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10
févr
2015

Génétique : ’bébé à trois’ - Faut-il craindre la naissance d’enfants Frankenstein ?

Le Royaume-Uni ouvre la voie à la conception de bébés à trois ADN, afin de lutter contre des maladies génétiques. Doit-on craindre la naissance d’enfants Frankenstein ? Explications.

Trois géniteurs et un couffin…

Cela pourrait être prochainement possible en Angleterre, à la suite du feu vert donné par les parlementaires anglais, mardi 3 janvier 2015. Le royaume de Sa Majesté deviendrait ainsi le premier pays à autoriser cette manipulation génétique.

Le principe ? On donne un ovocyte vidé de son noyau à un couple susceptible de transmettre une maladie grave à sa descendance. Cet ovocyte provient d’une tierce personne, la donneuse.

Transfert nucléaire

Par ailleurs, la femme du couple fournit, elle aussi, un ovocyte, et son conjoint, des spermatozoïdes. Cet ovocyte est fécondé en laboratoire avec un spermatozoïde (fécondation in vitro). On n’en garde que le noyau, mélange des patrimoines génétiques des deux futurs parents. Enfin, ce noyau est injecté dans le premier ovocyte vidé. On appelle ça le transfert nucléaire.

Parler de "bébé à trois", c’est jouer avec les mots, estime Ariane Giacobino, médecin au service de médecine génétique aux hôpitaux universitaires de Genève. En réalité, cet ovocyte vidé ne contient que de l’ADN mitochondrial. Ce sont de petits éléments qui donnent de l’énergie aux cellules et lui permettent de fonctionner normalement. En aucun cas cet ADN n’est un patrimoine génétique qui conditionnerait les caractéristiques physiques, intellectuelles ou de comportement du bébé à venir."

L’ADN mitochondrial (ADNmt), ce sont 37 gènes qui s’ajoutent aux 22.000 à 22.500 gènes de notre génome, contenus, eux, dans le noyau de la cellule. Ces 37 gènes ne représentent donc que 0,15 % du patrimoine génétique d’un individu.

"Certaines maladies sont générées par des mutations de cet ADNmt : des encéphalopathies, des maladies neuromusculaires, des problèmes de nerf optique, etc. Cet ADN n’est transmis que par la mère. Là, on remplace cet ADNmt défectueux par un autre qui est sain", poursuit la spécialiste."

Selon l’Autorité britannique sur la fécondation humaine et l’embryologie (HFEA), ces mutations de l’ADNmt concernent une naissance sur 5.000. Techniquement, on utilise bien deux cellules pour en faire une seule. "C’est de la micro-manipulation, comme peut l’être le diagnostic pré-implantatoire [ou DPI, qui permet de détecter la présence d’éventuelles anomalies dans les embryons conçus après une fécondation in vitro ; il est autorisé en France depuis 1994, NDLR], tempère Ariane Giacobino. Personnellement, je trouve cela formidable pour éviter certaines maladies."

Des enfants Frankenstein ?

Les détracteurs de ces techniques dénoncent la naissance d’enfants Frankenstein à plusieurs ADN. S’il s’agissait de faire entrer des fragments de chromosomes d’un tiers dans le génome d’un embryon, là je m’inquièterais. Mais on en est vraiment loin. L’éventuel risque, c’est que l’embryon issu de cette manipulation se développe mal", conclut la spécialiste.

Dans quelques décennies, les généticiens-généalogistes qui étudieraient les descendants de ces enfants pourraient pourtant être bien surpris… L’ADN mitochondrial permet en effet de remonter les lignées maternelles, car il se transmet de mère en mère, de génération en génération. L’ADNmt de la donneuse sera transmis aux descendants du couple. Il y aura donc un tronçonnage factice dans l’arbre. Ce sera bien la première fois qu’un enfant pourra croire ne pas être de son arrière arrière… grand-mère.

(*) Un ovocyte est une cellule sexuelle femelle, qui renferme entre autres éléments un noyau. Lequel contient son patrimoine génétique, l’ADN.

Cécile Deffontaines

Source : Le Nouvel Obs



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