L'article

8
octo
2015

La Turquie contre l’EI : 4 questions sur la délicate position des Kurdes

Les offensives de Daech en Syrie ont relancé un conflit vieux de 95 ans. La question des Kurdes occupe le devant de la scène géopolitique moyen-orientale depuis leur entrée en guerre contre l’EI en 2014.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a convoqué ce mardi une réunion de l’Otan, à Bruxelles, pour informer ses partenaires du déroulé des opérations qu’il mène actuellement contre l’État islamique (EI) en Syrie.

L’implication de la Turquie dans la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient est récente, directement liée à l’attentat suicide de Suruç, qui a ravivé les tensions entre le gouvernement turc et la minorité kurde. Cette dernière accuse Ankara de soutenir les djihadistes contre les combattants kurdes de Syrie. Voici ce qu’il faut savoir de ce conflit.

1. Qui sont les Kurdes ?

- Descendants des Mèdes, les Kurdes appartiennent à l’une des branches iraniennes des peuples indo-européens. Avec ses 40 millions de personnes dispersées sur plus de 500.000 kilomètres carré et 4 pays différents, le peuple kurde représente aujourd’hui la plus grande nation sans État. Principalement répartis entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, les Kurdes luttent pour la création d’un État autonome pourtant prévu dès 1920 par le traité de Sèvres. Il existe également une importante diaspora kurde dans les anciennes républiques d’URSS, aux États-Unis et Europe.

Le Kurdistan, littéralement "pays des Kurdes", proclamé par le peuple éponyme n’est officiellement reconnu que par deux des quatre pays sur lequel il s’étend : l’Irak avec sa région autonome du Kurdistan et l’Iran avec sa province du même nom.

2. Quelle relation Ankara entretient-elle avec les Kurdes ?

- C’est en Turquie que la situation est la plus tendue entre la minorité et le gouvernement. Ankara nie l’existence des Kurdes qui ne représentent pas moins de 20% de sa population et qu’elle qualifie de "turcs des montagnes". En 1984, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) créé quelques années plus tôt, s’engage dans une guérilla contre l‘Etat turc pour attirer l’attention de la communauté internationale et obtenir la création d’un État kurde. Si les partis politiques turcs se sont uniformément affichés anti-kurde pendant plus d’un demi-siècle, le Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde, né en 2012, obtient 80 sièges au Parlement à l’issue des législatives de juin 2015.

En 2012, les relations semblent s’apaiser entre le gouvernement et la minorité et des pourparlers de paix entre Ankara et le PKK sont engagés par le parti islamo-conservateur au pouvoir. Après trente années d’insurrection qui ont fait plus de 40.000 morts, une trêve est conclue en 2013 et un accord est proche d’être trouvé en 2014. En 2015, le chef du PKK appelle à déposer les armes depuis sa prison et le gouvernement commence à évoquer une "paix définitive".

3. Quid des Kurdes et de l’EI ?

- Les combattants kurdes, principalement d’origine turque et irakienne, représentent la principale force antiterroriste au Moyen-Orient. Ils seraient environ 200.000 en Irak et plusieurs milliers en Syrie à lutter contre l’avancements des troupes djihadistes. Les peshmergas irakiens assurent la sécurité intérieure du nord de l’Irak grâce à des armes en partie financées par les Occidentaux. Leur capacité d’offensive demeure néanmoins limitée selon l’historien militaire Michel Goya qui estime, dans une tribune publiée sur le Huffington Post en 2014, que les peshmergas "peu(vent), au mieux, réoccuper Mossoul et contrôler la frontière avec la Syrie".

Les Unités de protection du peuple (YPD), branche armée du Parti de l’Union démocratique (PYD) syrien, ont quant à elles profité de la crise pour unifier les régions où elles étaient majoritaires et défendre leurs "acquis nationaux". Bien qu’ils soient beaucoup moins nombreux et moins dotés en armes que les peshmergas, les YPD sont parvenus à repousser Daech de la ville stratégique de Kobané en janvier 2015. Les offensives menées par les Kurdes syriens ont fortement affaibli l’EI qui, ce mardi encore, perdait la ville d’Hassaké située au nord-est de la Syrie.

Cependant, la lutte contre le terrorisme n’est pas une généralité chez cette population et des djihadistes kurdes actifs depuis l’an 2000 en Irak ont aujourd’hui rejoint les rangs de l’EI. Ils sont principalement d’origine turque et irakienne mais restent inférieurs en nombre aux combattants luttant contre l’Etat islamique.

4. Pourquoi la "paix définitive" est-elle aujourd’hui menacée ?

- Les victoires successives des milices kurdes syriennes ont fait craindre à la Turquie la formation d’une province kurde autonome au nord de la Syrie. C’est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement refusait jusqu’alors d’intervenir dans la lutte armée contre l’EI qui fait rage à ses frontières. Cependant l’attentat terroriste du 20 juillet 2015 dans la ville kurde de Turquie Suruç a obligé le gouvernement à s’impliquer dans le conflit. Mais les militants du PKK ont accusé Ankara de soutenir l’EI contre les miliciens kurdes et assassiné deux policiers turcs pour "punir" le gouvernement. Le 24 juillet la Turquie bombarde des positions djihadistes en Syrie et en Irak et débute sa vaste opération de sécurité au cours de laquelle 1050 personnes soupçonnées d’appartenir à l’EI, au PKK ou au parti d’extrême gauche DHKP seront arrêtées.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet l’aviation turque a bombardé des positionnement du PKK en Irak en représailles à l’attaque, un peu plus tôt dans la journée, d’un commissariat à Diyarbakir ayant causé la mort d’au moins deux militaires. "Les conditions du cessez-le feu ont été rompues" pour le PKK qui, cette fois, s’aligne sur les propos du président turc.

Lequel réaffirmait mardi devant l’Otan, qu’il était "impossible" de poursuivre le processus de paix entamé tant que les séparatistes continueraient de "menacer l’unité nationale". Recep Tayyip Erdogan s’était déjà publiquement engagé lundi 28 juillet à poursuivre son offensive militaire contre le PKK jusqu’à ce que les miliciens kurdes déposent les armes.

Dans un communiqué parut après le rassemblent des 28 pays membres de l’Alliance, l’Otan a fermement condamné l’attentat de Suruç ainsi que les attaques du PKK en affirmant que "le terrorisme, sous toutes ses formes, ne peut jamais être toléré ou justifié" avant de renouveler sa "forte solidarité" envers la Turquie.

Armelle Sae-Jeanne

Source : Le Nouvel Obs



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 25 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration