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4
juil
2016

La Suisse enchaîne les années de déflation ... sans impact sur son économie

La confédération fait mentir ceux qui annoncent que la déflation est forcément source de récession et de chômage. Elle parvient à anticiper pour rendre la baisse des prix indolore.

C’est maintenant officiel : après un modeste 0,5% en 2014, l’inflation a été nulle en France en 2015. L’Hexagone n’a donc jamais été autant « au bord de la déflation » comme l’avertissent les économistes. Avec l’idée que « passer de l’autre côté » risque d’être un problème économique bien pire encore que la croissance molle. Une promesse de cataclysme économique qui ne semble pas perturber l’un de nos voisins : la Suisse.

Déflation structurelle

La confédération helvétique affiche en effet un taux d’inflation pour 2015 de -1,14%, autrement dit une situation de déflation assez marquée. Un contexte familier en Suisse : depuis 2009, le pays s’est retrouvé cinq fois en déflation. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher cette année une croissance certes plutôt faible (0,8%) mais un chômage inexistant (3,3%). Et 2016 devrait être une nouvelle année de déflation : le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) prévoit déjà un chiffre de -0,1%... et 1,5% de croissance.

La Suisse se retrouve en déflation prolongée par un triple mouvement :

- Primo, la crise économique qui affecte le pays comme ses voisins de l’UE dans lesquels elle est enclavée et qui a freiné brutalement son dynamisme économique (le taux de croissance y était de 4,1% en 2007).

- Secundo, malgré les quantités importantes de liquidités injectées dans l’économie (le taux directeur en Suisse varie entre -1,25% et -0,25%), les banques rechignent à prêter… et les entreprises à emprunter.

- Tertio, la forte réévaluation du franc suisse, après sa chute début 2015, a contribué à la baisse des prix.

Autant d’éléments qui poussent à la déflation. Mais la Suisse a su se maintenir, notamment grâce à une économie exportatrice performante qui a permis d’alimenter la croissance, l’investissement et l’emploi, là où la déflation, en principe, ravage tout.

Epouvantail

C’est l’ensemble de l’économie qui s’est ajustée à la déflation, ce qui permet de ne pas en subir les effets négatifs

André Fourçans, économiste spécialiste des questions monétaires Et si la Suisse voit sereinement l’avenir, malgré le spectre de la déflation qui effraie le reste de l’Europe, c’est grâce à sa capacité d’anticipation.

« Le vrai problème c’est quand vous vous retrouvez avec -1% d’inflation alors que votre économie était habituée à avoir +2%. Cela créé un choc : les augmentations salariales conçues pour coller à vos habituels 2% font exploser le coût du travail quand vous vous retrouvez en déflation. Conséquence, vous assistez à une baisse de la croissance et surtout à une hausse du chômage » explique au Figaro André Fourçans, économiste spécialiste des questions monétaires. « C’est souvent la première année que la déflation est la plus dure, du fait de nécessaires ajustements.

Actuellement en Suisse, vous avez certes une déflation, mais les salaires nominaux et le coût du travail, eux, n’augmentent pas. Et avec la déflation, les salaires réels, et donc le pouvoir d’achat, grimpent. C’est l’ensemble de l’économie qui s’est ajustée à la déflation, ce qui permet de ne pas en subir les effets négatifs ». Du moins tant qu’elle reste relativement modérée.

Et l’économiste l’assure : passée une période d’ajustement, il n’y a pas de raison que la France souffre plus que sa voisine du phénomène, si en tout cas elle devait y faire face. D’autant que même si la barre symbolique du zéro n’a pas été franchie, les différences de taux d’inflation entre la France et la Suisse sont dans la réalité plutôt faibles. André Fourçans dénonce d’ailleurs cette vision trop « conjoncturelle » qui ferait d’un passage en déflation le pire des maux : « Dans les faits, depuis plusieurs années nous n’avons plus d’inflation en France, sans que cela ne pose réellement problème. Nous avons juste oublié que l’inflation n’est jamais une évidence. Mais, concrètement, il n’y a pas beaucoup de différences pour un pays d’avoir une inflation à +0,5% ou à -0,5% ».

Source : Le Figaro



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