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11
févr
2015

La Croatie crée la surprise en effaçant les dettes de 60.000 pauvres

Du jamais vu : pour aider les citoyens les plus démunis, le pays a décidé d’effacer leur dette. Un économiste y voit « un mauvais signal pour la consolidation des finances publiques », l’opposition dénonce elle « une mesure électoraliste ».

Un moyen radical que la Grèce apprécierait. Frappée depuis plus de six ans par une récession économique, la Croatie a décidé de voler au secours de ses citoyens les plus pauvres en effaçant une partie de leur dette.

Le pays de 4,2 millions d’habitants a ainsi commencé à effacer les dettes de 60.000 personnes en difficulté, endettées à hauteur de 4.500 euros, auprès d’entreprises publiques, d’opérateurs de téléphonie et de banques. « C’est une mesure sociale dont nous sommes fiers », a déclaré le Premier ministre Zoran Milanovic. »C’est une mesure exceptionnelle. Le système ne pourra pas constamment reposer sur ce genre de solution. Mais nous faisons tout ce qui est possible pour faciliter la vie des gens dans cette crise longue et épuisante », a-t-il ajouté.

Tous les Croates ne peuvent pas bénéficier de cette aubaine. Cette disposition s’appliquera uniquement à ceux dont les revenus mensuels n’excèdent pas 325 euros, dans un pays où le salaire mensuel moyen est de 737 euros. Les familles dont les revenus cumulés ne dépassent pas 160 euros pour chacun de leurs membres peuvent également prétendre à ce coup de pouce. En outre, alors que le chômage touche 19,2% de la population active, le dispositif concerne également les personnes ou les familles les plus démunies qui touchent déjà des allocations sociales.

Au total, la mesure représente un effort financier d’environ 46 millions d’euros, soit 0,1% du PIB de cet État qui a adhéré en 2013 à l’UE, dernier pays membre de l’Union européenne.

« Même si son coût est faible, et donc son effet réduit, c’est un mauvais signal pour la consolidation des finances publiques », estime Dominique Fruchter, économiste à la Coface. « L’endettement de l’Etat, très important, continue d’augmenter. Par chance, il est aux trois quarts domestique. Les marges budgétaires et monétaires sont donc très faibles », ajoute le spécialiste. « Le taux d’endettement des Croates est en effet élevé, tant pour l’État que pour les ménages et les banques mais le pays est aujourd’hui en phase de désendettement. Les banques locales sont principalement des filiales de groupes étrangers et tendent à diminuer les crédits pour, à la fois, réduire leurs engagements vis-à-vis de leurs maisons-mères et s’ajuster au manque d’épargne domestique. Elles y sont aidées par le fait que les ménages sont également dans une logique de réduction de leurs dettes. D’autant que les taux d’intérêt sont élevés. De fait, le pays veut maintenir la stabilité du cours de sa devise avec l’euro », précise l’économiste.

"Cette mesure « ne sauvera pas les pauvres »" dit Danijela Simac, employée dans l’administration à Zagreb

Ainsi, aux yeux de l’expert, « la mesure est également électoraliste, car la popularité du gouvernement en place est décroissante. On l’a vu lors de la récente élection présidentielle. Or, des élections législatives sont prévues à la fin de l’année ». Un point de vue partagé par l’opposition conservatrice. « Après avoir négligé tout au long de son mandat la couche la plus vulnérable de la société, sans faire preuve de la moindre empathie, le gouvernement a soudainement découvert, en cette année électorale, sa nature sociale-démocrate », a ironisé Zeljko Reiner, un responsable de la Communauté démocratique croate (HDZ, opposition).

Le gouvernement de Zoran Milanovic a en effet adopté cette mesure peu après avoir échoué à reconduire à la tête de l’État son candidat, le président sortant Ivo Josipovic, pourtant donné favori. Pour Antun Rupa, responsable d’une association qui regroupe 10.000 personnes dont les comptes en banques sont bloqués en raison de leur incapacité à rembourser leurs dettes, la mesure du gouvernement est « insignifiante ». Le gouvernement « jette de la poussière aux yeux de l’opinion et veut gagner du temps » à l’approche des prochaines élections, a-t-il estimé.

Pour Danijela Simac, employée dans l’administration à Zagreb, cette mesure « ne sauvera pas les pauvres ». « Créer des emplois pour que ces gens puissent vivre de leur travail » serait la bonne solution, avance cette femme d’une quarantaine d’années. Mais pour Lucija Tomljanovic, originaire de Zadar (sud), qui venait de déposer les documents requis pour espérer bénéficier de cette mesure, la décision du gouvernement est une lueur d’espoir. « Pour moi c’est comme un rayon de soleil », assure cette femme qui élève seule ses quatre enfants.

Par Mathilde Golla

Source : Le Figaro



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