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12
déce
2014

Mort d’un ministre Palestinien

Considérés comme une arme "moins létale", et gérés de la sorte par les pays exportateurs, les gaz lacrymogènes peuvent pourtant tuer. La mort du ministre Ziad Abou Eïn vient le rappeler.

Mercredi 11 décembre, l’ancien vice-ministre palestinien Ziad Abou Eïn, 55 ans, mourrait en participant à une manifestation pacifique contre la colonisation israélienne près d’un village de Cisjordanie. La cause de la mort de cette figure éminente et populaire du parti nationaliste laïque Fatah, ancien prisonnier des Israéliens, reste contestée par les autorités israéliennes qui évoquent une crise cardiaque. Mais plusieurs témoignages et vidéos montrent des soldats israéliens repoussant violemment Ziad Abou Eïn, l’empoignant au col et à la gorge.

Des images qui montrent également une bombe lacrymogène exploser au pied du responsable palestinien, qui semble ensuite respirer à grand peine. Quelques minutes après, il s’affaisse en se tenant la poitrine. Pour les autorités palestiniennes, c’est bien l’emploi des gaz lacrymogènes par l’armée israélienne qui est la cause de la mort de l’ancien ministre.

Présentés comme des "armes non-létales" ou encore "moins létales", ces cartouches de gaz sont destinées, en principe, à permettre aux forces de maintien de l’ordre de ne pas faire usage d’armes à balles réelles pour ne pas faire de victimes. Elles bénéficient d’une sorte de préjugé qui voudraient qu’on "ne meurt pas à cause de lacrymo".

"Un effet dévastateur sur les civils"

La récente mort de Ziad Abou Eïn, si sa cause est confirmée, vient pourtant une nouvelle fois prouver le contraire. Et ce n’est pas la première fois dans ce pays.

Plusieurs ONG ont en effet dénoncé l’utilisation inappropriée par les forces de l’ordre israéliennes de ces gaz destinés à disperser une foule hostile. Dans un rapport détaillé sur l’usage disproportionné de la force par l’Etat hébreu paru en février dernier, Amnesty international soulignait notamment les "effets dévastateurs sur les civils" de ces substances. Effets qui entraînent parfois des morts. Si, le plus souvent, les décès sont dus à un usage détourné de ce type d’armement, en l’occurrence à des tirs en pleine tête ou poitrine des cartouches de gaz contre les manifestants – comme dans le cas de Moustafa Tamimi, il est bel et bien arrivé que des personnes meurent en raison des gaz eux-mêmes.

C’est le cas, en janvier 2011, de Jawaher Abou Rahmah. Cette femme de 36 ans qui manifestait contre la barrière de séparation construite par Israël est morte après avoir inhalé les gaz utilisés pour disperser le rassemblement. Plus récemment, c’est un homme de 85 ans, qui succombait en janvier dernier après avoir inhalé trop de gaz lacrymogène lors d’une manifestation à Kafr Kaddum près de Qalqiliya en l’honneur des 49 ans du Fatah.

Des cas mortels d’utilisation de ces gaz à l’air libre – l’usage en espace confiné est encore plus dangereux – comme lors de la mort de Ziad Abou Eïn mercredi.

Céline Lussato

Source : Le Nouvel Obs



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