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21
avri
2015

Génocide au Rwanda : la fausse ouverture des archives de l’Elysée

La présidence française rend publiques ses archives... mais pas celles de ses militaires.

Va-t-on enfin savoir la vérité sur le rôle de la France dans le génocide rwandais ? 21 ans après les faits, l’Elysée a déclassifié mardi les archives de la présidence française sur le Rwanda pour la période de 1990-1995. Un geste important mais qui reste symbolique.

A la suite de fuites organisées en marge de procédures judiciaires, une bonne partie du fonds Mitterrand relatif à cet événement a été divulguée, il y a une dizaine d’années. Notes adressées au chef de l’Etat, comptes rendus de conseil des ministres ou de conseils restreints circulent déjà sur Internet et ont même été rassemblés dans un livre publié en 2012 sous le titre "Rwanda, Les archives secrètes de Mitterrand".

L’ouverture des archives élyséennes permettra de vérifier l’authenticité de ces documents, mais ne devrait pas apprendre grand-chose aux spécialistes. Il en est de même du rapport de la mission d’information parlementaire sur le Rwanda présidée par Paul Quilès et publié en 1998.

Les mystères qui demeurent. En revanche, de nombreux mystères demeurent.

• Qui se trouve derrière l’attentat qui a coûté la vie au président Hutu Juvénal Habyarimana et servi de déclencheur au génocide ?

• Quels rôles ont joué des barbouzes français, notamment l’ancien super gendarme Paul Barril ?

• La France a-t-elle livré des armes au pouvoir hutu après l’embargo onusien ?

• A-t-elle, ensuite, permis aux auteurs du génocide de s’échapper après la conquête de Kigali par les rebelles tutsis du Front patriotique rwandais ?

Des juges français tentent de répondre à ces questions. Mais à chaque fois qu’ils ont demandé la déclassification de documents militaires, ils se sont heurtés à une fin de non-recevoir.

Les notes de la DGSE, dont les analyses étaient très différentes de celles de l’Elysée ou de la coopération militaire, pourraient ainsi être précieuses. Les témoins de l’époque sont encore trop souvent soumis à l’omerta dès qu’ils s’écartent de la version officielle.

Sollicité pour un dossier de "l’Obs", à l’occasion des 20 ans du génocide, un général français à la retraite, qui aurait pu faire entendre une voix dissonante, avait dans un courriel décliné notre demande d’interview en invoquant son devoir de réserve :

Pour répondre positivement à votre demande, il me faudrait demander l’autorisation du ministère de la Défense. Sa réponse sera, j’en suis convaincu, négative".

L’Elysée promet que l’Assemblée nationale, le Quai d’Orsay et la Défense ouvriront eux aussi leurs tiroirs, mais "à leur rythme".

Espérons qu’il ne faudra pas patienter encore 20 ans.

Christophe Boltanski

Le Nouvel Obs



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