaincus d’actes de terrorisme.

D’abord pour des raisons pratiques, qui rendent cette idée "très certainement inapplicable."

"Comment expulser un individu qui a toujours vécu en France ? Une autre nation a-t-elle à gérer quelqu’un né chez nous ?".

"Quelle sera la réaction de la France si l’autre nation à laquelle un suspect est rattaché refuse de le recevoir ? (...) Notre pays ne doit pas se considérer seul dans une bulle", constate-il. Et ajoute :

On n’exporte pas un terroriste ! Que se passera-t-il si l’Algérie, les Etats-Unis nous adressent des déchus ? Allons-nous les accepter ? (...) En réalité, c’est faire beaucoup de bruit pour rien et risquer, vraiment, de fabriquer des apatrides", a affirmé celui qui est aujourd’hui, vice-président au tribunal de grande instance de Lille.

"N’oublions pas, non plus, qu’on ne peut pas expulser un individu vers un pays où sa sécurité est en danger."

"Sa mise en oeuvre consommerait énormément d’énergie. Cette réforme créera davantage de problèmes qu’elle n’en réglerait", a poursuivi l’ancien juge antiterroriste, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes des filières islamistes.

"On range nos principes au placard"

Le juge est également très inquiet des dérives que cette mesure pourrait provoquer.

"Le pays est encore sous le coup de l’émotion due aux attentats de novembre. En même temps, la définition du terrorisme est très floue. Il concerne également l’atteinte aux biens. Les Moudjahidinne du peuple iraniens ont été considérés comme terroristes ou pas en fonction des enjeux de notre politique étrangère [...] Je suis très surpris de voir la rapidité avec laquelle on range nos principes au placard. Que se passera-t-il, demain, si un régime autoritaire qualifie très largement des opposants de ’terroristes’ ?", a-t-il encore affirmé.

Le choix de François Hollande de conserver dans son projet de révision constitutionnelle la déchéance de nationalité a crée un profond malaise à gauche et de nombreuses critiques dans la société et jusque dans les médias étrangers.

Source : L’Obs



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