L'article

31
mars
2016

"Il ne suffit pas d’entraîner un enfant pour en faire un surdoué"

En Septembre dernier, un jeune Suisse de 12 ans a fait son entrée en deuxième année de licence de maths à Perpignan. Son père affirme que son environnement a permis à son don de se développer. Peut-on pour autant "stimuler" un enfant pour en faire un surdoué ?

Maximilian ne se sent "pas très spécial". Pourtant, ce jeune Suisse n’est pas un adolescent tout à fait comme les autres. A 12 ans, il fait sa rentrée sur les bancs de l’université de Perpignan en deuxième année de licence de mathématiques. Si le garçon va assister aux cours en auditeur libre et seulement pour un semestre, ses capacités n’en sont pas moins hors-normes. Et, comme souvent dans le cas d’enfants surdoués, elles intriguent et interrogent. Interview d’Aurélia, maman d’un enfant surdoué, elle-même surdouée, et auteure du blog Les tribulations d’un petit zèbre -zèbre étant le surnom donné aux surdoués.

Q : Le père de Maximilian affirme "qu’il existe probablement des milliers d’enfants qui possèdent un pareil don. Le ’phénomène’, c’est que Maximilian grandit dans un environnement dans lequel ce don peut être pris en compte de manière optimale". Partagez-vous son point de vue ?

R : Non seulement c’est vrai, mais ce papa a l’honnêteté de dire les choses. Lui-même est professeur de mathématiques à la retraite. Maximilian a donc grandi dans un milieu qui pouvait répondre à ses questions et son attirance naturelle pour une discipline. On retrouve la même proportion d’enfants surdoués quel que soit le milieu social. Mais on les identifie plus facilement dans les milieux plus favorisés. De la même manière, dans une famille qui favorise les notes et l’apprentissage, il pourra davantage s’épanouir.

Q : Est-ce qu’on peut pour autant "stimuler" un enfant pour en faire un surdoué ?

R : Surtout pas ! On ne fabrique pas des enfants surdoués. Il ne suffit pas d’entraîner un enfant pour en faire un surdoué, c’est totalement faux. On naît et on est surdoué. C’est comme pour Usain Bolt : on peut penser qu’au départ il avait un potentiel particulier en athlétisme et que ce n’est pas juste parce qu’il s’est beaucoup entraîné qu’il a atteint ce niveau ! Pour en revenir à Maximilian, il aime les maths, c’est un fait. Mais ce n’est pas parce que son papa a insisté là-dessus que son fils a développé une telle capacité. S’il n’existe pas de gène de l’intelligence, il y a bien une part de prédisposition génétique. Rien n’est automatique, la génétique est largement plus complexe que cela, mais il n’est pas rare, quand un enfant est surdoué, de voir d’autres surdoués dans la famille.

Q : Certains parents tombent-ils quand même dans ce travers ?

R : Dans la presse et la littérature anglo-saxonne, on trouve de nombreux ouvrages axés sur l’amélioration des capacités de votre enfant ou comment booster son cerveau. Mais en France, nous ne sommes pas dans cette logique et beaucoup plus mesurés. C’est rare, même si, bien sûr, il existe sans doute des parents qui ont un regard biaisé. Il y a quelques années, une maman m’avait écrit pour me parler de sa fille de six ans à qui elle avait déjà fait passer plusieurs tests. La petite avait un QI total de 110, ce qui est dans la moyenne supérieure, mais sa mère n’était pas satisfaite. Elle voulait un résultat qui montre quelque chose de supérieur, qui corresponde à ce qu’elle attendait, elle. Je l’ai amenée à s’interroger sur ce qui la poussait dans cette direction et à se demander ce que sa fille allait en penser. Mais la grande majorité des parents qui vont chez un psy ne cherchent pas spécialement à avoir un enfant surdoué. Ils sont d’ailleurs souvent décontenancés par le résultat qu’on leur annonce.

Q : Pour la mère de Maximilian, certains les voient, elle et son mari, comme "des cinglés qui se réalisent sur le dos de [leur] enfant". Ce type d’idées reçues est-il répandu ?

R : Je partage son point de vue. De nombreuses idées reçues très tenaces entourent la précocité intellectuelle. A commencer par l’idée qu’en général, les parents de surdoués poussent leurs enfants. Ce que je peux vous dire d’après mon expérience, c’est qu’au contraire, beaucoup courent après leurs enfants, ils ne savent pas quoi faire. Mon fils a trois ans d’avance. Quand il avait cinq ans, son rêve absolu était de multiplier les activités. Il fallait le freiner car il avait une frénésie, une ébullition permanente. Il voulait tout voir, tout tester. Et ce n’est pas moi qui le poussais. Mais de l’extérieur, certains pensent que nous sommes fous ! D’autres imaginent que ce sont les parents qui se persuadent que leur fils ou leur fille est surdoué ou qu’ils sont à l’origine d’un déséquilibre chez leur enfant. Quand on est parent d’enfants intellectuellement doués, on apprend à ne plus faire attention au regard des gens.

Source : L’Obs



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