L'article

4
nove
2014

LE PARTI PRIS d’ADF : le système de santé tue les camerounais.

Source : Parti Pris d’ADF.

Il n’ya pas un seul camerounais qui n’ait pas été victime, soit directement soit indirectement de la mauvaise prise en charge dans les hôpitaux du Cameroun. DIAF-TV a initié un débat sur le sujet : « Les hôpitaux camerounais : mouroirs ou havre d’experts et de débrouillards qu’il faut encourager ? ». L’occasion était donc trop belle pour que je rédige ce 6ème parti pris qui me permet de livrer une analyse du système de santé camerounais. Lorsqu’on regarde ce système de près on ne peut qu’arriver à la conclusion qu’il est mal adapté, ne répond pas aux besoins de santé de la population, n’améliore pas leur santé, bref il tue les camerounais.

Un système de santé comprend toutes les personnes et toutes les actions dont l’objectif principal est l’amélioration de la santé. Pour l’analyser, il faut faire un rapprochement des données sur l’état de santé de la population, du niveau de distribution de certains déterminants socio-économiques (PIB et PIB par habitant, revenu par habitant, taux de scolarisation, proportion de personnes pauvres), comportementaux (habitudes de vie a risque tels que la consommation de tabac et d’alcool par habitant) liés au système de soins (dépense de santé par PIB et par habitant, densité des médecins et autres professions de santé, des lits d’hôpitaux et indicateurs d’activités). Enfin, il faut mesurer la mortalité maternelle car c’est un facteur important du développement humain (IDH). L’IDH qui donne une information supplémentaire aux PIB/habitant sur le bien-être des populations. L’état de santé des camerounais : Les camerounais vivent moins longtemps aujourd’hui qu’hier

Depuis plusieurs décennies maintenant, la population camerounaise est en constante augmentation. Elle dépasse actuellement les 20 millions d’habitants. Les moins de 15 ans représentent 43% soit près de la moitié de la population, les 15-64 ans 53% et les plus de 64 ans 4%. Certes la santé des camerounais a connu une amélioration entre les années soixante et quatre vingt dix, l’espérance de vie à la naissance est passé de 41 ans en 1960 à 56 ans en 1995. Depuis cette période, on observe une nette tendance à la baisse. Selon une étude de la banque mondiale l’espérance de vie à la naissance à baissé de 2 ans alors qu’elle à augmenté en moyenne d’environ cinq ans dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Elle est aujourd’hui de 54 ans en moyennes (53 chez les hommes et 56 ans chez les femmes). La mortalité en générale reste très élevée soit 12 pour 1000 et 77 pour 1000 pour la mortalité infantile. Même si la mortalité des moins de 5 ans a été réduite de façon significative, elle reste cependant élevée soit 122 pour 1000 et varie d’une région à une autre. Ainsi près de 20 % des enfants n’atteignent pas l’âge de cinq ans dans les régions les plus pauvres du pays comme le Nord ou l’Extrême Nord. Sur les 20 dernières années ce taux s’est amélioré de 16 contre 65 dans les autres pays d’Afrique sub-saharienne. Avec 550 pour 100.000, le Cameroun fait pire que le Liberia, le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine en ce qui concerne le taux de mortalité maternelle. Aujourd’hui, la grossesse et l’accouchement restent des facteurs de forte mortalité au Cameroun. Une femme meurt toutes les deux heures des complications d’une grossesse ou d’un accouchement et une grossesse sur 127 se termine par la mort ».

Financement des soins : Moins de 2 % du PIB affecté à la santé

Le financement des soins au Cameroun connaît de sérieuses difficultés liées à la crise économique et à une organisation inadéquate. Chaque année, la portion de l’enveloppe budgétaire que l’État alloue au secteur de la santé est de 1,6 % du PIB. Bien que ce chiffre ait substantiellement augmenté au cours des 10 dernières années, il n’atteint cependant pas la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne et se situe très en dessous des 10% du PIB préconiser par l’OMS et de l’engagement pris en 2001 a ABUJA d’affecter 15 % de son budget annuel au secteur de la santé. De surcroit les faibles ressources publiques ne sont pas forcément affectées là où les besoins sont les plus grands. A titre illustratif, les régions qui connaissent un taux de mortalité de moins de cinq ans les plus élevés ont reçu en moyenne moins d’investissements consacrés à la santé par habitant durant la période 2010-2012.

Pour ce qui est des charges liées aux soins de santé, elles incombent avant tout aux ménages. Au Cameroun, le patient choisit son médecin et paye directement les soins qu’il reçoit. Mais ces frais ne sont pas remboursés, car il n’existe pas de système d’assurance. Sur près de 30 000 FCFA que chaque camerounais a dépensé en moyenne pour la santé en 2010, l’Etat n’a contribué qu’à hauteur d’environ 8500 FCFA. Le Cameroun s’impose donc comme l’un des pays d’Afrique subsaharienne où le niveau des paiements directs effectués par les utilisateurs est le plus élevé par rapport au montant total des dépenses de santé, se classant 5ème parmi 37 pays ». Les conséquences sont nombreuses : une grande partie de la population n’a pas accès au système de soins par manque de moyens et se tourne vers les guérisseurs traditionnels et les sorciers ; la pénurie des médicaments et des consommables dans les établissements publics et enfin la corruption. L’organisation du système de santé : Une forte densité de médecins inégalement répartis.

Au Cameroun, la répartition des médecins et personnels de santé est très inégale. Plus de la moitié des médecins travaillent dans les trois régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest. Le Centre, qui représente 18 % de la population accueille 40 % de médecins, alors que l’Extrême-Nord avec le même poids démographique n’est servie que par 8 % de médecins. Pourtant, le Cameroun compte 1,9 médecin pour 1000 habitants et se situe largement au-dessus de la moyenne subsaharienne de 1,3 médecin pour 1000 habitants. Et très loin de la norme de l’OMS qui prescrit un ratio de un médecin pour 10 000 habitants.

Ce personnel, pour toutes sortes de raisons, dont une absence de motivation et les mauvaises conditions de travail, brille par son absentéisme. Une étude réalisée en 2012 par la Banque mondiale révèle que lors du passage des enquêteurs, seuls 32 %, 45 % et 58 % des centres de santé des régions du Sud-Ouest, du Nord-Ouest et de l’Est respectivement affichaient un effectif complet de leur personnel.

Améliorer la santé des camerounais

Le système de santé devrait s’adapter à l’évolution de la morbidité. La politique sanitaire devrait donc s’orienter vers la prise en charge et la prévention des problèmes de santé. Pour Jean Paul Beyeme Ondoua interne en santé publique plusieurs actions doivent être entreprises pour améliorer la santé des Camerounais.

• Organiser le système de santé de manière à le rendre efficace et efficient.

• Évaluer les programmes de santé mis en place afin de s’assurer de leur efficacité. • Évaluer les besoins de santé des populations et établir des priorités de santé publique.

• Donner une priorité aux médicaments essentiels et aux génériques.

• Établir des politiques de contrôle efficaces des médicaments, de l’approvisionnement jusqu’à la commercialisation.

• Promouvoir l’éducation pour la santé et la prévention. • Mettre en place un système d’enregistrement permanent des données sanitaires. • Le secteur public et le secteur privé doivent être complémentaires, et les actions des différents acteurs doivent être coordonnées. • Lutter contre les inégalités en matière d’accès aux soins et la pauvreté. • Lutter contre la corruption.

• Mettre en place un cadre légal de l’exercice de la médecine traditionnelle, et des mesures répressives à l’encontre des charlatans.

• Enfin, évaluer les besoins en personnels de santé, former les personnels en fonction des besoins, et mettre en place des règles strictes d’exercice de la médecine.

Même si certaines de ces actions ont déjà été entreprises, les résultats tardent à venir car beaucoup reste donc à faire. Il faut espérer que l’entrée en vigueur cette année du budget-programme induise une gestion plus rationnelle des ressources humaines et financières. Selon la banque mondiale « Une bonne stratégie de financement des soins de santé viserait ainsi à réduire les inégalités en ce qui concerne l’accès aux services en empêchant les individus de tomber dans la pauvreté du fait de frais médicaux imprévus catastrophiques, et en protégeant et en améliorant l’état de santé de la population en lui assurant un accès à ces services essentiels ». Recommandation de la Banque mondiale.



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 370 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration