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17
févr
2015

La peste noire ne recule pas à Madagascar

Avec plusieurs dizaines de morts par an, l’île est devenu le pays le plus touché au monde.

Disparue de France métropolitaine en 1945, la peste noire n’a jamais cessé d’être une actualité pour de nombreux pays, notamment Madagascar. Après trois années de progression de la maladie, le pays insulaire a détrôné la République démocratique du Congo au rang de pays le plus durement atteint au monde, a rappelé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans une communication alarmée mercredi.

Après une année 2013 particulièrement mauvaise (près de 700 cas déclarés officiellement), la saison malgache 2014-2015 se distingue par la difficulté des soignants à empêcher des morts évitables, en raison, dénoncent de nombreux experts, de la faible efficience du système de santé. Le bilan officiel est pour l’instant de 71 morts pour 263 cas, mais l’OMS redoute que la saison des pluies ne prolonge l’épidémie.

Une mort très rapide

La peste existe sous deux formes. La première, dite bubonique, est la plus fréquente. Elle se contracte par des morsures de puces, elles-mêmes contaminées en se gorgeant du sang des rats, réservoir naturel de la bactérie Yersinia pestis. Le patient contaminé présente des ganglions gonflés près de la morsure, qui tournent au noir (d’où le nom de peste noire). S’il est soigné tôt par antibiotiques, le décès peut être évité. Mais si la prise en charge tarde, le malade risque la septicémie ou la migration de la bactérie dans les poumons, ce qui entraîne alors une mort rapide (en 48 à 72 heures).

Si la forme bubonique n’est pas transmissible d’homme à homme, la version pulmonaire, elle, se transmet par voie aérienne. Considérant qu’elle tue près de 100 % des personnes infectées en l’absence de prise en charge rapide, on comprend sans peine qu’elle génère la panique.

C’est précisément ce qui s’est passé à Madagascar au mois de novembre. Alors que la maladie, dont on sait qu’elle revient dans le centre du pays tous les ans entre octobre et avril, fait rarement la une des médias nationaux, la découverte d’un cas de peste pulmonaire dans la capitale surpeuplée d’Antananarivo, où la maladie semblait disparue depuis au moins dix ans, a rencontré un écho inhabituel. Au final, une seule victime a été recensée dans la capitale, mais d’autres foyers continuent d’apparaître.

« Une peste pulmonaire en milieu urbain, ça aurait pu déraper très vite. Nous sommes passés pas loin de la catastrophe - une fois de plus », confirme Christophe Rogier, le directeur de l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM), qui héberge l’une des rares unités de recherche sur la peste au monde.

Les cadavres dissimulés

Les acteurs du secteur médical malgache s’accordent pour dire que ce cas est révélateur des failles qui empêchent le pays de contrôler la maladie. À commencer par le manque de compétences du personnel soignant, mal payé et touché, comme de nombreuses autres professions, par la corruption. « La femme qui est décédée à Antananarivo a vu 4 à 5 médecins, dont un au Centre de référence de la peste, sans que le bon diagnostic ne soit posé ! Cela n’a été fait qu’après sa mort », s’indigne un expert préférant garder l’anonymat.

Il existe d’autres freins au contrôle de la maladie. Les proches cachent souvent les décès suspects pour pouvoir enterrer le corps selon la coutume locale, ce qu’interdisent les autorités sanitaires en raison des risques de contagiosité. Par ailleurs, une très grande part des malades vivent très isolés, parfois à plusieurs jours de marche du moindre dispensaire. Plus d’un Malgache sur deux ne verra jamais de médecin de sa vie. « Devant les symptômes, les gens vont plutôt acheter des médicaments à l’épicerie que chercher à voir un médecin, et cela retarde la prise en charge », explique le Dr Minoarisoa Rajerison, directrice de l’unité de recherche sur la peste à l’IPM. Or le temps est essentiel. « Les guérisseurs traditionnels déconseillent aux malades d’aller à l’hôpital, affirmant que ceux qui y vont n’en ressortent pas vivants », complète le Dr Randriambinintsoa, médecin dans un dispensaire d’Ankasina, le quartier de la capitale touché par la peste.

« Pas d’éradication possible »

Ces dernières semaines, c’est la région d’Amparafaravola, au nord de la capitale, qui connaît une flambée : 27 cas ont été recensés, pour 7 décès de peste pulmonaire. « Mais les sous-déclarations ne font aucun doute », affirme le Dr Rajerison.

Au ministère de la Santé, le Dr Luc Herman Randrianirina, directeur de la lutte contre les maladies transmissibles, ne nie pas l’existence d’un problème, et affirme qu’un « comité national de pilotage » a été mis en place pour y faire face, notamment pour mieux former le personnel médical.

Les acteurs du terrain, sceptiques, attendent de voir des actions concrètes. « On n’éradiquera jamais la peste, car on ne pourra pas éliminer le réservoir, à savoir les rats, prévient le Pr Rogier. L’objectif serait de parvenir à un contrôle de la maladie, à l’instar des États-Unis, où l’on recense chaque année quelques cas autochtones. »

Source : Le Figaro Santé



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