Le Royaume Uni s’invite dans le pré carré franco-belge
La Grande Bretagne est à présent le premier partenaire économique de la République Démocratique du Congo. Au grand dam des traditionnels partenaires de ce pays. L’offensive a commencé en 2003.
Au début des années 90, la présence de la Grande Bretagne en Afrique respectait encore ce que l’on considérait comme le « pré carré franco-belge » sur le continent. Mais déjà on sentait un désir d’aller au delà de ces barrières artificielles, mais souvent très réelles, de la diplomatie internationale, lorsque la baronne Lynda Chalker assumait les fonctions de secrétaire d’Etat à la coopération Internationale sous l’ancien premier ministre conservateur John Major. Avec l’arrivée aux affaires des socialistes de Tony Blair, les choses allaient s’accélérer : mise en place de la Commission pour l’Afrique, avec quelques présences francophones, visites plus fréquentes de quelques chefs d’Etats francophones à Londres, visites également plus fréquentes des ministres et autres secrétaires d’Etat britanniques sur la partie francophone du continent…
Il n’est pas à écarter que les pressions britanniques sur Kagame aient été décisives pour l’arrestation de Laurent Nkunda à Gisenyi au Rwanda en janvier.
En 2003, justement, le DFID prendra la décision de muscler sa coopération en RDC avec la mise en place d’un important Programme de développement bilatéral. L’objectif cardinal de ce programme est d’aider la population et le gouvernement congolais à réduire la pauvreté et à renforcer la paix dans le pays. Et cet objectif se décline encore de nos jours sous trois axes de coopération : édifier un état fort ou la bonne gouvernance est de règle, raffermir la paix au bénéfice des populations pauvres et réduire l’impact et la réminiscence des conflits violents. C’est pourquoi, d’ailleurs, le DFID inclura la RDC dans sa liste des quatorze pays africains prioritaires dans la politique africaine de la Grande Bretagne pour les années à venir. Ces pays sont : La RDC, l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, la Sierra Leone, le Nigeria, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe. 90% de l’aide publique britannique pour le continent a été dirigée vers ces pays l’année dernière soit environ 1,17 milliards de livres sterling, et cette aide sera portée pour l’exercice 2009-2010 à 1,50 milliards de livres sterling. La RDC de Joseph Kabila en tire bien évidement les marrons du feu. Ainsi, pour l’élection générale congolaise de 2006, la Grande Bretagne était le premier soutien financier du processus devançant des pays comme la Belgique ou la France.
Pressions britanniques
L’intervention britannique en RDC vise essentiellement à soutenir et à renforcer le processus de paix, la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion. Le DFID ne cache pas ses intentions pour le pays, mais il faudrait que la paix soit au rendez-vous. La coopération bilatérale passera a de 70 millions de livres sterling en 2008-2009 à 100 millions de livres sterling en 2009-2010, puis a 130 millions de livres sterling en 2010-2011.
D’où l’implication de Londres dans la médiation entre le Rwanda et la RDC pour la paix au Nord Kivu. David Miliband, ministre des Affaires étrangères a effectué une navette entre Kigali – Kinshasa – Goma après l’éclatement de la dernière guerre, suite à l’intervention du CNDP de Laurent Nkunda dans la région. Il n’est pas à écarter que les pressions britanniques sur Kagame aient été décisives pour l’arrestation de Laurent Nkunda à Gisenyi au Rwanda en janvier. Car la Grande Bretagne est en pole position également comme bailleur de fonds dans le pays de Paul Kagame. Et même s’il n’est plus directement impliqué dans la gestion et dans l’énoncé de la politique nationale, Tony Blair, l’ancien premier ministre britannique est un conseiller bénévole du président Kagame.
De plus, le ministre britannique de la Coopération internationale le dit très clairement, « nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère des affaires étrangères et du Commonwealth ainsi qu’avec le ministère britannique de la défense pour atteindre nos objectifs en RDC ». Ainsi Douglas Alexander, le ministre de la Coopération internationale, David Milliband des Affaires étrangères, Marc Malloch Brown, secrétaire d’Etat pour l’Afrique, Ivan Lewis, secrétaire d’Etat au développement, sont tous passés ces dernières mois à Kinshasa, Goma, Kigali, parfois discrètement, pour tenter de consolider la paix en RDC.
Commerce très modeste
La RDC qui, malgré ses richesses minières, reste au bas de l’échelle de l’indice de développement humaine du PNUD, 167ème sur 177 pays dans le monde. L’économie du pays, au lieu de progresser, a régressé. En 1960 le PIB par tête d’habitant était de $ 360 et, en 2004, il n’était plus que de 114 dollars. Et pourtant, le pays exporte du diamant, du cobalt, du cuivre et de nombreux autres minerais.
Phil Marker le représentant du DFIF à Kinshasa a récemment déclaré que le soutien britannique, au delà des problèmes humanitaires et de paix, se concentrera, entre autres, sur le soutien aux medias, à la bonne gouvernance, avec notamment un appui au Parlement, à la réduction des frais de fournitures scolaires et au financement de l’enseignement. Mais comme on le constate, ce partenariat britannique avec la RDC n’est pas (encore) commercial même si quelques entreprises britanniques sont présentes dans le pays, et même si le commerce entre les deux pays évolue positivement en faveur de la Grande Bretagne : 26 millions de livres sterling d’achats congolais au Royaume Uni, contre seulement 9 millions de livres sterlings de produits congolais achetés par Londres.
Par Charles Bambara, Londres