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12
octo
2015

La panne économique de la Chine inquiète le monde

Investisseurs internationaux et responsables politiques redoutent un atterrissage brutal de la deuxième économie mondiale, qui accumule cette année les signaux de fragilité.

Un parfum de résignation flotte sous les pales infatigables des ventilateurs, brassant l’air moite. En short et baskets, M. Kang observe goguenard les cours défiler sur l’écran de fortune, tels des messages cryptiques, devant les bancs désertés de cette Bourse de quartier, au cœur de Shanghaï. « Tous les sept ans, il y a un pic. Cela chute brutalement et puis ça repart », explique en riant le retraité. Il y a quelques semaines, la salle grouillait de boursicoteurs appâtés par l’euphorie boursière propulsant l’indice composite de Shanghaï au-delà la barre symbolique des 5000 points début juin. Un doublement de valeur en moins d’un an, poussant étudiants, vendeurs de rue et riches propriétaires à se ruer sur les actions, contractant parfois des prêts périlleux. « Ce n’est qu’un début ! » s’enthousiasmait le Quotidien du Peuple, dans un éditorial triomphaliste.

Mesures d’urgence

Aujourd’hui, la fête est finie et certains sont allés jusqu’au suicide après le dévissage brutal de la Bourse, fin juin. Depuis, Shanghaï a perdu 30 % de sa valeur et près de 3000 milliards de dollars de capitalisation sont partis en fumée. La panique a poussé le politburo à prendre des mesures d’urgence, dont le rachat massif d’actions, dépensant 144 milliards de dollars pour amortir la chute, selon Goldman Sachs.

« Il s’agit d’une correction attendue du marché. L’impact sera limité au secteur de la consommation haut de gamme et les cours repartiront à la hausse d’ici à la fin de l’année », prédit Wendy Liu, chef du département recherche sur la Chine de la banque d’investissement Nomura. Car contrairement aux États-Unis, la Bourse chinoise est un casino relativement découplé de l’économie réelle. Seulement 7 % des ménages urbains possèdent des actions, contre plus de la moitié de la population américaine. Le nombre d’investisseurs a fortement augmenté ces derniers mois pour atteindre 90 millions, mais reste minime au regard d’une population de 1,3 milliard d’habitants. Surtout, les entreprises chinoises sont beaucoup moins dépendantes de la Bourse que leurs homologues occidentales, y trouvant seulement 5 % de leur financement.

Mais ces montagnes russes attisent l’anxiété des investisseurs et politiques de la planète entière redoutant un atterrissage brutal de la deuxième économie mondiale, avec à la clé une possible récession globale. Car les fondamentaux de la Chine inquiètent, depuis que la croissance de son PIB ralentit, passant sous la barre des 7 % cette année, sa plus faible performance depuis un quart de siècle. Ce chiffre officiel, qui reste le plus élevé de la planète, est jugé surévalué par la plupart des experts. Surtout l’industrie et les exportations sont à la peine, ces dernières ayant plongé de 8,3 % en juillet. Début août, l’indice PMI, qui mesure les carnets de commandes manufacturières, affichait sa contraction la plus forte depuis deux ans. Plombées par la hausse des salaires, l’appréciation du yuan et une faible productivité, les industries bas de gamme souffrent de la concurrence de l’Asie du Sud-Est, voire de l’Afrique, qui contestent à la Chine son titre « d’atelier du monde ».

« Le modèle allemand »

Pour stimuler la demande atone, Pékin s’apprête à lancer un vaste programme obligataire visant à lever 164 milliards de dollars de financement de grands projets d’infrastructure, selon Bloomberg. Trop peu ? Le régime résiste à la tentation de rééditer le « plus grand plan de relance de l’histoire », déclenché au lendemain du krach de Wall Street en 2008, et à faire tourner la planche à billets comme la BCE ou la Fed. Ce tsunami de liquidités de 500 milliards de dollars avait gonflé dangereusement la dette des provinces.

Cette fois, le président, Xi Jinping, et son premier ministre, Li Keqiang, choisissent la voie plus ardue de la montée en gamme, en s’appuyant sur un yuan fort. « Ils misent sur le modèle allemand, avec l’espoir de combiner la machine à l’Internet pour accoucher d’une nouvelle économie », explique Arthur Kroeber, expert au Brooking-Tsinghua Center. Un pari ambitieux qui s’appuie sur le dynamisme des géants de l’Internet comme Alibaba et Tencent, ou la start-up Xiaomi, pour défier la Silicon Valley.

Mais cette vision se heurte à l’inefficacité et à la corruption des gigantesques entreprises d’État, comme les banques ou le groupe pétrolier Sinopec, arc-boutées sur des monopoles et des protections au sommet du Parti. Le succès de cette mutation périlleuse dépendra de la dérégulation intérieure, mais le bilan de Xi en la matière est décevant, juge Arthur Kroeber.

Le régime avance à petits pas car il possède des marges de manœuvres inconnues des argentiers occidentaux, dont les taux d’intérêts sont déjà proches du plancher. Surtout, la Chine a créé plus de 13,2 millions de nouveaux emplois urbains en 2014, bien au-dessus du seuil de 10 millions jugé indispensable pour assurer la stabilité sociale, obsession du Parti. Un indicateur rassurant beaucoup plus sensible pour les stratèges rouges que la croissance du PIB, dont le ralentissement est jugé « normal » après vingt-cinq ans de développement à marche forcée.

Source : Le Figaro



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