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15
janv
2016

L’Europe, mauvaise élève dans le recyclage des déchets électroniques ?

Le vieux continent ne transforme qu’un tiers de ses déchets par des circuits officiels malgré d’importants enjeux environnementaux. Le reste passe par des circuits parallèles ou s’évapore dans la nature.

Pour l’Europe, c’est un rapport qui tombe mal à quelques mois de la COP21. La région est en effet une très mauvaise élève en ce qui concerne le recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) pourtant au cœur d’une « criminalité environnementale », selon les conclusions d’une récente étude des Nations Unies et d’Interpol. Malgré l’importante pollution qu’ils génèrent et les objectifs ambitieux fixés par les directives européennes, seuls un tiers des DEEE européens sont proprement collectés et recyclés. Décryptage.

• À quoi correspondent les DEEE ?

Les DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) regroupent tous les équipements électriques et électroniques (EEE) abandonnés par les utilisateurs soit parce qu’ils ne marchent plus, soit parce qu’il n’en ont plus l’utilité ou que l’objet est devenu obsolète. La liste de ces objets est longue : réfrigérateur, cuisinière, machine à laver, ordinateur, téléphone, robot de cuisine, rasoir, grille-pain, console de jeux, lecteur DVD, perceuse…. À noter qu’en anglais, DEEE se dit WEEE (Waste of electrical and electronic equipment) ou plus communément « e-waste ».

• Qui en produit le plus en Europe ?

L’an dernier, l’Europe a généré un total de 11,6 millions de tonnes de DEEE. Les plus importants producteurs de ces déchets sont l’Allemagne (1,8 million), le Royaume-Uni (1,5 million), la France (1,4 million) et la Russie (1,2 million).

Ramenée à chaque habitant, les plus gros producteurs sont les Norvégiens (28,3 kg/hab), les Suisses (26,3 kg/hab) et les Islandais (26 kg/hab).

• L’Europe est-elle la plus grosse génératrice de DEEE au monde ?

Non ! L’Asie est loin devant (16 millions de tonnes), suivie du continent américain (11,7 millions de tonnes) puis de l’Europe (11,6 millions). L’Afrique (1,9 million) et l’Océanie (0,6 million) sont les plus faibles générateurs de DEEE. La Chine et les États-Unis produisent d’ailleurs à eux seuls 32% des DEEE au monde. Toutefois, en kilos par habitant, ce sont bien les Européens qui produisent le plus de e-déchets :

Au total, en 2014, le monde a généré un record de 41,8 millions de tonnes de ces déchets électroniques. Un chiffre qui ne cesse de progresser en raison des habitudes de consommation et des nouvelles technologies dont les évolutions sont toujours plus rapides. La quantité de DEEE devrait augmenter en même temps que la population mondiale pour atteindre 49,8 millions de tonnes en 2018.

• Combien l’Europe recycle-t-elle de DEEE ?

Les dernières données disponibles sur le sujet, qui datente de 2012, montrent que sur les 9,45 millions de tonnes produites en Europe, seules 3,3 millions, soit 35%, ont pu être collectées et recyclées dans des circuits connus. Les 6,15 millions de tonnes restantes finissent dans des circuits de recyclage non conformes, sont exportés, volés ou tout simplement jetés à la poubelle...

« La quantité de e-déchets mal gérés en Europe correspond à un mur haut de 10 mètres qui irait d’Oslo jusqu’à la botte de l’Italie », déplore Pascal Leroy, secrétaire général du WEEE Forum, la fédération européenne des éco-organismes. Les meilleurs élèves sont la Norvège et la Suède dont le taux de recyclage flirte avec les 80%. Au bas de l’échelle figurent la Roumanie, l’Espagne et Chypre, avec moins de 20%. La France se situe au niveau de la moyenne européenne de 35%.

• Quels sont les enjeux ?

Les enjeux sont environnementaux. En plus des émissions de CO² qu’ils émettent, « ces équipements contiennent souvent des substances ou composants dangereux pour l’environnement (piles et accumulateurs, gaz à effet de serre, tubes cathodiques, composants contenant du mercure, condensateurs pouvant contenir des PCB…) », précise le ministère de l’Écologie. Cette pollution affecte notamment les pays pauvres où les déchets, qui font l’objet d’un commerce illégal, sont souvent transformés dans des conditions dangereuses.

L’autre principal enjeu est financier. Interpol considère que ce matériel non correctement recyclé représente une perte financière de 800 millions à 1,7 milliard d’euros pour les entreprises spécialisées dans la valorisation des déchets. Les DEEE sont par ailleurs des mines urbaines dont les ressources échappent aux économies. Elles sont pourtant conséquentes : selon l’UNU, les e-waste générés en 2014 dans le monde étaient composés de 16.500 kilotonnes de fer, 1900 kilotonnes de cuivre, 300 tonnes d’or (équivalentes à 11% de la production totale d’or en 2013), de même que du palladium, de l’argent, de l’aluminium….Des ressources combinées dont la valeur était estimée à 48 milliards d’euros. La mauvaise gestion des DEEE renforcerait également le crime organisé en Europe qui y trouve une source de financement, souligne Interpol.

• Quelles solutions ?

Malgré des objectifs communs en Europe, Interpol constate de trop grandes disparités entre les États dans le recyclage des DEEE et dans les sanctions infligées. L’organisation policière préconise donc un renforcement de la coopération dans le contrôle du traitement des DEE et l’échange d’information, mais aussi une harmonisation des sanctions. « L’étude montre qu’en tant qu’activité profitable, avec un faible risque de détection, le commerce illicite de e-déchets se développe, ce que les gouvernements peuvent empêcher en usant de sanctions pénales et administratives en rapport avec les profits illégaux comme avec les dommages sociaux et environnementaux engendrés par ce trafic », indique David Higgins, chargé de la sécurité environnementale à Interpol.

Interpol souhaite aussi la mise en place de mesures concrètes comme la sensibilisation des usagers en amont de la chaîne de recyclage ou encore l’interdiction, à l’échelle européenne, du cash dans le commerce des métaux, comme cela se fait déjà en France.

Pour les Européens, il y a urgence, rappellent les Nations Unies et Interpol. Ces derniers sont majoritairement loin des objectifs qu’ils ont eux-mêmes fixés avec la directive 2012/19/UE du 4 juillet 2012. Cette dernière stipule qu’« à partir de 2019, le taux de collecte minimal à atteindre annuellement est de 85% des DEEE produits, en poids, sur le territoire dudit État membre ».

Source : Le Figaro



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