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11
déce
2015

Nestlé accusé de complicité d’esclavage en Thaïlande

Un cabinet d’avocats américain a déposé plainte contre le leader mondial de l’agroalimentaire qu’il accuse de tolérer le travail forcé, initié par l’un de ses fournisseurs sur des bâteaux de pêche en Thaïlande.

Le groupe suisse Nestlé est accusé de soutenir consciemment l’esclavage en Thaïlande. Les victimes ? Des Thaïlandais, mais aussi des Cambodgiens et Birmans, souvent très jeunes. Ils sont vendus à des capitaines de bateaux de pêche, selon le cabinet d’avocats américain Hagens Berman, qui a déposé contre Nestlé une plainte en nom collectif au tribunal fédéral du centre de Californie.

Dans les faits, la société thaïlandaise Thai Union Frozen Products PCL fournit à Nestlé plus de 12.000 tonnes d’aliments pour animaux à base de fruits de mer pour ses différentes marques « dont une partie sont produits dans des conditions d’esclavage », s’insurge le cabinet d’avocats. « Des acheteurs de produits pour animaux ont porté plainte aujourd’hui contre Nestlé, accusant le fabricant d’aliments de soutenir en toute connaissance de cause un système d’esclavage et de trafic d’êtres humains pour produire des aliments pour chats de la marque Fancy Feast, tout en cachant sa complicité avec des violations des droits de l’Homme », détaille le cabinet Hagens Berman dans un communiqué.

Le fléau de l’industrie maritime en Thaïlande

Les producteurs locaux qui travaillent pour des entreprises étrangères exigent parfois de leurs travailleurs des tâches dangereuses à raison de vingt heures par jour. Le tout pour un moindre salaire, s’il en est, avec la menace d’êtres battus voire tués, affirme le cabinet d’avocat. « En cachant cela au public, Nestlé a de fait conduit des millions de consommateurs à soutenir et encourager l’esclavage dans des prisons flottantes », accuse l’un des avocats. Il invite tous les clients consommateurs concernés à joindre leur voix à cette plainte. Contacté par Le Figaro, la firme se défend et rappelle que « le travail forcé n’a pas sa place » dans sa chaîne d’approvisionnement. « Nous imposons à nos fournisseurs de respecter les droits de l’homme ainsi que toutes les lois sur le travail », réagit Nestlé. La direction du groupe mondial se dit engagée à « travailler avec les acteurs locaux pour combattre ce problème ».

Si « la responsabilité directe appartient au fournisseur qui a la charge de répercuter la charte éthique de Nestlé sur ses sous-traitants s’il en a », il appartient à Nestlé de « contrôler et amener l’ensemble des partenaires de sa chaîne d’approvisionnement à respecter sa charte éthique et de manière générale les droits de l’homme. La difficulté tenant ici en pratique à avoir connaissance du comportement des sous-traitants et à obtenir des informations fiables », explique Cynthia Picart, avocate en droit des affaires. « À partir du moment où il y a une violation des droits de l’homme, l’entreprise multinationale garde au niveau international une part de responsabilité. Même si l’on délègue, on est toujours tenu de s’assurer que tout est conforme à ce qu’on demande. D’autant plus qu’il existe des passifs dans de nombreux secteurs d’activité, notamment en Asie, qui fait qu’il faut garder un œil vigilant sur cette région », ajoute la spécialiste.

La Thaïlande est connue pour le travail forcé qu’elle impose sur son sol dans le secteur de la pêche, la plupart du temps à des immigrés sans papiers. En 2013, l’Organisation internationale du travail dénonçait déjà de « graves abus » sur les bâteaux de pêche dans cette région. Une cinquantaine de Bangladais étaient retrouvés abandonnés sur une île du sud du pays l’an dernier. La même année, Carrefour suspendait ses contrats avec l’un de ses fournisseurs de crevettes accusés de pratiquer l’esclavage. De nombreuses quantités de fruits de mer vendues dans les grandes surfaces européennes et américaines seraient nourries de poissons pêchés par des esclaves. Cette industrie n’est pas la seule à s’attirer les foudres des organisations humanitaires. En juin dernier, des tests avaient révélé la présence de plomb en quantité excessive dans des nouilles d’une marque de Nestlé. Des accusations réfutées par la firme. Les grandes industries du textile sont également souvent pointées du doigt pour être responsables de l’exploitation d’êtres humains, notamment au Bangladesh. Chacun se souvient de la catastrophe du Rana Plaza en 2013. Un immeuble abritant des ateliers de confection textile dans des situations plus que déplorables s’était effondré faisant plus de 1200 morts. Plusieurs dizaines de géants de la mode, dont les leaders Zara et H&M avaient dû signer un accord pour améliorer la sécurité dans les usines de leurs sous-traitants.

Source : Le Figaro



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