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22
juin
2015

Mort de Ben Laden : Seymour Hersh livre une version controversée

Le célèbre journaliste affirme que Ben Laden était en réalité le prisonnier des Pakistanais depuis 2006. Mais son enquête est déjà contestée.

Seymour Hersh, l’un des plus célèbres journalistes vivant, vient de publier un article choc dans la "London Review of Books" : il explique que la mort d’Oussama Ben Laden, le 2 mai 2011, ne s’est pas du tout déroulée comme le prétend la version officielle américaine.

A le lire, Ben Laden ne se cachait pas au Pakistan : il était prisonnier depuis 2006 de l’armée pakistanaise, assigné dans sa résidence d’Amottabbad. Le raid américain n’a pas rendu furieux les Pakistanais, puisqu’ils étaient en réalité complices de l’opération : ce sont eux qui ont vendu Ben Laden aux Etats-Unis contre une aide militaire accrue, affirme Hersh. Ils auraient pu le livrer, mais ils ont préféré qu’une mise en scène soit organisée – le fameux raid.

L’arrestation de Ben Laden n’a pas été rendue possible grâce à des informations tirées d’interrogatoires musclés comme ceux qui sont décrits dans le film "Zero Dark Thirty" : le terroriste aurait été dénoncé par un informateur attiré par une prime de 25 millions de dollars. Les SEALs de la Marine américaine n’ont eu aucun problème pour trouver la chambre où dormait le terroriste et il est peu probable que ce dernier, comme l’affirme la version officielle, ait eu le temps de saisir une arme… Son corps, enfin, n’a probablement pas été livré à la mer, comme le récit officiel l’atteste : il aurait été balancé par hélicoptère au dessus des montagnes de l’Hindou Kouch...

Dérive "conspirationniste"

Hersh, 78 ans, prix Pulitzer, n’est pas un débutant dans le journalisme : c’est une légende. C’est lui qui, en 1969, au beau milieu de la guerre du Vietnam, avait révélé le massacre, par l’armée américaine, du village de My Lai : un article avait contribué au basculement de l’opinion publique américaine en faveur du retrait. Il a multiplié depuis les révélations, notamment, en 2004, sur les pratiques scandaleuses dans la prison sous commandement américain d’Abou Ghraib, en Irak.

Ces dernières années, cependant, Seymour Hersh a publié des articles dont la crédibilité a été mise en cause par une partie des autres médias américains, qui pointent sa dérive "conspirationniste". Le journaliste a ainsi affirmé, sans vraiment convaincre, qu’une partie des forces spéciales américaines étaient contrôlées par l’Opus Dei ; que l’armée américaine avait entraîné des terroristes américains dans le Nevada ; que l’affaire du gaz sarin de Bachar el Assad était une mise en scène organisée par le gouvernement turc...

"Son histoire ne résiste pas à l’examen"

A peine publiée, son enquête sur la mort de Ben Laden a été prise avec des pincettes par les autres médias. Le site Vox pointe le fait que les révélations du journaliste s’appuient sur "seulement deux sources", deux retraités dont l’un est anonyme, et dont aucun n’était directement impliqué dans l’opération. Celui qui est nommé, Assad Durrani, a ainsi dirigé l’ISI (les services de renseignement pakistanais) il y a... plus de 20 ans, entre 1990 et 1992. L’autre source est présentée par Hersh comme un "officiel du renseignement à la retraite, qui a eu connaissance des renseignements initiaux sur la présence de Ben Laden à Abbottabad".

Dans un milieu où suinte l’intox de partout, ces deux sources semblent bien légères à Vox : Son histoire ne résiste tout simplement pas à l’examen et elle est, hélas, en ligne avec le récent virage qui l’a fait passer du journalisme d’investigation, celui qui l’a rendu célèbre, à des théories de la conspiration mal étayées".

Pour Vox, une telle mise en scène, si elle avait vraiment eu lieu aurait impliquée pendant plusieurs années des centaines de personnes au Pakistan, en Arabie Saoudite (qui finançait selon Hersh sa détention), et aux Etats-Unis : difficile à croire, selon Vox, sur la seule base des sources citées par le journaliste.

La Maison Blanche sans surprise, a démenti les informations de Hersh : “Il y a trop d’inexactitudes et d’affirmations sans fondement dans cet article pour les confronter aux faits une par une", a déclaré dans une formule alambiquée le porte parole du Conseil à la sécurité nationale, Ned Price.

Pascal Riché

Source : L’Obs



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