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Olivier PETRE-GRENOUILLEAU, parangon d’un révisionnisme d’Etat.
jeudi 2 septembre 2010 par Inyuki
En réaction à l’article publié sur ce site le 24/08/2010 et intitulé « quelques vérités gênantes sur la Traite des Noirs », je me permets de vous envoyer la réponse que j’avais faite en son temps à Olivier PETRE-GRENOUILLEAU, suite à son fameux interview dans le magazine « l’Expansion » du 29 juin 2005 à laquelle vous faisiez référence. Cette réponse a été précédemment publiée sur le site www.africammat.com sous le titre : « indécrottable PETRE-GRENOUILLEAU, et le négationnisme continue ».
(En réponse à l’interview de Olivier PETRE-GRENOILLEAU dans le magazine « l’expansion » du 29 juin 2005, cet article a été précédemment publié sur le site africamaat.com sous le titre : « Indécrottable PETRE-GRENOUILLEAU, et le négationnisme continue ». Il vient surtout en réaction à celui intitulé « quelques vérités gênantes sur la Traite des Noirs » publié sur ce site le 24/ 08/2010.)
Bien sûr, devant l’abondance des thèses non fondées et des contre vérités historiques élaborées par le révisionniste, il ne me sera pas possible de revenir sur la totalité d’entre elles. J’ai sélectionné celles qui me semblent les plus caractéristiques de son interview.
Ainsi, OPG insinue que « la révolution industrielle occidentale ne s’explique pas par la traite, l’esclavage et le commerce colonial. Les profits ainsi réalisés ont été investis dans la pierre, dans la terre et dans le négoce, et non dans l’industrie. »
Allons droit au but. Je lui rappelle que la « découverte des Amériques » et leur exploitation coïncident avec la fin du Moyen Age en Europe, plongée dans le marasme économique et social depuis la fin du 10ème siècle. A la fin du 15ème siècle les systèmes de production européens se métamorphosent et passent de la féodalité au capitalisme moderne. Les répercussions de la Traite en Europe et aux Amériques furent des plus juteuses. Productions de canne à sucre, de café, d’indigo, de tabac, extractions minières, étaient assurées au moindre coût : des millions d’esclaves noirs, corvéables à merci auxquels on ne payait aucun salaire. Les produits tropicaux récoltés à si peu de frais repartaient ensuite en Europe. Par ailleurs, le développement du transport maritime se banalisant, les coûts de d’acheminement vont baisser, favorisant d’autant plus les bénéfices colossaux.
Des secteurs tels que les chantiers navals, l’assurance, l’agriculture, la technologie et la manufacture des machines-outils vont littéralement exploser. Dans l’industrie, la main-d’œuvre ouvrière issue de l’exode rural est abondante. Les anciennes terres agricoles sont reconverties pour l’élevage ovin afin de fournir en laine et au meilleur prix les usines textiles inévitablement dopées par la traite triangulaire. Le secteur sucrier s’envole et, au 18ème siècle, un français sur huit travaille directement ou indirectement pour lui. Autre secteur dopé : celui de la fabrication des armes qui nécessite l’extraction et la fourniture de métaux. On les fond, on usine les pièces et on les assemble pour obtenir les indispensables fusils ; bien sûr, on fabrique aussi poudre et cartouches ! Idem pour la verroterie, les miroirs que l’on produit en quantité prodigieuse et tous les objets de traite, sans oublier - cela va de soi - les emballages des lots de pacotille, la construction navale et l’équipement des navires, le nécessaire vital aux marins durant la traversée, les fers et chaînes pour les captifs, etc. C’est ainsi que - contrairement à ce prétend Olivier PETRE-GRENOUILLEAU - les grands centres industriels voient le jour et annoncent la révolution industrielle du 19ème siècle. Les manufactures tournant à plein régime assurent le travail et la survie des couches les plus basses des populations européennes. Les pauvres ont du travail et malgré leurs salaires modestes, leur nombre constitue une véritable classe de consommateurs, contribuant à enrichir de plus en plus les riches et nouveaux riches.
En quelques années, d’immenses fortunes privées et municipales en bordure de l’Atlantique virent le jour en France, en Angleterre, en Hollande, en Espagne et au Portugal. Les plus grands bénéficiaires furent les gouvernements qui se muèrent très vite en puissances économiques : au 18ème siècle, 20 % du commerce extérieur de la France provient de ses colonies antillaises. Le gouvernement français, voyant ses intérêts, prit des mesures incitatives : fiscalité sur les produits amenés des colonies réduite de 50 % , suppression de la taxe de 20 livres par tête de nègre débarqué dans les îles, attribution à tout navire négrier d’une prime de 40 livres par tonneau de jauge doublée d’une prime de 160 à 200 livres par esclave ramené d’Afrique aux colonies ... Nous sommes à la fin du 18ème siècle et les encouragements financiers de l’Etat qui a compris l’étendue du retour d’investissement, sont porteurs : les armateurs, aiguillonnés par d’aussi juteuses perspectives, vont se lancer dans la traite à une très grande échelle ; le commerce négrier connaît alors son apogée. D’immenses fortunes virent donc le jour et, effectivement, une partie des bénéfices engrangés pouvait être réinvestie dans la pierre, la terre ou le négoce. Certains des contemporains bénéficiaires au 1er rang de ce trafic honteux avaient d’ailleurs l’honnêteté de reconnaître ses apports à l’économie d’alors. A titre d’exemple, Joseph-Michel Pellerin, député de Nantes, gémissait en ces termes à l’évocation de l’abolition : « Périssent nos colonies ! [...] notre commerce ruiné, notre marine anéantie, l’agriculture languissante, nos manufactures abandonnées, des millions de Français réduits à la misère la plus profonde, sans moyens de subsistance, sans pain : voilà les conséquences affreuses qu’entraîne la perte de nos colonies [...] un deuil universel va couvrir la France ; et plus d’un tiers de ses habitants sera forcé pour subsister de s’expatrier ... » [1] D’où les nombreuses suppliques adressées aux autorités de l’époque émanant non seulement de Nantes, mais de Bordeaux, Bayonne, La Rochelle ... dans la perspective de l’abolition : on craignait le chaos universel ! Effectivement - n’en déplaise à Olivier PETRE-GRENOUILLEAU - la traite négrière fut incontestablement le propulseur de l’économie, non seulement hexagonale mais aussi européenne. Par ailleurs, selon OPG, l’abolition n’est pas « le résultat du passage au capitalisme industriel et de la rentabilité décroissante de l’esclavage. [...] Car le système esclavagiste était rentable [...] L’abolition est due au grand réveil religieux ... »
OPG oublie que - même si la moralité s’est efforcée d’évoluer et de s’adapter aux nouvelles données économiques - le mode de production esclavagiste ne s’est nullement éteint pour des raisons humanistes et/ou religieuses mais encore une fois du fait de la révolution industrielle (mécanisation notamment) et du transfert des pôles d’intérêts des grandes puissances négrières. S’il est vrai que le coût de l’esclave était moindre que celui du salarié, il revenait quand même plus cher que les machines !!! Ensuite, comment passer sous silence les résistances multiformes des esclaves devenus démographiquement supérieurs dans les colonies ? Olivier PETRE-GRENOUILLEAU a donc l’outrecuidance de faire ce que plus personne n’oserait : passer sous silence les luttes des esclaves et les grandes épopées maronnes ! En fait : merci à l’Eglise d’avoir su réveiller les consciences et merci à OPG d’occulter les différentes bulles papales si peu glorieuses qui jalonnent la genèse de ce qui restera probablement une des plus grandes hontes de l’Humanité ! Plus surprenant encore, la balance déficitaire abolition/rapport de la traite en Angleterre donnée par Olivier PETRE-GRENOUILLEAU ! OPG - parlant plus loin de « souci de vérité et d’analyse critique », avance des chiffres qui, en l’absence de précisions sur les sources d’où ils sont tirés, sont purement fantaisistes pour un chercheur ... A se demander pourquoi même certains politiques anglais de l’époque se sont tellement battus contre l’abolition, d’autant qu’il reconnaît lui-même le gain géostratégique de la 1ère puissance économique de l’Europe du 18ème siècle. Enfin, puisque le lauréat du Prix du Livre d’Histoire du Sénat reconnaît lui-même qu’il « n’appartient pas à l’Etat [...] de dire l’histoire, au risque de confondre histoire, mémoire et morale », pourquoi a-t-il accepté ce fameux prix de la part de personnalités politiques ? A moins de nous démontrer que celles-ci ont compétence à évaluer des travaux d’historien en toute objectivité ... Désormais les Africains, leur diaspora issue de l’esclavage et heureusement -il faut bien s’en féliciter - quelques descendants d’esclavagistes, sont décidés à restituer fidèlement l’histoire et à se la réapproprier.
[1] PELLERIN (J-B.), Réflexions sur la traite des Noirs, 1790, in Des Chaînes à la Liberté de Jean BRETEAU et Marcel LANCELIN, Anthologie de textes sur les traites négrières et l’esclavage aux 18° et 19° siècles, Apogée, Rennes, 1998, p. 92. Note : Le lecteur lira, entre autres, avec intérêt la recension de Raphaël ADJOBI de l’ouvrage d’OPG dans la rubrique « lectures, analyses et réflexions » sur son blog. Voir, Traites négrières, Novembre 2009. De même, dans un magistral essai, presque exclusivement consacré aux thèses révisionnistes de cet historien, Klah POPO s’est efforcé de démonter les nombreuses contre-vérités ainsi que les approximations contenues dans l’ouvrage de O.P.G. Voir l’auteur, in « Histoire des Traites Négrières, critique afrocentrée d’une négrophobie académique ». Editions ANIBWE,Paris, juin 2010
Par Lawoetey-Pierre AJAVON (Anthropologue-historien) auteur de : Traite et esclavage et traite des Noirs, quelle responsabilité africaine ? Editions ANIBWE, Paris, juin 2010
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