L'article

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déce
2014

Le prix du pétrole, une arme de plus contre la Russie ?

Jusqu’où baissera le prix de l’or noir ? Le Brent, baril de référence, avoisine désormais les 60 dollars en ce seizième jour du mois de Décembre 2014, c’est-à-dire, son plus bas niveau depuis cinq ans. Il a chuté de près de 40% sur un an. Pour Alexeï Koudrine, ancien ministre russe des finances, ce phénomène est la conséquence directe d’un complot entre les États-Unis et le Proche-Orient pour affaiblir économiquement la Russie et l’Iran. Selon lui, un tel scénario aurait déjà eu lieu avant les élections américaines de 2008. Voici les arguments qui viennent étayer cette théorie.

Si l’on ne peut avancer avec certitude que le marché du pétrole est effectivement manipulé, « il existe néanmoins une version selon laquelle, dans la mesure où la Russie dépend très fortement du prix du baril et s’est habituée à ce que celui-ci soit élevé, de grands pays tant importateurs qu’exportateurs, comme les États-Unis et ceux du Proche-Orient par exemple, se sont mis d’accord pour produire davantage de pétrole et maintenir les prix à la baisse », affirme Alexeï Koudrine. La situation pénalise en tout cas sérieusement Moscou. Hier lundi, le rouble a encore très brutalement décroché. La monnaie russe a perdu un quart de sa valeur en un mois par rapport au dollar et à l’euro. Un nouvel écueil pour le pays déjà secoué par les sanctions internationales et une fuite de capitaux. Cette baisse a coïncidé avec la brusque envolée du dollar par rapport à toutes les autres devises étrangères, dans le contexte de l’arrêt progressif du recours à la « planche à billets » par la Réserve fédérale américaine. Il est évident que toute une série de pays voient aujourd’hui la Russie comme le « coupable idéal » tout désigné sur la scène géopolitique. Coupable qu’il faut punir !

Même si certains experts et acteurs du marché, n’adhèrent pas à cette théorie du complot, une grande partie des spécialistes pense que les fluctuations actuelles ne sont pas que, la conséquence de l’excédent de l’offre face à une diminution de la demande. Ainsi donc, même si on s’accorde à reconnaitre que l’excédent de l’offre pétrolière est dû aux faits suivants :

1) la Libye, qui revient actuellement sur le marché, après des années de tumultes.

2) l’Arabie saoudite, qui avait à l’époque, compensée les volumes insuffisants en provenance de Libye, mais qui n’a manifestement pas l’air pressée de réduire ses livraisons. D’autant que, d’après le Financial Times, les Saoudiens ont baissé d’un à deux dollars les prix officiels de l’or noir pour leurs consommateurs, ce que certains experts interprètent comme une volonté de ne pas rendre à la Libye sa part de marché.

3) le boom des pétroles de schiste, en particulier aux Etats-Unis. L’huile non-conventionnelle américaine représente aujourd’hui à elle seule 10% de la consommation mondiale quotidienne de baril, soit à peu près 10 millions de barils.

4) une surproduction de pétrole en Irak et en Iran conjuguée avec la baisse de la consommation mondiale, notamment dans les pays émergents (Chine, au Brésil, en Inde, ...). Avec un pétrole qui se vend et s’achète en dollar (qui remonte), le prix du baril baissant quand le dollar monte.

On ne peut nier que la position de l’OPEP a eu un impact certain sur les cours. Cet été, lors de sa dernière session, l’organisation n’a en effet pas pris la décision de réduire les quotas de production, ce qui aurait pourtant pu niveler l’excédent et endiguer la chute des prix. Tout le monde attendait également, que la session de l’OPEP prévue pour le 27 novembre dernier, aboutisse à une diminution de ces quotas de production (inchangés depuis 2011) pour faire face dégringolade des prix, comme c’est souvent le cas lors de ces situations. Ce qui n’a pas été fait. On est d’autant plus surpris par cette attitude de l’OPEP qui a choisi d’agir en observatrice, comme si la chute des prix du pétrole est passagère. Quand on sait que la stabilité des cours du pétrole est un objectif important pour l’OPEP, afin de connaître les cycles d’investissements des projets d’extraction et de prévoir les cinq à sept années à venir. On peut même dire qu’elle a tout intérêt à ce que le coût du pétrole augmente chaque année au niveau de l’inflation.

Du pétrole à moins de 90 dollars nuit surtout à la Russie et pas aux autres membres de l’OPEP

On comprend que plus le pétrole coûte cher, plus les producteurs sont satisfaits. Pourtant, à chacun son idée quant au prix idéal. La chute des prix moyens annuels nuira à la Russie. Le budget actuel du pays repose sur un cours du pétrole fluctuant entre 93 et 94 dollars. Si celui-ci diminue, elle devra serrer la ceinture. En Arabie saoudite, un cours similaire (entre 90 et 98 dollars le baril) assure l’équilibre budgétaire. Le Koweït est le plus à l’abri de ces changements conjoncturels : l’équilibre budgétaire y correspond à un prix du baril avoisinant les 45 dollars. Au Qatar et aux Émirats arabes unis, la limite est fixée à 75 dollars le baril. En Iran, en Irak et en Libye, un budget non déficitaire est garanti par un cours bien plus élevé : de 110 dollars le baril environ. Et je ne parle même pas du Venezuela », souligne Alexandre Passetchnik.

Nous ne sommes plus en 1973, mais ….

Ainsi, certains économistes n’écartent pas l’existence d’un complot pétrolier entre les États-Unis et le Proche-Orient. Et même si nous ne sommes plus en 1973, lorsque l’Arabie saoudite déclarait ouvertement qu’elle ne vendrait du pétrole en quantités nécessaires qu’aux pays qui la soutenaient et s’opposaient à Israël. Il n’est pas impossible d’utiliser aujourd’hui, les hydrocarbures comme moyen de pression. Plus important : il est absolument nécessaire, de mettre la Russie au pied du mur, afin de l’obliger à lâcher du lest sur les conflits Ukrainien et Syrien. La combinaison des cours pétroliers faibles et des sanctions économiques met considérablement à l’épreuve le budget russe et le cours du rouble. Et le pays envisage déjà, soit une dévaluation du rouble pour s’en sortir, soit puiser dans les réserves, soit faire les deux.

Mais l’arme de la dévaluation est à double tranchant car la dévaluation entrainerait l’inflation, ce qui réduirait considérablement le niveau de vie des Russes, et à son tour, peut entraîner un mécontentement social. Plus le conflit gazier avec l’Ukraine et les sanctions se prolongeront, plus il sera difficile à la Russie de stabiliser son budget avec un cours apparemment tout à fait « au rabais » de 60-70 dollars le baril. Notons que cette pratique de chute du cours du pétrole a déjà été expérimentée sur une courte période. C’était avant les élections présidentielles américaines de 2008. Pendant un an environ, le prix du pétrole a chuté à 90 dollars environ. L’objectif était déjà de faire dégringoler le cours du pétrole afin simplement d’empêcher de dépasser les 100 dollars le baril. Ce qui suffirait à priver la Russie de son énorme rente pétrolière.

Ci-dessous, pour étayer l’hypothèse d’un complot, une interview datée de Novembre 2014 dans le journal Le Figaro, de Dorian Abadie, analyste chez XTB France :

Dorian Abadie, analyste chez XTB France.

LE FIGARO - Jusqu’où peut aller le prix du baril ?

Dorian Abadie - Les prix peuvent encore descendre jusqu’à la zone des 60-65 dollars. C’est un support crucial qui pourrait être atteint d’ici le premier trimestre 2015. A ce niveau de prix, de nombreux terminaux pétroliers risquent de fermer car l’exploitation ne sera plus rentable. Le coût d’extraction sera trop élevé, notamment pour le pétrole issu des sables bitumineux. Mais il faut rester prudent sur les prévisions : l’actualité peut beaucoup évoluer entre temps.

LF : Pourquoi l’Opep n’a-t-elle pas cherché à enrayer cette baisse ?

DA : Les membres de l’organisation qui ont cherché à le faire ont fait face au front constitué de l’Arabie saoudite et de quelques pays des émirats qui ont refusé de limiter la production pour faire augmenter les cours du brut. Avec le soutien des États-Unis, ces derniers n’ont rien lâché, quitte à faire des victimes collatérales au sein de l’Opep. L’Arabie saoudite a tenu à respecter l’accord qu’elle a avec Washington qui vise à affaiblir économiquement la Russie et l’Iran, et de manière plus anecdotique, le Venezuela. Cet accord a suivi la logique des sanctions internationales contre ces pays. C’est une logique de démolition économique.

LF : Les États-Unis, qui exploitent le schiste, ne sont-ils pas perdant avec un pétrole moins cher ?

DA : Non, car leur économie ne dépend pas du schiste ! Ils n’ont pas besoin d’un baril à 100 dollars pour s’en sortir, contrairement à la Russie ou à l’Iran. Ils ont une économie plus diversifiée. Certes, ils se tirent une balle temporaire dans le pied, mais la baisse des prix du pétrole ne remet pas en cause la dynamique de leur croissance.

LF : Les États-Unis et l’Arabie Saoudite font donc la pluie et le beau temps sur les marchés pétroliers ?

DA : Je pense que leur influence est en effet énorme. C’est bien l’accord entre ces différents alliés qui pèse sur le marché pétrolier. L’Opep est là en guise de poudre aux yeux, ce n’est que leur outil pour contraindre les Russes et les Iraniens à mener des politiques auxquelles ils sont opposés. Pour cela, ils tapent là où ça fait mal : le pétrole.

LF : Les cours vont-ils finir par rebondir ?

DA : Il devrait y avoir un rebond mécanique l’an prochain en raison de l’arrêt de certaines productions mondiales jugées trop peu rentables. Le baril devrait coûter en moyenne 80-85 dollars l’an prochain. Mais on devrait rester sous les 100 dollars, car autrement, cela équivaudrait à faire un cadeau économique à l’Iran et la Russie, ce qu’Américains et Saoudiens refusent.

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...



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