L'article

9
sept
2015

La France peine toujours à intégrer ses immigrés sur le marché du travail

Seuls 57 % des immigrés d’âge actif occupent un emploi contre 65 % des natifs français, alors que l’écart entre ces deux groupes n’est que d’un point en moyenne dans l’OCDE.

Pays d’immigration, la France n’est pourtant pas exemplaire sur le sujet. « En dépit d’une longue expérience en matière d’accueil des immigrés, la situation [en France] est aujourd’hui, à certains égards, comparable à celle observée dans certains pays d’immigration récente comme l’Italie », souligne l’étude de l’OCDE publiée ce jeudi sur les indicateurs de l’intégration des immigrés 2015. En matière d’emploi comme de pauvreté, la France est parmi les plus mauvais élèves de l’Europe. Seuls 57 % des immigrés d’âge actif occupent un emploi contre 65 % des natifs français, alors que l’écart entre ces deux groupes n’est que d’un point en moyenne dans l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques qui regroupe 34 pays développés. Et lorsque 13% des ménages français vivent en situation de pauvreté relative, ce chiffre monte à 30 % pour les ménages immigrés, l’un des écarts de revenu les plus élevés de la zone OCDE. Un constat inquiétant lorsqu’on sait que plus d’un quart de la population vivant en France est issu de l’immigration (né à l’étranger ou descendant d’au moins un parent immigré), contre 16% dans l’Union européenne (UE).

Niveau d’études

Plusieurs facteurs expliquent ces mauvais résultats. Peu de migrants viennent en France pour des raisons professionnelles et beaucoup pour des raisons familiales : la majorité n’ont donc pas d’offre d’emploi à leur arrivée. Ensuite, leur niveau de qualification est plutôt faible : 43 % des immigrés d’âge actif sont peu ou pas diplômés, contre 29% dans l’OCDE. Immigré ou pas, il est toujours plus difficile de trouver un emploi lorsque l’on est moins qualifié. S’ajoutent deux effets d’âge : les immigrés sont surreprésentés aux âges très actifs, ce qui joue structurellement sur la différence de taux d’emploi moyen. Puis, « contrairement aux idées reçues, depuis quinze ans l’immigration en France est bien inférieure à la plupart des autres pays européens. Donc la population immigrée y est plutôt âgée par rapport à celle des autres pays », rappelle Thomas Liebig, administrateur principal de la division des migrations internationales à la direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE.

Investissement

La situation est particulièrement alarmante pour les « primo-arrivants », les immigrés arrivés en France il y a moins de dix ans : leur taux d’emploi est le troisième plus faible de l’OCDE derrière la Suède et les Pays-Bas. Mais quand la Suède écope de défis similaires à ceux de la France (elle accueille beaucoup de réfugiés, qui n’ont pas d’offre d’emploi et ne parlent pas suédois), elle parvient plus vite à les intégrer. « L’intégration des immigrés sur le marché travail n’est pas automatique, elle nécessite une politique de soutien », insiste Thomas Liebig. « Les pays qui ont de bons résultats investissent beaucoup, c’est le cas de la Suède ou de la Norvège qui malgré une situation défavorable forment beaucoup les primo-arrivants. Cela porte ses fruits à long terme ». En France en revanche, « l’accès à la formation est plus limité pour les immigrés, alors que les natifs sont plus qualifiés donc techniquement en auraient moins besoin », observe Yves Brem, à la division des migrations internationales de l’OCDE.

Les enfants d’immigrés se sentent plus discriminés que leurs parents

Sans oublier les facteurs difficiles à mesurer : la présence de réseaux, la discrimination. Sur ce point, une originalité européenne marque : contrairement aux autres pays de l’OCDE, en France et en Europe, les enfants d’immigrés se sentent plus discriminés que les immigrés eux-mêmes. Le niveau de qualification de leurs parents - qui joue dans l’intégration finale - les pénalise, car le système éducatif était plus faible à l’époque de leurs parents.

Prise de conscience

L’OCDE souhaite que son rapport agisse comme un « wake-up call » auprès des autorités. Elle signale que ce n’est pas parce que la part des immigrés dans la population française est plus importante que le pays devrait avoir plus de mal à les intégrer. « Les défis de l’intégration n’augmentent pas avec la part des immigrés au sein de la population. Il existe rarement de lien entre cette part et les résultats des immigrés en termes d’intégration. Le cas échéant, les pays qui accueillent le plus d’immigrés en proportion de leur population sont aussi ceux où ces derniers affichent les meilleurs résultats en comparaisons internationales. »

Source : http://www.lefigaro.fr/emploi/2015/...



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