L'article

29
mars
2016

Le mode de contraception dans le monde, un choix culturel

La crise des pilules a amené les Françaises à s’interroger sur leurs habitudes, parfois très différentes d’autres pays développés.

Pilule, stérilet, implant hormonal ou stérilisation …

Tous ces contraceptifs modernes offrent une excellente protection contre les grossesses non désirées. Et pourtant, à niveau de richesse comparable, leur popularité varie étonnamment d’un pays à un autre. En France, 40 % des femmes sous contraception prennent une pilule hormonale et moins de 5 % sont stérilisées. Outre-Atlantique, cet ordre est inversé avec 22 % des femmes stérilisées contre seulement 16 % d’utilisatrices de la pilule, selon des données diffusées par les Nations unies en 2013 (voir infographie). Au Royaume-Uni, 21 % des couples optent pour la stérilisation masculine, qui ne séduit même pas 1 % des Français.

« Le modèle de contraception d’un pays résulte de la combinaison de normes médicales et sociales », explique Carole Brugeilles, professeur de démographie à l’université Paris-Ouest-Nanterre. En France, c’est la triade préservatif-pilule-stérilet qui domine. L’accès à la pilule était la principale revendication des féministes lors de la légalisation de la contraception en 1967. Le préservatif, qui était tombé en désuétude, s’est imposé avec l’arrivée du sida.

Et preuve que l’on ne se défait pas aisément de ses habitudes, la « crise des pilules » qui a secoué la France en 2013 a moins bouleversé le paysage qu’attendu, observent aujourd’hui les experts. Certes, les lignes se sont déplacées au détriment des pilules de 3e et 4e générations, brusquement déremboursées en raison d’un risque faible mais accru de thrombose veineuse. La part des femmes sous contraception orale a reculé de 10 points, mais la pilule reste l’option prédominante chez les moins de 35 ans. « Mais chez les jeunes générations, qui ne l’associent pas comme leurs aînées au mouvement de libération de la femme, elle a moins la cote », observe Carole Brugeilles. Jugée contraignante, la pilule souffre désormais d’une défiance croissante envers les hormones qu’elle contient, confirme le Dr Brigitte Letombe, ex-présidente de la fédération nationale des collèges de gynécologie médicale, qui déplore un manque d’information : « Les patientes veulent du biologique sans savoir que leur organisme est naturellement baigné d’hormones. » Le choix du médecin

Les revendications des utilisatrices ne sont pas les seuls paramètres à peser dans la balance. Même si le débat s’est ouvert à la faveur de la crise des pilules, le professionnel de santé consulté influence le choix. « On constate que les femmes à plus faibles revenus prennent davantage la pilule, et cela s’explique sûrement en partie parce qu’elles consultent plus de généralistes que de gynécologues pour leur contraception. Or les premiers sont moins à l’aise pour poser un stérilet que les spécialistes », illustre Carole Brugeilles. Il a aussi été montré que les médecins orientaient davantage les femmes immigrées vers des méthodes de longue durée comme l’implant progestatif, pensant qu’elles pourraient avoir du mal à prendre correctement la pilule.

La France est aussi profondément marquée par une tradition nataliste qui a vu le jour à la fin du XIXe siècle, lorsque la fécondité a commencé à baisser. Et le monde médical n’y fait pas exception, très réticent à accéder à la demande des femmes souhaitant être stérilisées - un geste chirurgical irréversible pour lequel un délai de réflexion de quatre mois est imposé. « Je reçois régulièrement des patientes qui se le sont vu refuser par leur médecin », constate le Dr Letombe, qui estime que « les femmes sont davantage prêtes que les soignants ».

Enfin, le non-remboursement est un élément déterminant dans le choix d’une contraception. « L’anneau vaginal est très utilisé en Espagne, parce qu’il est pris en charge, alors qu’en France cela revient à une quinzaine d’euros par mois à l’utilisatrice », constate le Dr Letombe.

Si le modèle français bouge peu, faut-il en déduire qu’il est satisfaisant ? Pas sûr. « La France connaît un taux stable et assez élevé d’IVG, dont une partie est le résultat d’un échec de contraception. C’est sans doute lié à un problème d’information, mais aussi vraisemblablement à un problème d’adéquation aux besoins des patientes », estime Carole Brugeilles.

Source : Le Figaro Santé



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