L'article

15
juin
2012

« L’affaire Marafa » une affaire bidon, selon Marie-Louise Eteki Otabella

La fabrication des affaires « bidon » est une des modalités de destruction des Camerounais. Il faut le savoir : pas plus en 1961, l’affaire Mayi Matip, qu’en 1971, le fameux complot « bamiléké », ni en 1976 « l’affaire des tracs » qui servit à éliminer des étudiants et universitaires sawa ni même le coup d’Etat « haoussa »de 1984 pour remettre Ahidjo au Pouvoir après qu’il ait décidé de démissionner et encore moins une « affaire anglophone » en 1992 ne sont en rien de véritables affaires judiciaires mais simplement une lutte politique normale pour le pouvoir.

Mais comme la finalité de l’Etat au Cameroun n’est pas de gérer le conflit politique , la machine pénitentiaire fabrique des « affaires » qui lui servent de prétexte pour produire une humanité en lambeaux.* Genèse d’un faux procès annoncé.

La destruction des Camerounais

On ne va pas revenir ici sur le propos raciste qui consiste à dire que la meilleure façon de cacher quelque chose aux nègres c’est de l’écrire... dans un livre. Car cela fait plus de 10 ans que nous avons analysé et exposé la raison d’être de ce genre d’affaire. Pour liquider le multipartisme avant l’instauration du parti unique en 1962, on monta en épingle l’arrestation des Mayi Matip, Bebey-Eyidi, Mbida et Okala Charles. Pour liquider le dernier front de la lutte armée, l’affaire Ndogmo permis d’assassiner Ernest Ouandié sur la place publique à Bafoussam. Pour instaurer l’unanimisme à Ngoa-Ekélé, on liquida la pensée critique vis-à-vis du régime en inondant Yaoundé des tracts fabriqués par Papa Foch... Pour mettre en scelle les « hommes du Renouveau », les Marafa et compagnie...le Sieur Robert mena lui-même et de...Bastos, un coup d’Etat de mains de maître ! Sans oublier que John Fru Ndi fût fabriqué de toutes pièces pour barrer la route à l’exigence démocratique de Yondo Black : il voulait créer un autre parti politique ? Eh bien l’Histoire retiendra que l’on lui en légalisa plus de 250 !

Est-ce à dire qu’à chacune de ces « affaires » il n’y eut pas d’énormes souffrances, et même des morts à l’appui ? Bien sûre que non. Qu’il s’agisse aujourd’hui des stratégies d’évitement ou d’entrisme, de ceux et celles qui -la peur au ventre- ne font pas de politique mais la découvre au soir de leur vie, quand on assassine un patriote sur la place publique, cela laisse des traces et ne fait pas forcément de ses descendants des révolutionnaires-nés. Certains nous expliquent même sur les plateaux de télévision qu’il n’y aura pas de révolution au Cameroun...La Cuvée Marafa de Ngoa c’est d’abord des gens sans foi ni loi ** capables de servir la vérité (celle qui vient d’en haut, évidemment !) et son contraire –juste une affaire de « do » (dollars)...et leur unité de mesure aujourd’hui, c’est le milliard ! Pas étonnant que lorsqu’ils se mettent à table...pour évaluer par exemple la fortune de leur maître, cela donne le vertige. Même nos féman sont dépassés avec leurs immeubles qui poussent comme des champignons et leurs villas dignes des séries américaines : FalconCrest, sous le signe de... l’Epervier, en français facile !

La cuvée Marafa c’est ensuite les hommes du Renouveau, ceux qui se sont installés sur les chaises musicales libérées en face du Régime pour cause de « démocratisation » progressive bien entendu, dans les années 90 : ceux qui voulaient donner le pouvoir au peuple mais sont allés lever le poing avec Bouba Bello à l’extrême... droite ! Pour eux, Biya c’est un dictateur un peu mou : lui préférant le fascisme en chéchia...Alors ils sont entrés dans la danse - qui à l’Assemblée nationale, pour arracher un Code électoral digne de ce nom : pas une virgule en 22 ans- qui au gouvernement dans un Etat qui a tous les droits (y compris celui de vous enfermer quand et là où il veut ou de détruire vos activités) et qu’ils confondent avec un Etat de droit ! Ils se sont accaparés des pans entiers de notre économie, des entreprises (on disait) parapubliques- juste pour que le Cameroun ait la palme d’or de la corruption trois années de suite : Il a fallu qu’Akere Muna devienne Vice-président de Transparacy International pour arrêter non pas l’hémorragie mais la honte : à quel prix ? L’Histoire le dira peut-être un jour...

L’impuissance politique dans l’Etat au Cameroun

La cuvée Marafa c’est enfin une humanité en lambeaux. Ceux qui vous disent que le Cameroun c’est un havre de paix : tout va bien madame la Marquise ! Ceux pour qui la corruption c’est une question de morale personnelle, non pas un mode gestion économique et qui vont essayer de sauver la tête de Marafa, parce que leur « ami » ! Ceux qui confondent débat politique et bavardage pour distraire la galerie. Ceux enfin qui confondent procès d’un homme d’Etat en disgrâce (même un criminel a droit à un avocat !) avec le procès d’un régime politique qui nous pourrit la vie depuis plus de 50 ans. Marafa jugé pour « haute trahison ». On voudrait voir ça ! Ce ne sera pas en tout cas pour avoir trahi le peuple camerounais : des gouvernements entiers se sont illustrés dans ce sport national depuis 1960 dans l’impunité totale. Il est bien vrai que c’est la première fois qu’il y en a un entier sous les verrous !

Des personnalités présumées innocentes seraient donc enfermées dans des cellules haute sécurité comme de dangereux... subversifs que nous fûmes ! Le monde entier aurait donc les yeux fixés sur le Cameroun. Mais en d’autres temps qui se soucia du charismatique UM Nyobè, traqué comme une bête sauvage en forêt bassa ! Qui se soucia de l’intrépide Roland Moumié empoisonné en plein jour en Suisse et dont la veuve vient d’être lamentablement massacrée sous nos yeux ! Qui se soucia du dédaigneux Ernest Ouandié ou de l’orgueilleux Albert Ndogmo enchaîné de longs jours entiers à un poteau en ciment, les mains derrière le dos, dans une posture fort douloureuse, certes mais surtout grotesque et humiliante : le discours du Pouvoir préféra le faire parler du complot des anges pour ne pas dire du sexe des anges ! Qui se souvient aujourd’hui d’Osende Afana le marxiste visionnaire... L’indomptable Mongo Beti a préféré mourir plutôt que de mendier l’aide de votre Etat cannibale ! Marafa charismatique et visionnaire : laissez nous rire !

Il n’y a donc aucun complot machiavélique macabre pour écarter de l’échiquier politique -par tous les moyens- un homme d’Etat mais plutôt une sordide histoire de l’arroseur arrosé... « La seule affaire qu’il n’y ait jamais eu au Cameroun, c’est l’UPC, un mouvement révolutionnaire de masse pour changer radicalement le régime politique dans ce pays. Et le père de ce mouvement a été assassiné - comme ils viennent d’assassiner Kadhafi...Les autres leaders de cette époque ont été exterminés par les mêmes assassins et leurs serviteurs camerounais. Et depuis 1962, toutes ces « affaires » (avec les pro- et les anti-Marafa) sont montées dans le seul but de prévenir toute expérience de ce genre au Cameroun. »***Même la terreur s’est transformée chez nous en désolation : ce n’est plus un phénomène que les gens redoutent mais un mode de vie qui tient pour acquise l’impuissance absolue de chaque Camerounais et lui assure victoire ou mort, carrière ou fin en camp de concentration – le SED aujourd’hui pour Marafa et ses compères- demain à d’autres : sur un simple geste de la tête... sans que leurs actions ou mérites y aient la moindre part.

Exigeons la démission de Biya pour sortir de ce régime

Alors la seule question digne d’être posée aujourd’hui est celle de savoir si cette vaste comédie ne se donne pas pour objectif de sauvegarder le régime une fois de trop et si en Afrique on est condamné à ce genre de régime politique ? Les Camerounais savent toutes ces choses aujourd’hui parce que nous avons contribué à construire un autre rapport au savoir. Nous avons fait tant de choses en 50 ans de vécu sous cet Etat de non- droit, un Etat totalitaire. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est un « pouvoir » source d’une expérience autre qui menacerait à nouveau ce régime politique et qui par conséquent tiendrait un peu compte aussi de nos intérêts à nous, des intérêts de la majorité des Camerounais. Or les membres de la bourgeoisie camerounaise, quelque soit le motif de la conduite de chacun : le cynisme, l’esprit de routine (des types se lèvent à 1h du matin pour aller torturer d’autres, où même s’asseyent dès 5h du matin devant le portail d’autres pour les espionner !), le dévouement à la cause du Parti, la passion du pouvoir ou du lucre ou même l’indéfectible attachement à un président de la République, ces Camerounais –là sont investis de la toute puissance du décret présidentiel depuis des années. Et Marafa fût l’un des leurs...

Le totalitarisme au Cameroun, ce régime que Marafa a servi pendant 17 ans, bien sûre c’est d’abord l’affaire de ses victimes et des gens comme lui qui l’administrent depuis 50 ans, en fait des gens de notre pays. Mais comme l’enjeu fondamental ici n’est plus seulement d’écarter Marafa –comme d’autres- de la Présidence de la République mais bien la transformation des Camerounais en sorte de Zombies, c’est-à-dire une espèce humaine capable de supporter un tel cauchemar éternellement. Alors l’existence d’une telle horreur et quand bien même il n’existerait qu’une seule personne, Marafa Hamidou Yaya, victime de cette expérience de domination, tous les autres, non pas seulement un avocat commis par le SDF, mais tous les Camerounais et toute autre personne vivante devraient se mobiliser pour en venir à bout, au nom de leur propre humanité. Voilà pourquoi nous exigeons la démission de Paul Biya et tout le monde devrait l’exiger avec nous pour que nous puissions tenir ensemble enfin, cette Assemblée qui nous est refusée depuis 1952.

Marie Louise Eteki-Otabela,

PH.D en Sc. Po, Présidente de la Coordination des Forces Alternatives

mle_otabela@hotmail.com

infoline : www.forces-alternatives.com


Notes :

*) Eteki-Otabela Marie louise : Le totalitarisme des Etats africains : le cas du Cameroun, 2001, p. 398

**) Mekongo Omgba : parle de l’empire du mal africain dans Afrique sans foi ni loi : 1990 p. 277

***) idem Eteki-Otabela : pages 399 et 474.

Source :www.forces-alternatives.com



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