L'article

19
déce
2014

Lors de sa conférence de presse, Poutine rassure après la chute du Rouble

Poutine : « La crise économique russe durera deux ans maximum »

Alors que la Russie traverse sa plus grave crise économique depuis 1998, son président affirme que les mesures prises par le gouvernement et la Banque centrale sont « adéquates ». La Bourse de Moscou confirme son rebond.

Le président russe Vladimir Poutine a estimé jeudi que la Russie, qui traverse sa plus sévère crise monétaire depuis 1998, renouera avec la croissance dans deux ans maximum, tout en reconnaissant qu’il demeure un espoir d’une amélioration plus rapide. Une sortie de crise est « inévitable », en premier lieu parce que l’économie mondiale continue de croître, a expliqué le président en ouvrant sa conférence de presse annuelle devant plus d’un millier de journalistes. « Nous allons utiliser les mesures que nous avons employées avec succès en 2008 », a-t-il expliqué. Le chef de l’État russe a assuré que les programmes sociaux (hausses des retraites et des salaires des fonctionnaires) étaient maintenus, mais que le gouvernement serait peut-être contraint de réduire certaines dépenses sociales en fonction de l’évolution de la situation.

« Nos partenaires ont décidé qu’ils étaient désormais un empire et que les autres étaient des vassaux qu’il faut faire marcher au pas »

Reconnaissant que la chute du rouble constituait une préoccupation nationale, Vladimir Poutine a admis que « les choses auraient pu être faites plus efficacement pour soutenir la stabilité du marché » et que des décisions auraient pu être prises « plus rapidement ». Le président russe a jugé toutefois que le gouvernement et la Banque centrale avaient pris les mesures approriées, les problèmes rencontrés par l’économie russe étant liés à des « facteurs extérieurs ». « 25% des problèmes sont dus aux sanctions » des pays occidentaux liées à la crise en Ukraine, qui représentent 40 milliards de dollars, soit environ 32 milliards d’euros. L’Union européenne a adopté ce jeudi de nouvelles sanctions visant la Crimée. Elle y interdit tous les investissements européens, ainsi que les croisières vers cette péninsule ukrainienne annexée « illégalement » par la Russie. Le chef de l’État en a profité pour lancer de nouveaux coups de griffe à l’adresse de l’Occident. « Nos partenaires ont décidé qu’ils étaient les vainqueurs, qu’ils étaient désormais un empire et que les autres étaient des vassaux qu’il faut faire marcher au pas », a-t-il déclaré.

La Bourse de Moscou grimpe et le rouble retrouve des couleurs

La banque centrale russe intervient sur les marchés pour tenter de limiter la chute du rouble face au dollar et à l’euro mais, a précisé Poutine, elle ne va pas dépenser ses réserves de manière inconsidérée. Selon lui, l’économie russe va s’adapter à cette nouvelle situation si les difficultés se poursuivent et le niveau actuel des taux d’intérêt ne sera pas maintenu pendant toute la durée de la crise. « Qu’on ne se méprenne pas ! La crise actuelle n’a rien à voir avec 1998, affirme Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank. Il s’agit d’un énième rebond de la guerre des devises et non pas d’une psychose réelle concernant la santé financière de la Russie ».

« Le discours politique est insuffisant pour restaurer la confiance des agents économiques dans la monnaie. Il en faudra plus »

Ce discours positif de Vladimir Poutine a semble-t-il rassuré les investisseurs, même si pour certains économistes, ce ne sera pas suffisant. « La récente appréciation du rouble est simplement la conséquence des dizaines de milliards de dollars injectés par la banque centrale pour soutenir la devise, poursuit-il. Le discours politique est insuffisant pour restaurer la confiance des agents économiques dans la monnaie. Il en faudra plus. J’entends par là de nouvelles interventions sur les changes et potentiellement une autre hausse du taux directeur ». Après s’être envolée de plus de 14% mercredi, la Bourse de Moscou grimpe de nouveau ce jeudi de plus de 7% à 770 roubles. « Les valeurs cotées sont aux mains directement ou indirectement du Kremlin, explique l’économiste. Sa réaffirmation à moderniser l’économie russe va se traduire par de nouveaux contrats et un soutien fianncier notamment en direction des entreprises visées par les sanctions occidentales. Donc c’est très positif pour les indices et les actions ».

La devise russe a également retrouvé des couleurs en début d’après-midi. L’euro ne valait plus « que » 74,99 roubles (contre 77,69 en milieu de matinée) et le dollar, 60,83 roubles (contre 63,10 roubles en milieu de matinée). La devise russe a perdu 40% de sa valeur depuis le début de l’année, conséquence des sanctions liées à la crise ukrainienne et de la chute des cours du pétrole, première source de revenus de l’État.

La place financière moscovite était entraînée par l’action du conglomérat Sistema qui a plus que doublé dans la journée. La raison de ce prodige boursier ? Le patron de Sistema, Vladimir Evtouchenkov, arrêté et assigné à résidence depuis septembre, accusé de blanchiment d’argent, avait été libéré la veille.

Le cours du rouble est resté nerveux toute la journée de jeudi. À 18 heures, heure de Moscou, la devise russe gagnait 1,5 % par rapport à la veille, pour finalement clôturer en légère baisse, à 61,69 roubles pour 1 dollar. En pleine conférence de presse de Vladimir Poutine, elle avait lâché jusqu’à 3,6 % contre le dollar. Lundi et mardi, elle avait dévissé de 9 % et 7 % respectivement. Depuis le début de l’année, le rouble a perdu 44 % de sa valeur, entraîné par la chute du baril de pétrole, davantage que par les sanctions internationales.

La Bourse de Moscou en revanche a salué l’intervention télévisée du maître du Kremlin. Ses deux principaux indices, le Micex et le RTS, terminaient la séance autour de + 4,5 %. La place financière moscovite, de taille modeste par rapport aux grandes places mondiales, était entraînée par l’action du conglomérat Sistema qui a plus que doublé dans la journée ! La raison de ce prodige boursier ? Le patron de Sistema, Vladimir Evtouchenkov, arrêté et assigné à résidence depuis septembre, accusé de blanchiment d’argent, avait été libéré la veille. L’arrestation de cet oligarque, dont les parts dans la compagnie pétrolière Bachneft ont été nationalisées sur décision de justice, avait été interprétée comme un nouveau tour de vis du Kremlin sur les grands groupes stratégiques. À plusieurs reprises durant sa conférence de presse, Vladimir Poutine a répété qu’en Russie, « la présomption d’innocence » prévaut. Interrogé sur la libération de l’oligarque, le président a indiqué qu’aucune charge n’avait été établie contre lui. Surtout, il a voulu convaincre les investisseurs que la reprise de contrôle des actions de Bachneft par l’État n’avait « rien à voir avec une remise en cause des privatisations ».

Projet d’amnistie

Autre appel du pied en direction des investisseurs et des oligarques : Vladimir Poutine a évoqué un projet d’amnistie sans condition pour les capitaux placés à l’étranger pour échapper au fisc ou à l’insécurité juridique, qui seraient rapatriés. Depuis le début de l’année, la fuite des capitaux, symptôme criant de défiance envers l’économie russe, a dépassé 100 milliards de dollars.

Le chef de l’État n’a cependant fait aucune annonce forte de nature à redonner confiance. Les mesures les plus concrètes étaient venues la veille au soir de la banque centrale puis du gouvernement. Un texte de loi, transmis jeudi à la Douma, prévoit de recapitaliser les banques, sans nommer les bénéficiaires, à hauteur de 1 000 milliards de roubles (13 milliards d’euros). Les plus grandes banques publiques, Sberbank et VTB, visées par les sanctions internationales, n’ont plus accès aux marchés internationaux et se financent à un coût de plus en plus onéreux. Or les banques et les grandes entreprises russes ont grand besoin de devises pour honorer leurs dettes contractées auprès de créanciers étrangers, dont les remboursements totaliseront 100 milliards de dollars en 2015. L’accès de ces grandes entreprises aux devises, que Vladimir Poutine s’est engagé à soutenir, sera un enjeu crucial des mois à venir.

Source : Le Figaro



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