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11
déce
2014

France - Niger : Les dessous de la libération de Lazarevic

L’ancien otage français est désormais libre. Mais à quel prix ? Via quels canaux ? Sa libération a-t-elle fait l’objet d’un échange de prisonniers ?

Eléments de réponse.

"La vie est belle, de retrouver la liberté !" Serge Lazarevic, dernier otage français, est rentré en France mercredi 10 décembre après trois ans de captivité au Sahel aux mains d’Al-Qaida. Deux jours après sa libération, vient désormais l’heure des questions autour des circonstances de cette issue favorable. Cette liberté retrouvée a-t-elle un prix ? Si oui, lequel ? Comme souvent, deux versions s’affrontent. "L’Obs" fait le point.

# A Paris, silence radio

Officiellement, la libération de Serge Lazarevic, dans le nord malien, est le fruit d’un "engagement personnel" des présidents du Mali et du Niger, salué par Paris, et de "très longs mois" de "discussions".

"Il y a à la fois des négociations, des relais diplomatiques" et "la discrétion", s’est borné à dire mercredi le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

Considéré comme l’intermédiaire du gouvernement nigérien avec Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), le négociateur Mohamed Akotey n’a pas souhaité faire "de commentaire là-dessus" à "L’Express".

Mardi, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Manuel Valls a rappelé haut et fort la position de Paris :

La France n’abandonne pas et n’abandonnera jamais ses ressortissants."

Sans commenter les circonstances de ce dénouement, François Hollande s’est félicité mercredi que la France ne compte "plus aucun otage, dans aucun pays au monde" et a lancé "un message simple, clair, à tous nos compatriotes qui peuvent se trouver dans des zones à risque : faites en sorte de ne pas aller où vous pouvez être enlevés".

# En Afrique, les langues se délient

Depuis l’annonce lundi de la libération de Serge Lazarevic, plusieurs sources font pourtant état de l’existence d’une contrepartie. Il y a bien eu "échange de prisonniers", un "geste" du Mali "à la demande de Paris", assure ainsi à l’AFP un responsable de la sécurité malienne.

Je peux vous dire que des hommes que certains qualifient de terroristes, mais qui pour nous sont des prisonniers, ont été libérés contre la libération de l’otage français", ajoute cette source, qui précise que "Mohamed Aly Ag Wadoussène fait partie des prisonniers libérés".

"C’est à la demande de Paris" que le Mali a "fait ce geste", souligne cette source, qui n’a pas souhaité réagir sur un éventuel paiement de rançon. "S’il y a eu rançon, ce n’est pas par le Mali", indique-t-on.

Le correspondant de RFI au Mali, Serge Daniel, a également évoqué la libération de ces militants d’Aqmi. "[Mohamed Akotey] a pris contact avec les proches de Iyad ag Ghali [leader historique de la rébellion touareg au nord Mali et fondateur du groupe islamiste Ansar Dine, NDLR]. C’est un cousin à lui qui détenait en fait Serge Lazarevic", confie le journaliste à France 24. Mohamed Akotey dément, quant à lui, avoir pris contact avec Iyad ag-Ghali.

"On parle de deux hommes - Mohamed Ali Ag Wadossene et Heiba Ag Acherif - qui ont quitté la prison centrale de Bamako [dimanche] et ont rejoint le Niger. C’était probablement la dernière condition posée par les ravisseurs", avance, de son côté, Matthieu Mabin, spécialiste de la région sur le plateau de France 24.

# Chez les ONG, l’indignation prédomine

"Indignées", des organisations de défense des droits de l’Homme critiquent le fait que de "présumés terroristes", comme Mohamed Aly Ag Wadoussène qu’elles présentent comme "l’organisateur principal de l’enlèvement", aient été libérés en échange de l’otage français.

C’est un paradoxe de voir des individus libérés dans le cadre de la libération d’otages qu’ils ont eux-mêmes aidé à capturer", rappelle le responsable Afrique de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) Florent Geel. Au Niger également, des organisations de la société civile ont dénoncé les conditions de cette libération.

"Nous condamnons déjà les versements de rançons, à plus forte raison des libérations d’éléments de forces obscurantistes contre des otages", dénonce Kani Abdoulaye, président du Collectif des organisations de défense des droits de l’Homme et de la démocratie (CODDHD), qui regroupe une quarantaine d’ONG nigériennes.

Ces libérations reviennent à "encourager en quelque sorte les prises d’otages", estime-t-il.

Pour Mohamed Ouagaya, le président de l’ONG Comité d’orientation de défense et de sauvegarde des acquis démocratiques (Croisade), basée à Agadez (nord), "c’est une façon de permettre aux preneurs d’otages, des gens qui ont commis tellement de crimes et de morts, de revenir en force".

G.S. avec AFP

Source : Le Nouvel Obs



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