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6
févr
2015

La BCE met la Grèce (et ses partenaires) au pied du mur

La banque centrale européenne abat sa carte maîtresse dans la partie de poker entamée avec la Grèce. Le pays renoncera-t-il à rembourser sa dette ? La tension monte.

La BCE a mis le couteau sous la gorge d’Athènes, mercredi 4 février au soir, en privant les banques grecques d’un important canal de financement. Dans la journée, le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis était venu en personne à Francfort demander à Mario Draghi, président de la BCE, de quoi "garder la tête hors de l’eau" le temps de s’entendre avec ses partenaires européens. La réponse négative de la BCE met la pression sur la Grèce, mais contraint aussi les Européens à s’entendre rapidement, sous peine de crise de financement de l’Etat grec.

Coup de pression sur la Grèce

Le conseil des gouverneurs réuni mercredi après-midi a décidé d’augmenter la pression sur Athènes. La BCE a ainsi annoncé qu’elle suspendait un régime de faveur accordé jusqu’ici aux banques grecques.

La disposition suspendue permettait aux banques grecques de financer des achats d’obligations grecques, et donc à l’Etat grec de lever de l’argent. Elle était conditionnée au programme d’aide dont bénéficie Athènes, et ce encore jusqu’à février.

"Il n’est pas possible à l’heure actuelle d’anticiper une issue positive" du programme d’aide, écrit la BCE dans son communiqué. En d’autres termes, il lui faut de la clarté sur le devenir du programme - les réformes lancées vont-elles êtres menées à bien ? Que se passera-t-il après fin février ? - avant de rouvrir ce robinet.

Le communiqué de la BCE a fait l’effet d’une bombe sur les marchés financiers, l’euro chutant nettement à son annonce. Le ministère grec des Finances a toutefois tempéré la portée de cette décision, en assurant peu après qu’elle n’avait "pas de répercussions négatives" sur le secteur financier du pays qui reste "totalement protégé" grâce aux autres canaux de liquidités toujours disponibles.

De plus, l’institution monétaire de Francfort ne laisse pas les banques grecques complètement à sec : d’une part, elles pourront toujours apporter en garantie à la BCE d’autres actifs que de la dette publique grecque ; d’autre part, elles pourront bénéficier d’un mécanisme d’urgence, appelé ELA, qui leur permet de recevoir des fonds de la Banque de Grèce en cas de crise de liquidité.

Alexis Tsipras s’est dit mercredi à Bruxelles "très optimiste" sur la possibilité de "trouver une solution viable pour notre avenir".

Coup de pression sur les partenaires européens

Mario Draghi, visiblement pas enclin à se montrer accommodant, a également demandé à Yanis Varoufakis de "négocier rapidement et de manière constructive" avec ses partenaires de l’Eurogroupe afin d’assurer "la stabilité financière" de la Grèce.

La BCE, confirme le ministère des Finances grec dans un communiqué, "met la pression sur l’Eurogroupe (la réunion des ministres de Finances de la zone euro) pour progresser rapidement vers la conclusion entre la Grèce et ses partenaires d’un accord qui bénéficie à chacun" sur l’avenir de la dette grecque et des réformes économiques du pays.

La nouvelle équipe aux manettes à Athènes veut renégocier sa dette de plus de 300 milliards d’euros et mettre fin à la cure de rigueur imposée par ses partenaires en échange de leur aide. Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis sont depuis dimanche en tournée européenne pour rallier les soutiens et expliquer leurs vues. Ils proposent un plan de réformes et de financement sur quatre ans (2015-2018), qui comprend un programme "radical" en matière de lutte contre la corruption et la fraude fiscale, couplé à un allègement des obligations budgétaires de la Grèce.

Mais l’opération semble décidément mal engagée. Yanis Varoufakis sera reçu jeudi par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, l’un des plus fervents défenseurs de la rigueur budgétaire en Europe. "Sur le fond", les autres Européens ont campé sur leurs positions, estime la chancelière allemande Angela Merkel. Ils ne veulent pas d’effacement de la dette, et veulent qu’Athènes continue ses réformes structurelles.

A Paris où il a reçu mercredi Alexis Tspiras, le président français François Hollande a prôné "deux principes" : la "solidarité" mais aussi le "respect [...] des règles européennes qui s’imposent à tous". Et à Bruxelles le président du Conseil européen Donald Tusk a laissé entrevoir "des efforts acharnés" pour parvenir à une solution.

Source : Le Nouvel Obs



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