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14
avri
2015

Nucléaire iranien : ce que contient l’accord cadre

L’annonce d’un pré-accord couronne huit jours d’un incroyable marathon diplomatique pour parvenir à arracher un compromis historique avant un accord final.

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, le 2 avril à Lausanne.

Les grandes puissances et l’Iran sont parvenues à s’entendre à Lausanne sur les "paramètres clés" pour résoudre le dossier du nucléaire iranien. C’est une étape fondamentale sur la voie d’un accord final d’ici au 30 juin, annonce jeudi 2 avril les dirigeants occidentaux et iranien.

C’est sur twitter que les Occidentaux et Iraniens, dont le président Hassan Rohani en personne, ont tous annoncé qu’un accord cadre avait été conclu à l’issue de plusieurs journées de négociations marathon.

"Des solutions sur les paramètres clés du dossier nucléaire de l’Iran ont été trouvées. L’écriture [d’un accord final, NDLR] doit commencer immédiatement, pour être terminée d’ici le 30 juin", a écrit Hassan Rohani.

On a "maintenant les paramètres" pour résoudre les principales questions, a confirmé le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

# Les éléments du pré-accord Selon les premiers éléments divulgués de ce pré-accord :

•La capacité d’enrichissement d’uranium de l’Iran devra être réduite.

•L’Iran maintiendrait 6.000 centrifugeuses en activité, contre 19.000 actuellement.

•Les sanctions américaines et européennes seront levées en fonction du respect des engagements de l’Iran, a immédiatement prévenu l’Union européenne.

•L’Iran accepte dans son accord cadre avec les grandes puissances de limiter fortement son programme nucléaire pour mettre hors de portée la bombe atomique, selon le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

•Les stocks d’uranium seront réduits de 98% pendant 15 ans,

•Le site souterrain de Fordo sera transformé et ne fera plus d’enrichissement d’uranium.

•Le réacteur à eau lourde d’Arak sera également modifié pour ne plus produire de plutonium.

"Bonnes nouvelles", a été la première à twitter la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, peu avant 19h. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif lui a emboîté le pas, en affirmant que des "solutions ont été trouvées".

C’est un "accord d’étape" positif, mais "il reste du travail à faire", a insisté pour sa part le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.

# Huit jours d’un incroyable marathon diplomatique

Cette annonce couronne huit jours d’un incroyable marathon diplomatique. Les négociateurs ont discuté jour et nuit pour parvenir à arracher un compromis historique avant un accord final.

Toute la nuit de mercredi à jeudi, et toute la journée de jeudi après une courte pause à l’aube, les représentants des P5+1 et de l’Iran ont négocié "ligne par ligne" les contours d’un accord d’étape, selon des sources proches des négociations.

Comme tous les jours depuis dimanche, Israël, l’un des plus virulents opposant à tout compromis avec l’Iran, est monté au créneau jeudi. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exigé que tout accord "réduise considérablement" les capacités nucléaires de Téhéran.

Le ministre israélien des Renseignements Youval Steinitz a aussi affirmé que l’option militaire restait sur la table pour son pays face à la menace d’un Iran doté de l’arme nucléaire.

# Pourquoi ce n’est pas la fin de l’histoire

La communauté internationale veut brider le programme nucléaire iranien et le contrôler étroitement pour s’assurer que Téhéran ne se dotera jamais de la bombe atomique, en échange d’une levée des sanctions internationales qui étranglent l’économie iranienne.

Mais la négociation, relancée en 2013 après des années de crise, butait depuis des mois sur des points clés : la durée d’un accord, que les grandes puissances voulaient initialement voir en vigueur pendant 15 ans, le nombre de centrifugeuses, machines qui permettent d’enrichir l’uranium, et les modalités de levée des sanctions.

C’est un accord cadre. Ca ne consiste pas à régler la question de façon définitive, ça consiste à fixer les paramètres de l’accord final et les clarifier de façon suffisamment précise pour éviter autant que possible les ambiguïtés et faire en sorte que les dissonances restent un minimum sous contrôle", expliquait un diplomate occidental avant l’épilogue.

Car le compromis de jeudi ne marquera pas la fin de l’histoire. En effet, même si les négociateurs réussissent à s’entendre sur tous les grands "paramètres" et à fixer des orientations assez précises (qui ne seront d’ailleurs peut-être pas toutes publiées), tous les détails techniques de ce dossier extraordinairement complexe devront être éclaircis et finalisés pour cet accord final le 30 juin.

"Arriver à un accord d’ici fin juin sera un travail difficile et immense", a d’ailleurs prévenu Mohammad Javad Zarif jeudi matin.

John Kerry et Mohammad Javad Zarif, impliqués depuis un an et demi dans ces tractations laborieuses, ont besoin d’un accord d’étape substantiel qui puisse leur permettre de tenir le cap et d’acheter du temps face à leurs faucons respectifs et face aux puissances régionales hostiles à tout compromis.

Source : Le Nouvel Obs



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