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20
janv
2015

L’iPhone rend-il bête ?

Être séparé de son iPhone aurait des impacts tant psychologiques que physiologiques, selon les résultats d’une étude. Depuis 2011, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère les ondes émises par les téléphones comme potentiellement cancérigènes. Mais si être proche de son mobile peut s’avérer nocif pour la santé, en être éloigné, également. Ne pas avoir son iPhone à portée de main engendrerait de vrais symptômes d’anxiété pouvant amener à une perte de concentration, selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Université du Missouri et publiée sur Science Daily début janvier.

Une équipe de scientifiques a mesuré la pression sanguine et la tension artérielle de 208 étudiants en journalisme invités à dresser une liste de tous les états des Etats-Unis. Pour ne pas fausser les résultats, ils ont expliqué aux participants que l’expérience visait à tester un nouveau tensiomètre sans fil. A mi-parcours, ils leur ont annoncé qu’il était préférable de laisser les iPhones à l’entrée de la pièce, « pour ne pas créer d’interférence avec le matériel médical », et ont demandé aux étudiants de recommencer le test à zéro. Alors même que les volontaires tentaient de réaliser une seconde fois l’exercice sans leur iPhone, les scientifiques les ont appelés, faisant se déclencher la sonnerie de leur mobile, un après l’autre.

Lors de la seconde expérience, les participants ont tous déclaré avoir ressenti de la « panique » ainsi qu’une importante augmentation de leur niveau de stress, lié au fait de ne pas pouvoir répondre à leur mobile lorsqu’il sonnait. Les tensiomètres ont quant à eux affiché une accélération de la pression sanguine et cardiaque chez la majorité des volontaires. Conséquence : ils ont été déconcentrés et ont, par la suite, éprouvé de sérieuses difficultés à dresser la seconde liste.

« Une extension de l’être »« Les utilisateurs d’iPhone devrait éviter de garder leur mobile avec eux en permanence. Certaines situations quotidiennes requièrent une grande dose d’attention et de concentration et le caractère anxiogène d’une séparation “forcée” entre un utilisateur et son iPhone impacte négativement la performance lors de tâches intellectuelles, c’est très inquiétant », déclare Russel Clayton, doctorant à l’école de journalisme du Missouri et directeur de l’étude. « Pour certains, l’iPhone est devenu une extension de l’être, à tel point que lorsqu’ils en sont séparés, certains utilisateurs se sentent comme “diminués” ; s’en suit un état physiologique négatif », ajoute-t-il, en précisant que l’expérience a porté sur des possesseurs d’iPhone uniquement, mais que les constatations pourraient vraisemblablement s’étendre aux détenteurs de n’importe quel smartphone, d’une manière plus générale.

Ce syndrome qui touche un grand nombre de personnes tout en restant peu connu, porte un nom : « la nomophobie », ou « angoisse d’être éloigné de son smartphone ». Apparue en 2008 au Royaume-Uni quand un premier institut de sondage s’est penché sur la question, cette « pathologie » touchait 63% des Américains en 2013. Ils auraient avoué « ne pas pouvoir passer plus d’une heure sans leur smartphone ». En France, un sondage Ifop réalisé en 2013 affirmait que 58% des Français se déclarent « dépendants » à leur smartphone. Et si on déconnectait ?

Téléphone portable et cancer du cerveau : le risque confirmé

Des chercheurs de l’université de Bordeaux ont montré un risque de tumeur cérébrale accru pour les gros utilisateurs. Un argument de plus en faveur d’une utilisation prudente. Le risque de gliome, un type de cancer du cerveau particulièrement agressif, serait doublé chez les utilisateurs intensifs de téléphone portable. Voilà une information qui risque fort de raviver l’interminable débat sur l’impact du téléphone portable sur la santé. L’étude publiée par le Dr Gaëlle Coureau et ses collègues de l’université de Bordeaux dans une revue de référence, Occupational & Environmental Medicine, montre en effet que l’utilisation intensive d’un téléphone portable est plus souvent retrouvée parmi des malades ayant eu un cancer du cerveau, type gliome, ou, de façon statistiquement moins nette, un méningiome.

On distingue les deux types de tumeur car le gliome est habituellement plus redoutable. Il se développe dans le cerveau, souvent assez rapidement. À l’inverse, le méningiome est généralement moins agressif et il est, en principe, plus facile à opérer car il naît des enveloppes du cerveau. Mais bien sûr, toutes les formes intermédiaires sont possibles.

L’étude, baptisée « Cerenat », regroupe toutes les tumeurs cérébrales, bénignes ou malignes, survenues entre juin 2004 et mai 2006 chez les personnes de plus de 15 ans. Les chercheurs bordelais ont analysé le profil des malades utilisateurs de téléphone portable dans quatre départements français : la Gironde, le Calvados, la Manche et l’Hérault. Ils ont ensuite comparé ces profils avec celui de résidents de ces départements, du même âge, de même sexe, utilisant eux aussi des téléphones portables mais n’ayant pas eu de tumeur au cerveau.

Ce type d’étude cas-témoins est souvent utilisé pour des raisons d’efficacité statistique, lorsque l’on recherche les causes possibles d’une maladie rare. « C’est une étude méthodologiquement très solide », analyse le Pr Gérard Lasfargues, directeur général adjoint scientifique de l’Anses, « elle confirme ce qu’avait dit le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et l’Anses ». Jacques Blacher, professeur de thérapeutique à l’université Paris-Descartes, insiste toutefois sur les limites des études cas-témoins. Par exemple le biais de rappel. « Il y a une probabilité non négligeable que ceux qui ont une tumeur au cerveau et sont interrogés sur leur utilisation passée du portable aient un a priori différent sur la responsabilité du téléphone par rapport aux témoins qui n’ont pas de cancer », explique-t-il. Pour lui, « cette étude, même si elle est bien faite, ne permet pas de conclure ».

Réduire les expositions

Les cancers du système nerveux central sont heureusement rares. On dénombrait 4 999 cas en France en 2012, selon l’Estimation nationale de l’incidence et de la mortalité par cancer en France entre 1980 et 2012 publiée en juillet 2013. Pour les personnes nées en 1950, le risque d’être atteint de ce cancer avant 75 ans est de 0,66 % pour un homme et de 0,43 % pour une femme. Par comparaison, le risque est d’environ 10 % pour le cancer de la prostate chez l’homme, et le cancer du sein chez la femme.

« Le groupe de travail du CIRC, qui a examiné plusieurs centaines d’études épidémiologiques sur le sujet, estime qu’il existe un lien possible entre l’usage du téléphone portable et l’apparition de gliomes et de neurinomes de l’acoustique (des formes de tumeur du cerveau et d’un nerf de l’audition, NDLR) », soulignait l’an dernier l’Institut national du cancer. « Cette étude, qui en confirme d’autres, souligne l’importance de réduire les expositions, en particulier chez les usagers intensifs et les enfants », remarque le Pr Lasfargues.

L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé a rassemblé sur un site les recommandations essentielles sur le bon usage du portable. Il faut utiliser une oreillette (filaire ou bluetooth) ou éloigner le téléphone portable de sa tête lorsque les émissions d’ondes sont les plus fortes. En particulier dans les secondes qui suivent la numérotation, et chaque fois qu’il n’y a qu’une ou deux barrettes sur le téléphone, dans les zones où la réception est mauvaise (parkings souterrains, ascenseurs, lieux confinés). Lorsque l’on achète un appareil, « il faut privilégier les téléphones ayant le DAS (débit d’absorption spécifique) le plus faible, insiste Gérard Lasfargues, certains ont un DAS bien inférieur à 1W/kg ».

Source : Le Figaro Santé



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