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16
octo
2015

Gabon : « une fondation » pour gérer le « don » Bongo

Au Gabon et partout en Afrique, nombreux sont les observateurs à être surpris par la décision du président Ali Bongo de renoncer à sa part d’héritage et de verser ce pactole à une fondation pour la jeunesse. Mais quelle fortune a laissé Omar Bongo à son décès ? Et qu’est-ce qui garantit que son fils va vraiment donner ce trésor à ses concitoyens ? Alain-Claude Bilie By Nzé est le conseiller politique et le porte-parole de la présidence gabonaise. En ligne de Libreville, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Pourquoi ce geste d’Ali Bongo ?

Alain-Claude Bilie By Nzé : C’est un geste qui fait suite à un constat. Aujourd’hui, nous avons de réelles difficultés à offrir à la jeunesse gabonaise des possibilités d’être mieux formée et d’affronter les défis, notamment les défis pour l’emploi. Et M. Ali Bongo Ondimba a souhaité regarder ce qu’à titre personnel il pouvait faire, en plus de ce qui est déjà fait par l’Etat. D’où ce geste, s’agissant de la part de la fortune qui lui reviendra.

Est-ce que ce n’est pas aussi un coup politique à quasiment un an, jour pour jour, de l’élection présidentielle ?

Certains peuvent l’interpréter ainsi, mais c’est mal connaître l’homme, Ali Bongo, parce que son engagement pour la jeunesse c’est depuis qu’il était ministre de la Défense nationale. Il avait créé une école, le prytanée militaire, qui est aujourd’hui l’une des écoles qui produit les meilleurs résultats au Gabon.

Ali Bongo annonce qu’il donne tous les revenus tirés de sa part d’héritage à une fondation pour la jeunesse et l’éducation. Mais quel est le montant de sa part d’héritage ?

A l’heure qu’il est, le montant de cette part d’héritage n’est pas entièrement évalué et il serait hasardeux pour moi de vous communiquer un montant qui pourrait demain faire l’objet de supputations. Mais quel que soit le montant, il a décidé de mettre en place une fondation dont le fonctionnement sera tout à fait transparent, avec implication de la société civile, implication de personnalités gabonaises réputées pour leur rectitude. Et donc, il y aura toute la transparence nécessaire pour ce qui reviendra à la jeunesse gabonaise.

D’après un document de la Direction générale des impôts du Gabon, daté d’octobre 2014, l’actif de la succession s’élève à 549 millions d’euros. Est-ce que vous confirmez ?

Selon toute vraisemblance ce montant ne tient pas compte d’un certain nombre de pondérations à faire.

Voulez-vous dire que ce montant est surévalué ?

Selon toute vraisemblance oui, il serait surévalué.

Selon d’autres sources, ce montant au contraire serait sous-évalué.

Dans tous les cas, Ali Bongo s’y est engagé, ce sera tout à fait transparent. Il n’y aura pas d’éléments qui seront cachés. Il n’y aura rien de caché. Et nous comprenons tout à fait les fantasmes qu’il peut y avoir autour de la fortune supposée. Mais lorsque tout ceci sera terminé, M. Ali Bongo Ondimba s’est engagé à rendre public l’ensemble des données le concernant.

Selon la volonté du défunt Omar Bongo, Ali et Pascaline Bongo sont les deux seuls légataires universels. C’est-à-dire qu’ils ont droit à eux deux à 50% des avoirs. Est-ce qu’on peut estimer alors que la part d’héritage d’Ali Bongo avoisine un quart de la somme totale de la succession ?

Ce qui est essentiel ce n’est pas tant le montant que la destination qu’Ali Bongo donne à sa part d’héritage.

Il y a les biens immobiliers, comme ces deux hôtels particuliers à Paris et cette résidence à Libreville, mais il y a aussi les parts d’Ali Bongo dans la holding Delta Synergie, à travers laquelle Omar Bongo avait investi dans une quarantaine d’entreprises gabonaises. Est-ce que les revenus d’Ali Bongo issus de cette holding vont également être versés à l’Etat gabonais ?

Ces revenus feront partie de sa part d’héritage et seront également versés à la fondation à créer, pour la jeunesse et l’éducation.

Il y a encore deux comptes offshore, ouverts à Monaco et qui sont visés par les deux juges français de l’enquête sur les biens mal acquis. Est-ce que les parts d’Ali Bongo dans ces comptes vont être également versées à la fondation ?

(Agacé) Bon d’abord, j’ignore ce que ça veut dire les comptes offshore des biens mal acquis. Je suis en train de vous dire que la décision d’Ali Bongo concerne toute la part de son héritage lorsqu’elle sera consolidée. Et donc si, aujourd’hui, il existe des biens qui sont cachés, lorsque ces biens seront connus la même règle sera appliquée.

Dans les biens visés par la justice française, il y a notamment ces deux fameux hôtels particuliers de la famille Bongo à Paris. Cette décision d’Ali Bongo, n’est-ce pas aussi une réponse à l’enquête ouverte par la justice française sur les biens mal acquis au Gabon, au Congo-Brazzaville et en Guinée équatoriale ?

C’est surtout une façon de faire en sorte que le peuple gabonais, souverain, bénéficie de ces biens parce qu’il va y avoir sur l’un de ces hôtels particuliers des activités culturelles pour l’image du Gabon et des activités diplomatiques pour le rayonnement du Gabon. Et donc tout ceci, c’est une façon de faire en sorte que le Gabon se réapproprie les biens. Mais tout de même, est-ce que par ce geste Ali Bongo ne souhaite pas sortir de la procédure enclenchée par la justice française ?

Mais Ali Bongo n’est pas à titre personnel visé par cette procédure. Et ça fait huit ans que cette procédure est engagée, ça fait huit ans qu’il n’y a rien contre Ali Bongo à titre personnel. Et donc, comme il l’a toujours dit, il n’est pas personnellement concerné.

La succession d’Omar Bongo est très opaque. La preuve, l’an dernier Ali Bongo a porté plainte et a fait évincer sa sœur, Pascaline, de ses fonctions de mandataire de la succession afin d’y voir plus clair. Comment le peuple gabonais va-t-il pouvoir mesurer les sommes concernées si même les cinquante-trois héritiers d’Omar Bongo ne s’y retrouvent pas entre eux ?

Ce qu’il s’est produit, c’est qu’il a fallu pour le président Ali Bongo et d’autres membres de la famille, y voir un peu plus clair. Aujourd’hui, tous semblent s’accorder sur [le fait que] maintenant le décompte est fait. Après qu’il y ait des disputes, dans toutes les familles où il y a des problèmes d’héritage, ça peut arriver.

Mais s’il y a dispute, comment y voir clair aujourd’hui ?

Tout ceci est réglé par les règles de droit habituelles. Les notaires vont agir et les enfants vont finir par tomber d’accord.

Est-ce qu’Ali Bongo va désigner un tiers, c’est-à-dire une personne neutre, qui pourra déterminer de façon objective sa part d’héritage ?

Le notaire agit en fonction des règles de droit, il est assermenté. Ensuite, si pour régler les questions que vous évoquez, il [est] nécessaire que des personnalités neutres regardent, ce sera fait. Mais pour l’heure, c’est le notaire qui travaille.

Oui, mais le notaire travaille en toute discrétion. Est-ce qu’Ali Bongo ne pourrait pas désigner une personne qui pourrait rendre publique sa part d’héritage ?

C’est pour cela que je vous dis, une fois que la part d’héritage aura été réglée dans le cadre de la succession par le notaire, il prendra ensuite la responsabilité en ce qui concerne sa part à lui, de rendre public ce qui sera rendu public.

Oui, mais si Ali Bongo ne fait pas rendre publique cette somme par une personne neutre et indépendante, est-ce que l’opposition n’aura pas beau jeu de dire qu’il ne fait qu’un coup politique et qu’il garde pour lui le gros du magot ?

Mais cette personne ne devra rendre public que ce qui sera issu de l’acte notarié. Et donc ce sera forcément confirmé, il n’y a aucun problème à cela. Et de chercher à soupçonner, derrière, des volontés de cacher je ne sais trop quoi, c’est seulement chercher la petite bête pour la polémique inutile.

Voulez-vous dire que l’acte notarié sera rendu public ?

L’acte notarié concernera également les autres héritiers. Donc il n’aura pas le droit de publier ce qui appartient aux autres, il publiera ce qui lui appartient à lui.

Alain-Claude Bilie By Nzé, vous comprenez bien que si les informations ne viennent que d’Ali Bongo lui-même, il y aura nécessairement une suspicion politique. Pourquoi pas une tierce personne, pourquoi pas une personne indépendante ?

Mais pourquoi voulez-vous que là-dedans, on aille chercher une personnalité indépendante qui viendrait chercher on ne sait trop quoi ? Ali Bongo sera tout à fait transparent et si ça passe par ce que vous suggérez, il évaluera la possibilité de le faire. Et si ça passe par la désignation d’une personnalité indépendante, c’est au président Ali Bongo de l’apprécier.

Alain-Claude Bilie By Nzé, au regard de l’Histoire, est-ce que l’Etat gabonais, le peuple gabonais n’ont pas été pillés pendant les quarante-deux années du régime d’Omar Bongo et est-ce que la décision de son fils aujourd’hui n’est pas une juste rétrocession ?

Si on doit parler de l’Etat gabonais qui aurait été pillé, Omar Bongo n’aura pas été le seul. Il faut donc aller au-delà d’Omar Bongo, au-delà des dirigeants gabonais et aller bien entendu au-delà des entreprises qui ont travaillé au Gabon et qui ont contribué à cela. Si c’est ce procès qu’il faut engager, il y a du temps et tout le monde passera à la barre et pas seulement au Gabon.

Voulez-vous parler des entreprises françaises qui possèdent 30% des parts de marché du Gabon ?

Je parle d’abord des dirigeants gabonais. Omar Bongo n’a pas dirigé tout seul un pays. Il y a eu autour de lui une équipe dirigeante qui aujourd’hui, si on fait le procès d’Omar Bongo, devrait également être concernée par ce procès. Et je parle également des différentes entreprises, effectivement, qui ont travaillé au Gabon et qui ont une responsabilité dans ce qui aura été fait. Et donc il faut qu’on soit cohérent, voilà.

Par Christophe Boisbouvier

RFI



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