Ceux qu’on n’attendait pas si tôt et avec autant d’engagement et de pertes en vies humaines font aujourd’hui parler de leur bravoure et de leur efficacité face aux djihadistes surarmés. Les Tchadiens, au front depuis un certain temps, ont aujourd’hui damé le pion à leurs compagnons d’armes des pays membres de la CEDEAO dont l’opinion ouest-africaine a du mal à localiser les troupes sur la ligne de front.
Au tout début, le président Idriss Déby du Tchad hésitait à s’engager dans ce type de conflit qu’il connaît bien, contrairement à beaucoup de ses homologues africains. Au Darfour ou dans le désert tchadien jouxtant la Libye, dans les bourbiers centrafricains et autres, l’homme a appris avec ses guerriers intrépides à faire face à ces adversaires sans visage, qui sèment à volonté la confusion. Miséreux et pieux le jour, ils se métamorphosent rapidement en serpents vénimeux la nuit venue, pour décimer les troupes qui croient pouvoir prendre du répit le temps d’une accalmie. On le voit d’ailleurs dans les villes libérées au Nord-Mali.
Mais, le plus triste dans cette aventure-là, c’est qu’on commence à avoir le sentiment que les jeunes soldats tchadiens se meurent au front, pendant qu’à la CEDEAO, on passe le temps à réclamer à cor et à cri encore plus d’argent. Coup de gueule donc contre la communauté sous- régionale ouest-africaine, et coup de cœur pour les forces armées tchadiennes. Pour le sens de l’honneur et du patriotisme africain de ces derniers, leur grande combattivité et leur esprit de sacrifice. On sent que sous la pression de son savoir-faire, l’ennemi recule de jour en jour, en laissant sur le terrain un nombre considérable de cadavres, des armes, des munitions, du matériel et des renseignements de première main.
Que sont donc nos armées ouest-africaines devenues ? Quelles performances de nos états-majors, après ces rencontres qui n’en finissent jamais ? Avec tous ces morts et blessés côté tchadien, la décence voudrait qu’on célèbre ces victimes dans tous les Etats membres de la CEDEAO. Il serait de bon ton de faire observer par tous, des journées de deuil à la mémoire de ces héros du Sahel. Qu’on cite nominalement dans chaque pays membre, ces soldats à grand renfort de publicité, pour que les générations montantes s’inspirent de leur sens de la lutte pour la patrie africaine, constamment en danger. A l’heure actuelle, tous les Africains de la sous-région doivent se sentir Tchadiens, autant qu’ils ont été et demeurent Maliens face aux « fous d’Allah » instrumentalisés par des illuminés. Ces aventuriers aujourd’hui en débandade n’ont jamais eu qu’une lecture biaisée du Saint Coran. C’est pourquoi, il faut bien se garder de les considérer comme de vrais musulmans, mais davantage comme des renégats et des apatrides, des individus sans foi ni loi, qui ne répugnent pas à s’attaquer aux personnes sans défense : veuves et orphelins, personnes âgées et jeunes fragiles d’esprit. L’on peut ne pas approuver la politique du président Idriss Déby Itno sur bien des aspects. Du reste, nous sommes de ceux qui sont très critiques sur sa gestion du pouvoir d’Etat. Et jamais, nous ne nous priverons de critiquer haut et fort sa gestion des affaires domestiques. Car quoi qu’on dise, tout n’est pas parfait dans la gouvernance du Tchad. Mais laissons au peuple tchadien et à ses opposants le soin d’être bon juge, quant à l’évolution de la situation intérieure.
Mais, fidèle à notre ligne éditoriale qui se veut indépendante, il nous paraît aujourd’hui fort à propos de relever sa grande perspicacité, et surtout sa promptitude à venir aider le Mali face à l’envahisseur commun. L’homme a sans conteste fait de nouveau la preuve qu’il a la trempe d’un dirigeant, un homme de terrain et surtout un conducteur d’hommes avisé et prêt au sacrifice ultime pour des causes justes, même en dehors du territoire national. Peu de dirigeants osent agir ainsi. Il est vraiment difficile de nier la part importante et décisive qu’il a fait prendre aux combattants de son armée, dans la libération du Nord-Mali. Sur ce plan, il faut saluer son engagement face à l’envahisseur djihadiste. L’homme avait finalement raison d’hésiter à s’engager en début de conflit, lui qui est un habitué des tergiversations de ses pairs, quand vient l’heure de prendre des décisions graves.
Il faut peut-être reconnaître le travail fait par le président Hollande de France et les troupes françaises. Mais, aujourd’hui, il y a urgence à aller appuyer les forces tchadiennes qui semblent livrer un combat par procuration, à des milliers de kilomètres de leur base. Ces hommes font tout simplement honneur au continent. Il faut le souligner et magnifier l’acte quotidiennement posé. Il faut songer à dédommager les familles tchadiennes endeuillées ou affectées de quelque manière que ce soit. Il est temps pour la CEDEAO de poser des actes forts dans ce sens. Le sacrifice des frères du Tchad en vaut la peine. La CEDEAO doit aller au-delà des réunions, des dépenses somptueuses et des envois morcelés de troupes dépeintes très souvent comme n’étant pas opérationnelles.
Mais, il ne faut pas passer sous silence le harcèlement des forces « djihadistes » par les troupes Tchadiennes et l’engagement continu du président Idriss Déby Itno. Pour notre part, force est de lui reconnaître sa grande contribution et l’ardeur de son armée dans le processus devant définitivement libérer le Nord-Mali et sécuriser la bande sahélo-saharienne constamment menacée. De ce point de vue, pour l’Afrique, particulièrement les peuples de la contrée ouest-africaine, l’homme mérite respect et son armée une grande considération.
Source : « Le Pays »









